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To Be Sung de Dusapin, espace de son et de lumière

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Cité de la musique. 07-IV-2009. Pascal Dusapin (né en 1955) : To Be Sung, opéra de chambre en 43 numéros sur un texte de Gertrude Stein. Claron McFadden, soprano ; Claire Booth, soprano ; Anna Stephany, soprano ; Geoffrey Carey, récitant ; Ludovic Lagarde, dispositif scénique ; Thierry Coduys, régie son ; Christian Lacroix, costumes ; Sébastien Michaud, lumière. Ensemble Intercontemporain ; direction, Alain Altinoglu.

La genèse du troisième opéra de To Be Sung (1992-1993), donné sur le plateau de la Cité de la Musique dans le cadre du «Domaine privé» du compositeur ce mardi 7 avril, est étrange et singulière. Mû par le désir de travailler avec le plasticien américain James Turrell pour «construire un projet scénique de musique et de lumière», Dusapin se fixe sur le texte de l’écrivaine américaine Gertrud Stein intitulé A Lyrical Opera Made by Two (un Opéra Fait à Deux) et sous-titré «to be sung» (pour être chanté). Sur ce livret écartant tout enjeu dramatique à la faveur d’« un jeu de sons et de sens cachés», et James Turrell conçoivent un espace opératique sans les ressorts de la scénographie.

Pour l’heure, et sans la collaboration de James Turrell, c’est à et Sébastien Michaud que sont confiés le dispositif scénique et la lumière projetant en alternance et dans des intensités graduellement variées des bleus et des jaunes à la Rothko.

Dans «la fosse», c’est-à-dire en contrebas du plateau, les sept solistes de l’ dirigé par stimulent, encadrent ou relaient les trois chanteuses somptueusement habillées par – l’imprimé des robes le dispute à la palette des timbres de l’orchestre ! –. Elles chantent d’une seule voix, très extatique et toujours légèrement ourlée – somptueuses Claron McFaden, et Anna Stepfany – un texte que Dusapin distribue dans des temps divers. En le resserrant ou l’étirant à l’extrême, il modèle ce matériau sonore de manière très plastique à la faveur des phonèmes et allitérations de la langue anglaise.

Mais la magie n’opèrerait sans doute pas sans la voix quasi envoûtante du récitant – sublime Geoffrey Carrey – qui débute le spectacle. Elle est un peu le fil rouge de cette composition en 43 numéros, entendue en alternance, en surimpression ou instaurant un dialogue intimiste avec les voix chantées. Diffusée à travers les haut-parleurs, cette captation sensuelle à fleur de mélodie confère une vibration particulière à l’espace un peu froid de la salle des concerts et lie le tout dans un mouvement spatial et intensément poétique.

Crédit photographique : Pascal Dusapin © Vanessa Thaureau / Salabert

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