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To be sung de Dusapin dans les effluves aquatiques de la Fondation Vuitton

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Paris. Fondation Vuitton. 5-II-2026. Pascal Dusapin (né en 1955) : To be sung, opéra de chambre en 43 numéros d’après A lyrical Opera Made by Two de Gertrude Stein ; livret, Pascal Dusapin ; conception scénographie et lumière Pharrell Williams ; électronique Ircam ; Jenny Daviet, Élise Chauvin, Norma Nahoun, sopranos ; Florence Darel, récitante ; ensemble Le Balcon, direction Maxime Pascal ; Florent Derex, projection sonore ; Matière noire, réalisation scénographie et lumières.

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Dans le cadre de la résidence du compositeur à la Fondation Vuitton jusqu'au 21 mars, To be sung, le troisième opéra de , est donné à l'Auditorium dans le nouvel espace scénique de .

Commande de l'Atelier Théâtre et Musique (ATEM), To be sung est créé en 1992 au Théâtre Nanterre- Amandier, alors dirigé par Georges Aperghis, avec la création lumière de l'artiste américain James Turrell. Il est repris par la Cité de la Musique en 2009, dans la production de Ludovic Lagarde et Sébastien Michaud.

A lyrical Opera Made by two (To Be Sung) de l'écrivaine américaine Gertrude Stein, l'ouvrage dans lequel Dusapin puise la matière littéraire de son livret, écarte toute narration et suivi logique d'une action. Découpé en 43 numéros, le texte de To be sung ne cerne aucun personnage, juxtaposant des situations, descriptions et autres sensations au sein d'une écriture où le processus de répétitions, allitérations, jeux d'assemblage de mots (la conception est presque aperghienne !) laisse le champ libre à l'imagination du compositeur. Dusapin fait appel à quatre voix féminines (trois chanteuses et une récitante) et un ensemble atypique de sept instruments, violoncelle et contrebasse (sans les violons), bois et cuivres.

C'est dans le dispositif scénique de l'artiste polyvalent (actuellement directeur de la création de la collection masculine de Louis Vuitton) et avec une nouvelle distribution que l'on redécouvre l'opéra à la Fondation Vuitton, mêlant étroitement flux musical et gerbes d'eau. Ils sont tous installés dans la fosse (surélevée), laissant le plateau nu, dans l'attente de quelque surprise à venir…

Sur le drone électronique qui investit progressivement l'espace au début de l'opéra, se glisse la voix parlée de , captant d'emblée l'écoute par la dimension sonore voire musicale, à fleur de mélodie parfois, que la comédienne confère à la langue anglaise, dans la pureté de la prononciation et la distance souhaitée. Elle interviendra plusieurs fois en solo, rythmant les étapes de cette trajectoire circulaire, ramenant à la fin de l'opéra les premiers mots du texte. Les trois voix chantées – on pense aux trois « filles du Rhin », chez Wagner – en prolongent les accents et s'emparent des mots au sein d'une écriture vocale mouvante qui façonne la dramaturgie sonore. En homorythmie ou dans une libre polyphonie, les voix solidaires commentent, s'affolent, s'enhardissent, hiératiques ou jubilatoires, murmurées parfois, mystérieuses et sensuelles, livrant un chant qui parle haut et clair le désir. Elles sont toutes les trois sopranos, aussi engagées que performantes : , au timbre tonique, sollicitée dans les aigus de son colorature, aux côtés d' et Norma Nahoun ; fusionnelles toujours, elles servent à merveille une partition exigeante aux configurations multiples. Bien souvent l'ensemble instrumental – les musiciens du Balcon – en ourle les lignes, dardant ses couleurs, celles du piccolo, de la trompette bouchée, ou encore de la contrebasse, particulièrement active dans ces numéros presque jazzy qui relancent le mouvement. est à la tête de son ensemble, concentré et efficace, qui galvanise les musiciens de son geste expressif et communicatif.

Bien que préparée par les effluves aquatiques de l'électronique qui ne tardent pas à se faire entendre (aux manettes Florent Derex), l'apparition de jets d'eau propulsés de part et d'autre du plateau ne manque pas son effet, gerbes d'eau qui ondulent, rampent ou prennent de la hauteur, se multiplient et se colorent, convergent ou se court-circuitent (la réalisation est celle du studio créatif Matière noire) au gré de l'intensité sonore et des textures plus ou moins denses de la musique. Le spectacle est de toute beauté, flux contre flux, liant très organiquement les deux univers visuel et sonore.

Crédit photographique : Portrait Dusapin © Jérôme Bonnet/Modds ; photo spectacle ©

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Paris. Fondation Vuitton. 5-II-2026. Pascal Dusapin (né en 1955) : To be sung, opéra de chambre en 43 numéros d’après A lyrical Opera Made by Two de Gertrude Stein ; livret, Pascal Dusapin ; conception scénographie et lumière Pharrell Williams ; électronique Ircam ; Jenny Daviet, Élise Chauvin, Norma Nahoun, sopranos ; Florence Darel, récitante ; ensemble Le Balcon, direction Maxime Pascal ; Florent Derex, projection sonore ; Matière noire, réalisation scénographie et lumières.

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