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Pierre Monteux, chef d’orchestre

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Alors que l’on célèbre les 140 ans de sa naissance, ResMusica dresse un portrait du chef d’orchestre Pierre Monteux, maître français de l’art de la direction d’orchestre et créateur du Sacre du printemps de Stravinsky.

 

Pierre-Monteux 2014Lors de ses adieux à l’Orchestre Symphonique de San Francisco en 1952, déclara avec le plus grand sérieux toutefois non dénué d’humour : « Messieurs, je vais vous faire une importante et solennelle communication : je ne me teins pas les cheveux ! » Âgé à ce moment de 77 ans, le grand chef d’orchestre français, fait plutôt rare, exhibait une chevelure noire de jais malgré sa blanche moustache, et l’aspect d’éternelle jeunesse était une des caractéristiques remarquables de cette personnalité d’exception.

Serviteur des plus authentiques de la musique, en était le maître artisan le plus noble, le plus pur ; sa scrupuleuse exactitude, sa probité totale vis-à-vis des œuvres qu’il défendait en de ferventes interprétations en fit l’un des chefs d’orchestre français les plus glorieux et les plus appréciés qui firent carrière aux États-Unis d’Amérique aux côtés de , , puis Jean Martinon et Pierre Boulez. Chacun de ces grands musiciens eut d’ailleurs sous sa responsabilité l’une des plus prestigieuses formations américaines : , l’Orchestre Symphonique de San Francisco () de 1935 à 1952 ; , l’Orchestre Symphonique de Boston de 1949 à 1962 ; , l’ de 1951 à 1963 ; Jean Martinon, l’Orchestre Symphonique de Chicago de 1963 à 1968 ; Pierre Boulez, l’Orchestre Philharmonique de New York de 1971 à 1977.

Pierre Monteux naquit à Paris le 4 avril 1875. Dès l’âge de six ans, il étudie le violon dont il obtient un Premier Prix au Conservatoire de sa ville natale en 1896. À douze ans, un concert de charité lui donne l’occasion de diriger un orchestre pour la première fois, tandis que de quatorze à dix-sept ans un poste de deuxième violon aux Folies Bergère lui permet d’acquérir une solide formation de lecteur de partitions diverses et de développer son sens du rythme.

De 1893 à 1912, il est premier alto de l’Orchestre des Concerts Colonne. Un peu de manière similaire à Charles Munch au Gewandhaus de Leipzig, Pierre Monteux apprend son futur métier sur le tas, en observant ses modèles : Édouard Colonne et , dont il transcrira méticuleusement les précieuses instructions sur ses partitions. De la sorte il rencontre en personne les grands compositeurs français de son temps : Debussy, Franck, Massenet, Saint-Saëns. Ce dernier, tenant la partie d’orgue de sa Symphonie n°3, lui offre l’opportunité de la diriger avec l’approbation générale de l’orchestre.

1910 est l’année décisive où engage un Pierre Monteux de trente-six ans pour ses célèbres Ballets Russes qui verront se succéder sous sa baguette la création de chefs-d’œuvre tels que Petrouchka et Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Jeux de Debussy, Daphnis et Chloé de Ravel. Quel Âge d’Or incomparablement foisonnant en France ! Une tournée en 1916 avec les Ballets Russes le fait connaître aux États-Unis qui l’invitent pour deux saisons au MET (1917 à 1919), puis à réorganiser l’Orchestre Symphonique de Boston (1919 à 1924) avec lequel il aura toujours des relations privilégiées jusqu’à la fin de sa vie.

pierre-monteux 2014bUne autre formation avec laquelle Monteux aura beaucoup d’affinités est l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam : il sera en effet l’un des rares chefs auxquels Willem Mengelberg confiera sa propre phalange. C’est l’époque où il fonde avec l’ en octobre 1928, qu’il dirigera jusqu’en 1938 et avec lequel il grave ses premiers disques : Petrouchka et Le Sacre du Printemps de Stravinsky, et surtout, lors d’un cycle Berlioz, la Symphonie Fantastique dans un enregistrement légendaire de 1930 qu’il préférera toujours à ceux réalisés par après de cette œuvre : il faut dire que seul cet enregistrement bénéficia des instructions de Colonne en liaison directe avec Berlioz, notées sur une partition hélas détruite par les Nazi lors de la Seconde Guerre Mondiale…

La période américaine la plus importante pour Pierre Monteux est celle où, en « bâtisseur d’orchestre », il fit renaître l’Orchestre Symphonique de San Francisco aux destinées duquel il présida de 1935 à 1952 : sa réputation fut telle qu’en 1937 il aida Artur Rodzinski à la formation et la préparation de l’Orchestre Symphonique de la N.B.C. destiné à . Devenu citoyen américain en 1942, Monteux fonde en 1943, à Hancock, Maine, où il réside, sa célèbre École pour Chefs et Musiciens d’Orchestre.

C’est finalement à Londres qu’il reçoit en 1961 le plus étonnant contrat de direction de l’Orchestre Symphonique de Londres : contrat de vingt-cinq ans, renouvelable pour vingt-cinq ans ! Il n’en bénéficiera que bien peu de temps, puisqu’il décède à Hancock, le 1er juillet 1964 dans sa quatre-vingt-neuvième année.

Signalons pour terminer qu’en plus des œuvres présentées aux Ballets Russes, Pierre Monteux créa notamment Le Rossignol de Stravinsky (1914), le Concert Champêtre de Poulenc (1929), la Symphonie n°3 de Prokofiev (1929), la Symphonie de (1932), la Symphonie n°1 de (1933), la Suite Française de Daniel-Lesur (1935), la Symphonie n°2 de (1947)…

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Alors que l’on célèbre les 140 ans de sa naissance, ResMusica dresse un portrait du chef d’orchestre Pierre Monteux, maître français de l’art de la direction d’orchestre et créateur du Sacre du printemps de Stravinsky.

 
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