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Derniers Quatuors de Beethoven par les Pražák, intimité partagée

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Grenoble. MC2. Du 09-II-2006 au 11-II-2006. Ludwig Van Beethoven (1770 – 1827) : Quatuors à cordes n°12 op. 127, n°14 op. 131, n°16 op. 135, n°15 op. 132, n°13 ; Grande Fugue op. 133. Quatuor Pražák : Václav Remoš, 1er violon ; Vlastimil Holek, 2nd violon ; Josef Kluson, alto ; Michal Kanka, violoncelle.

Si la réputation du n’est plus à faire (voir à ce propos l’article de notre confrère Edouard Bailly), il la doit en grande partie à son intégrale Beethoven. L’événement est donc de taille lorsqu’ils s’annoncent à Grenoble justement dans ce répertoire. Trois soirées consécutives consacrées à l’intégrale des derniers quatuors de Beethoven. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’on donne en un temps restreint une intégrale (on se souvient, par exemple, de l’intégrale des sonates pour piano du même compositeur). Signe des temps : l’auditeur-consommateur a besoin d’exhaustivité, si possible sous forme de cure afin de parer à l’urgence … à tel point que l’on nomme intégrale des cycles qui n’en sont pas : l’intitulé de ce cycle de concert a quelque chose d’amusant par sa contradiction (intégrale ou derniers quatuors ?). Bien entendu, cette formule peut éloigner des spectateurs : cela devient vite onéreux, et même les mélomanes les plus passionnés n’ont pas forcément la possibilité de consacrer trois soirées consécutives à des concerts, aussi passionnants soient-ils. Cependant, cela permet également à un plus grand nombre d’assister à au moins un des concerts, et permet aux plus fidèles de s’immerger totalement dans l’œuvre d’un compositeur : l’expérience est enrichissante et, au fil des soirées, la perception de l’auditeur se nourrit des concerts précédents. Une cure de Beethoven-Prazak, finalement, lorsque l’on peut se le permettre, vaut bien quelques sacrifices !

Les derniers quatuors de Beethoven ont été composés à la fin de sa vie, entre 1823 et 1826. Ils figurent parmi les œuvres les plus novatrices du compositeur et ne commencèrent à être vraiment appréciés du public qu’à la fin du XIXème siècle. Ce sont ces œuvres si riches, si complexes et si subtiles que le quatuor Prazak nous donne à entendre, réparties dans un ordre conditionné non pas par la chronologie mais par leurs caractères respectifs.

Si l’on devait définir ces concerts en quelques mots, ce seraient finesse, subtilité, harmonie. Quelle délicatesse dans les pianos, quelle douceur dans l’installation des harmonies, quelle musicalité dans les phrasés ! Chaque musicien semble suspendu à la ligne mélodique des trois autres, dans une respiration commune, et le public n’ose plus respirer de peur de briser ces instants magiques … mais il serait bien réducteur de s’arrêter seulement à cela. Ce serait oublier la fougue avec laquelle ils interprètent, par exemple, le septième mouvement du Quatuor op. 131 n° 14, l’énergie exceptionnelle et les contrastes du Quatuor op. 132 n°15. Certes il arrive parfois que la justesse en pâtisse légèrement, mais la complicité qui semble augmenter au fil des mouvements entre les quatre instrumentistes crée une telle homogénéité qu’on leur pardonne aisément …

Le quatuor Prazak savoure et sublime chaque instant de ces œuvres et nous convie à cette célébration. Cette double impression est renforcée par leur présence sur scène : le violoncelliste échange quelques sourires avec ses complices, tandis que le premier violon sourit au public entre chaque mouvement.

Et si certains hésitaient à revenir le soir suivant, les rappels les ont définitivement convaincus : hasard ou choix délibéré, le quatuor Prazak a interprété en bis le premier soir un mouvement figurant au programme du deuxième soir (le deuxième mouvement du Quatuor op. 132 n°15), et le deuxième soir deux mouvements du Quatuor op. 135 n°16, donné en concert le lendemain.

Prochaine Intégrale à la MC2 : Du 9 au 11 Mars Quatuor Debussy, intégrale des quatuors de Chostakovitch

Crédit photographique© Guy Vivien

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Grenoble. MC2. Du 09-II-2006 au 11-II-2006. Ludwig Van Beethoven (1770 – 1827) : Quatuors à cordes n°12 op. 127, n°14 op. 131, n°16 op. 135, n°15 op. 132, n°13 ; Grande Fugue op. 133. Quatuor Pražák : Václav Remoš, 1er violon ; Vlastimil Holek, 2nd violon ; Josef Kluson, alto ; Michal Kanka, violoncelle.

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