Un Buxtehude nouveau avec Léon Berben sur un orgue historique d’exception
Réinventer Buxtehude à l'orgue n'est pas une tâche facile, tout semblant avoir été dit ou entendu au travers de multiples versions discographiques. Pourtant l'approche nouvelle de Léon Berben ouvre de nouveaux chemins jusqu'ici inexplorés. Le son inconnu d'un orgue contemporain du compositeur nous révèle un autre monde.

Ce premier album consacré à une nouvelle intégrale des œuvres pour orgue de Dietrich Buxtehude est un véritable évènement. Léon Berben rebat les cartes d'un répertoire extrêmement connu et joué partout de part le monde, mais qui a encore bien des secrets à révéler. Son approche se base essentiellement sur tout le contexte historique et les habitudes interprétatives glanées auprès d'autres compositeurs organistes, qui ont pu livrer des pistes importantes pour la compréhension de son exécution. Ainsi Léon Berben s'en explique, signifiant le soin apporté au choix des sources parfois difficiles à décrypter, ne reposant que sur des copies d'élèves de Buxtehude et notées en tablature, ce qui complique les choses en matière de lecture et surtout de répartition des voix et d'attributions diverses en particulier pour le pédalier.
Le style buxtehudien est complexe, puisant ses inspirations dans la musique issue de la Renaissance et essentiellement venue d'Italie. Certains musicologues ont nommé de tels compositeurs les « Méridionaux du Nord », interprétant leur musique non pas sur des instruments italiens à un seul clavier mais bien sur de grandes machines orgue à 4 claviers et pédalier. Il s'y développe le fameux « Stylus phantasticus » s'exprimant par une grande exubérance à l'image d'une improvisation débordante d'énergie et de panache. Seuls de grands instruments à l'harmonie racée et rude permet une réelle appréciation des capacités émotionnelles de ces textes. L'orgue de Berne en Allemagne offre de telles qualités. Une partie de sa tuyauterie remonte à la fin du XVIᵉ siècle et ses timbres sans compromis nous livrent une lecture inouïe.
L'instrument renferme une grande partie d'éléments du XVIIᵉ siècle et a bénéficié d'une restauration scrupuleuse. Certains jeux pourtant caractéristiques de cette période ne se retrouvent aujourd'hui que dans quelques orgues. C'est le cas en particulier d'un timbre de plein-jeu utilisant des harmoniques impaires de quarte et de sixte, comme celles d'un carillon. L'effet est insolite mais permet une compréhension nouvelle du discours musical. La couleur des jeux d'anche, différente de périodes plus tardives offrent des sons puissants, voire râpeux ! De plus le tempérament mésotonique apporte un relief supplémentaire, manié judicieusement par l'organiste qui n'a pas hésité à transposer certaines pièces pour les adapter au mieux en une écoute plus cohérente et agréable à l'oreille.
L'interprétation de Léon Berben est débordante d'idées et vient apporter une vision qui ne pourra plus être désormais ignorée, aux côtés de versions de référence comme celles de Harald Vogel (DG) ou de Michel Chapuis (Valois-Auvidis). Les qualités de musicien informé aux techniques anciennes d'interprétation et de toucher au clavier se retrouvent ici sans réserve. Il nous propose un Buxtehude de caractère, n'hésitant pas à renverser la table jusqu'au bout. La musique en devient orchestrale et solaire…














