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La Batsheva Dance Company : quand danse rime avec résistance

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Palais Garnier, 09.I.2016. Batsheva Dance Company, compagnie invitée. Three, ballet créé le 12 février 2005 par la Batsheva Dance Company au Centre Suzanne Dellal à Tel Aviv. Chorégraphie : Ohad Naharin. Musique : Bellus : Jean-Sébastien Bach : Variations Goldberg, interprétées par Glenn Gould ; Humus : Brian Eno, Neroli ; Secus : Chari Chari Favorite Final Geisha Show, Kid 606 Flutter + Rayon Mount Carmel, AGF Ambient Trust, Chronomad Private Birds, You stop, Fennesz On, Rajesh Roshan Na Tum Jaano Na Hum, Seefeel Me, Brian Wilson and The Beach Boys You’re Welcome. Musique enregistrée. Lumières : Avi Yona Bueno (Bambi). Costumes : Rakefet Levy. Réalisation sonore : Ohad Fishof.

Batsheva Gadi DagonLa venue à l’Opéra de Paris de la , compagnie israélienne dirigée par , suscite la polémique. C’est au son de slogans tels que « On ne danse pas avec l’apartheid », clamés par des manifestants pro-palestiniens, que les spectateurs pénètrent au compte-gouttes dans l’Opéra, après avoir subi fouilles et palpations corporelles. Le contexte confère au spectacle une dimension particulière.

ne cache pas ses opinions politiques, marquées à gauche, et son hostilité à la politique du gouvernement Netanyahou. Il ne se définit pourtant pas comme un chorégraphe engagé et se refuse à enfermer sa danse dans un message politique. Pourtant, dans ce contexte agité, dont le chorégraphe est malheureusement coutumier, le simple fait de voir les danseurs de la Batsheva danser – continuer à danser – prenait l’allure d’un acte de résistance. Chaque geste pouvait être interprété dans un sens différent, plus aigu, plus tragique, plus émouvant aussi. Lorsque les danseurs offrent leurs mains au public, ouvrent les bras et s’exposent, littéralement, sur la chanson des Beach Boys «You’re welcome », comment ne pas y voir un message de paix et une invitation au vivre ensemble ?

Three, comme son nom l’indique, est une pièce divisée en 3 parties, « Bellus » (beauté), « Humus » (terre) et « Secus » (autrement). Chaque partie est introduite, avec humour, par un danseur qui, une télé sous le bras, diffuse un enregistrement filmant son propre visage et décrivant la pièce à venir. L’effet comique est accentué par le ton sérieux du danseur/présentateur, qui donne des détails précis comme la durée du passage au sol des danseuses ou le nombre de projecteurs utilisés pour éclairer la scène. L’humour est présent à de nombreuses reprises dans Three. Notamment dans le duo masculin de la dernière partie, « Secus », sur la musique délicieusement kitsch Na Tum Jaano Na Hum du compositeur indien Rajesh Roshan. Le duo est à la fois drôle, par les clins d’œil à différentes danses de couple comme la salsa et le tango, et également touchant et très physique avec des portés, des décalés et des contrepoids.

Le style d’Ohad Naharin ne ressemble à nul autre. Il se caractérise par la contorsion permanente et parfois invraisemblable des corps, la théâtralité, avec des passages mimés, le mélange des genres poussé à l’extrême, puisque se côtoient les influences classiques, contemporaines (notamment la technique de Marta Graham, qui a dirigé la Batsheva et influencé la danse israélienne), hip-hop, latines et même des emprunts aux arts martiaux.
Ce style colle à la peau des danseurs de la Batsheva, qui semblent danser comme ils respirent, avec liberté, fluidité et énergie. C’est une danse du quotidien, avec des vêtements du quotidien : débardeurs et T-shirts de couleurs, pantacourts serrés, pieds nus. Tous les danseurs de la compagnie sont formés à la technique Gaga, mise au point par Naharin, et qui consiste à libérer les corps et les énergies, à conjuguer effort et plaisir en se mettant à l’écoute de son propre corps.

Batsheva Laurent Philippe« Bellus » est dansé sur les Variations Goldberg de Bach. Naharin utilise avec subtilité les silences de la musique et joue sur le décalage. Les soli sont conçus comme de petites saynètes, qui évoquent des gestes de la vie de tous les jours mais qui sont aussi un exutoire. « Humus », sur une musique de , est une partie entièrement féminine, conçue comme une accalmie et qui se passe en grande partie au sol. L’explosion arrive avec « Secus », qui s’ouvre dans une ambiance électro, avec le déchaînement réjouissant de tous les danseurs sur scène. Naharin utilise la technique du noir dans les duos, ce qui crée un rythme haché, avec des arrêts sur image renforçant par contraste l’énergie absolue qui se dégage des parties dansées.

Résolument moderne et bourré d’inventivité, Three donne à voir des danseurs qui se mettent à nu, sans concession devant le public. Une belle leçon d’humanité.

Crédits photographiques : photo n°1 : © Gadi Dagon ; photo n°2 : © Laurent Philippe / OnP.

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Palais Garnier, 09.I.2016. Batsheva Dance Company, compagnie invitée. Three, ballet créé le 12 février 2005 par la Batsheva Dance Company au Centre Suzanne Dellal à Tel Aviv. Chorégraphie : Ohad Naharin. Musique : Bellus : Jean-Sébastien Bach : Variations Goldberg, interprétées par Glenn Gould ; Humus : Brian Eno, Neroli ; Secus : Chari Chari Favorite Final Geisha Show, Kid 606 Flutter + Rayon Mount Carmel, AGF Ambient Trust, Chronomad Private Birds, You stop, Fennesz On, Rajesh Roshan Na Tum Jaano Na Hum, Seefeel Me, Brian Wilson and The Beach Boys You’re Welcome. Musique enregistrée. Lumières : Avi Yona Bueno (Bambi). Costumes : Rakefet Levy. Réalisation sonore : Ohad Fishof.

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