Klaus Mäkelä : l’homme-orchestre face à l’Oslo Philharmonic
Dans un programme totalement dévolu à Johannes Brahms, à la tête de l'Oslo Philharmonic dont il est chef principal, Klaus Mäkelä endosse la double casquette de soliste et de chef pour le Double concerto pour violon et violoncelle en compagnie de Daniel Lozakovich, avant de retrouver la seule baguette pour la Symphonie n° 1.

Violoncelliste de formation, Klaus Mäkelä a une appétence reconnue pour la musique de chambre qu'il pratique régulièrement. Mais c'est dans le répertoire concertant qu'il se produit, ce soir, en compagnie du violoniste Daniel Lozakovich, dans un Double concerto de Brahms, de belle facture certes, mais dans lequel le violoncelle semble manquer un peu de projection pour convaincre totalement, souvent couvert par le violon ou l'orchestre.
En s'appuyant sur un instrumentarium atypique et probablement inspiré de façon lointaine du Triple concerto de Beethoven, le Double concerto de Brahms, dernière de ses œuvres concertantes, fut composé dans le but non avoué de réconciliation avec son ami le violoniste Joseph Joachim, et de répondre aux vœux du violoncelliste Robert Hausmann, les deux solistes en assurant d'ailleurs la création en 1887. L'Allegro initial, ouvert par quatre accords orchestraux péremptoires, laisse immédiatement la place à la douce entame à découvert du violoncelle dont on apprécie d'emblée la sonorité ronde et le legato consommé, avant que les deux solistes ne se lancent dans un dialogue serré idéalement soutenu par la phalange norvégienne, impeccablement dirigée du premier violon par Elise Båtnes. L'Andante, introduit par le cor et les sonorités graves (basson) développe ensuite une ample mélodie tendrement mélancolique sollicitant tout particulièrement la petite harmonie, aux côtés des solistes qui ornementent tour à tour dans un équilibre précaire où le violon de Daniel Lozakovich se fait rapidement dominateur face à un violoncelle dont la projection parait un rien limitée. Le Finale, plus virtuose, confirme le déséquilibre entre les solistes dans une joute orchestrale dansante et engagée (petite harmonie et cordes) aux allures tziganes.
C'est finalement dans la seconde partie de concert que Klaus Mäkelä et l'Oslo Philharmonic sont à leur meilleur, nous livrant une interprétation de la Symphonie n° 1 (1876) qui passionne de bout en bout. Entamé par une pédale de timbales, tendu, tout habité d'attente et d'urgence, s'appuyant sur une dynamique tourmentée riche en contrastes et en nuances (rubato), entre lyrisme et élans passionnés, soutenu par une direction très engagée et extravertie, le premier mouvement impressionne par la qualité orchestrale (cor omniprésent, petite harmonie rutilante, timbales véhémentes et engagement des cordes) comme par la clarté et la précision dans la mise en place des plans sonores (contrechants de cor). L'Andante, empreint d'un prégnant romantisme (cor) se construit sur une belle cantilène tendre et mélancolique chargée de passion contenue qui fait la part belle à la petite harmonie (hautbois, clarinette) et à des cordes très lyriques dont on admire le subtil legato. Le troisième mouvement séduit, quant à lui, par sa progression dynamique, par la subtilité de ses transitions et par sa transparence qui met en avant toutes les performances solistiques (cor et attaques de cordes). Le Finale surprend par son introduction lente, inquiète, quasi religieuse (pizzicati) entretenant l'attente, avant que le solo de cor et un puissant choral de cuivres n'annoncent le début de l'Allegro sur un phrasé qui va progressivement s'animer, faisant intervenir tous les pupitres (cordes, timbales, cuivres) avant une coda aux allures telluriques qui vient clore dans un resplendissant tutti cette magnifique lecture.






