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Mantovani voices

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Bruno Mantovani (né en 1974) : Cinq poèmes de János Pilinszky ; Vier geistliche Gedichte sur des poèmes de Joseph von Eichendorff ; Monde évanoui (Fragments pour Babylone) sur un poème de Pierre Grosz ; Cantate n°4 « Komm, Jesu, Komm » sur le texte du choral luthérien de Paul Tymich d’après l’Evangile selon Saint Jean. Sonia Wieder-Atherton, violoncelle ; Pascal Contet, accordéon ; Choeur Accentus ; direction, Pieter-Jelle de Boer et Laurence Equilbey. 1 CD Naïve V5420 ; code barre 2218605420 ; enregistré en novembre 2014 et février 2015 à l’Opéra de Rouen Normandie ; texte en français et en anglais. 55′

 

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Mantovani-voicesC’est le troisième album monographique que et son ensemble consacrent à un compositeur d’aujourd’hui (Dusapin en 2000, Manoury en 2011). Il cristallise dix années de fidèle compagnonnage avec , au cours desquelles les quatre oeuvres qui font l’objet du présent enregistrement ont été créées sous la direction de .

Qu’il mette en musique la langue hongroise (Pilinszky), allemande (Von Eichendorff, Tymich) ou encore française (Grosz), ne modifie en rien son traitement sonore. Radicalement, il prend ses distances avec le signifiant et imprime sa propre syntaxe au texte qu’il a choisi. Le mot n’est pourtant jamais dénaturé, aucun élément exogène n’est convoqué. Mantovani traite le verbe comme on traite le son, « dans une logique toute électroacoustique » précise-t-il : temps, espace, couleur, morphologies sont autant de contingences auxquelles se plient tous les textes chantés.

Dans les Cinq Poèmes de János Pilinszky, d’une facture très délicate, le compositeur privilégie l’écriture par trames sur lesquelles viennent s’inscrire les interventions solistes. Elles véhiculent le texte à travers des figures flexibles et fantasques qui balaient tous les registres. Plus évidente encore dans Vier geistliche Gedichte est la manière mantovanienne de casser la prosodie, de malmener la langue allemande et d’effacer la structure poétique. Les quatre poèmes de Joseph von Eichendorff sont traités dans un seul souffle et une « orchestration » toujours mouvante, de la grande clameur jubilatoire à l’espace quasi silencieux où ressurgissent les mots, dans un jeu d’approche et d’éloignement constant. Le « traitement » du texte y est plus systématique, suscitant des textures issues des techniques de studio magnifiquement rendues par les voix expertes d’. La même distance avec le texte s’observe dans Monde évanoui (Fragments pour Babylone) sur le poème en français de Pierre Grosz. Ici le temps musical transfigure celui de la parole. Mantovani resserre ou étire la phrase, isolant les mots dont il exploite la dimension plastique. Pour autant, des correspondances entre le texte et l’image sonore se dessinent : la verticalité de l’écriture pour l’évocation de Babylone et la fusion des langues (latin, allemand, anglais) donnant naissance, en fond sonore, à un flux ondoyant autant que poétique, entretenu par les voix médium.

A classer au rang des chefs d’oeuvre, la Cantate n°4, écrite sur un choral que Bach a mis en musique (komm, Jesu, komm) est un hommage au Cantor de Leipzig. La ferveur contenue du choeur des premières pages semble trouver un exutoire dans les parties instrumentales virtuoses du violoncelle et de l’accordéon – impériaux et . Chacun des instruments intervient dans le sillage des voix à la faveur de subtils fondus-enchaînés. Le texte, ici très présent, est inscrit au centre de la dramaturgie sonore. Il est chanté in extenso, y compris la troisième strophe, identique à la première, que les pupitres féminins s’échangent à la toute fin de l’oeuvre, dans un temps suspendu et raréfié du plus bel effet.

Si l’on doit à la direction de et l’étonnante synergie entre les pupitres de l’ensemble, la dimension solistique et virtuose des quatre pièces, écrites, il est vrai, sur mesure, pour les voix très aguerries d’Accentus, est remarquablement assumée et confine à la performance.

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