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À Dresde, Thielemann offre une version enthousiasmante de la Symphonie n° 1 de Bruckner

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 1 (version de Linz de 1877). Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 1 CD Profil Medien. Enregistré au Semperoper de Dresde, en septembre 2017. Notice en anglais et allemand. Durée : 49:25

 

Après Munich et, aujourd’hui Dresde, poursuit l’intégrale des symphonies de Bruckner. Disposant de l’une des plus belles phalanges de la scène internationale, il nous enchante par une lecture d’une élégance et d’une tonicité rares.

Comme souvent chez Bruckner, il existe plusieurs versions de la même symphonie. Dans le cas de la première en ut mineur, il faut compter trois moutures. Celle, originale, de 1866 (réalisée par William Carragan), puis celle de 1877 dite de “Linz” éditée par Nowak et, enfin, le matériel de 1891, plus communément nommé “version de Vienne”. C’est la seconde, celle de Linz, la plus souvent jouée, qui a été choisie par Thielemann. Bien qu’une centaine d’enregistrements de cette partition aient vu le jour, elle reste l’une des moins dirigée. Bruckner avait alors 53 ans lorsqu’il acheva cette version d’une forme classique en quatre mouvements. La notion de “classicisme” s’arrête, d’ailleurs, à ce niveau. En effet, l’œuvre est d’une telle nouveauté qu’elle déconcerte souvent les chefs d’orchestre qui ne savent à quelle esthétique la rattacher. La plupart des interprètes l’enferment dans un univers wagnérien auquel elle se révèle, au finale, bien éloignée. Le prétexte est la découverte émerveillée, par Bruckner, de la musique de Wagner. Il est vrai que l’adagio joue d’une tonalité “ondulante” qui rappelle le chromatisme “tristannesque”, mais, il s’agissait, alors, de l’harmonie dans l’air du temps et à laquelle il était impossible de se soustraire. En revanche, l’utilisation des rythmes de marches (Mendelssohn, Schumann), l’exploitation des thèmes (Beethoven), les couleurs (Weber), un sentiment d’exaltation dans le finale, ainsi que la saturation de l’espace sonore invitent davantage à rapprocher l’œuvre des imaginaires sonores de Berlioz et de Franck. Ce dernier entendit Bruckner improviser à Notre-Dame de Paris en 1869 et on ne sait ce que Bruckner et Berlioz pensaient l’un de l’autre…

D’une allure mobile, frémissante jusque dans l’adagio, la Symphonie n° 1 jaillit avec une verve résolument héroïque. Thielemann dispose pour cette unique prise de concert (1er septembre 2017) d’une phalange superlative (le DVD de ce concert a été publié chez C Major il y a quelques années). L’emphase contrôlée des cuivres est extraordinaire. Quelle souplesse, quelle noblesse dès les premières mesures lorsque le grain des cordes s’épaissit et que l’espace s’ouvre sur une orchestration magnifiée par les vents ! L’adagio sonne plus épais, Thielemann songeant peut-être à Tristan et Isolde. Son Bruckner annonce aussi celui de la Symphonie n° 9. Le scherzo est un pur miracle : Thielemann allège les attaques dans des tempi d’une fougue extraordinaire, jouant de la spontanéité rythmique des ländler autrichiens, mettant à profit les timbres des cors et du hautbois. Le finale est taillé dans la masse, d’une puissance hymnique. On songe à Weber avec une direction qui tient fermement, le tempo con fuoco. Les cordes sont poussées à l’incandescence et la prise de son parfaitement étagée. Mieux enregistrée que l’autre unique version captée à Dresde en 1978 sous la baguette de Jochum dans laquelle les aigus sont, hélas, criards, la réalisation de Thielemann dynamise l’ensemble avec un souffle exceptionnel. L’œuvre est d’autant plus périlleuse qu’elle ne souffre pas la préciosité ou une quête d’introspection hors de propos. Wand et Cologne (RCA), Abbado et Vienne (DG), entre autres, en avaient exalté la fraîcheur scintillante. Mais aucun des interprètes de la symphonie, y compris Thielemann, n’ont obtenu ce que l’on entend dans la version d’Ernest Bour, en 1976, avec la SWR de Baden-Baden Fribourg (Sardana), à savoir une forme de délire halluciné, miracle, également, d’un unique concert.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 1 (version de Linz de 1877). Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 1 CD Profil Medien. Enregistré au Semperoper de Dresde, en septembre 2017. Notice en anglais et allemand. Durée : 49:25

 
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