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8e et 3e d’Allan Pettersson par Christian Lindberg : les chaînons manquants

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Allan Pettersson (1911-1980) : Symphonies n°3 et n°8. Orchestre symphonique de Norrköping. Christian Lindberg, direction. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en janvier 2024 (n°3) et janvier 2023 (n°8) à Norrköping, Suède. Notice de présentation en français, suédois, anglais et allemand. Durée: 84:01

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Ces Symphonies n°3 et n°8 d’ par l’ et font doublon au sein du catalogue Bis avec les gravures de . Mais sur le plan interprétatif, cet album est le chaînon manquant qu’on attendait depuis dix ans.

Alors que et l’orchestre Norrköping poursuivaient leur audacieuse série d’enregistrements des symphonies d’, avec un succès critique à l’international mais aussi en Suède (le plus difficile à obtenir, tant la musique intense et protestataire de cet écorché vif détonne dans la consensuelle société scandinave), il y avait un obstacle : les deux meilleures portes d’entrée dans l’œuvre de Pettersson, les Symphonies n°7 et n°8, avaient déjà été gravées par avec le même orchestre et pour le même label. Vu la marginalité persistante de ce répertoire dans les salles de concert, la perspective d’un doublon dans le catalogue BIS paraissait bien improbable. Finalement, au vu des nombreuses récompenses critiques (y compris dans nos colonnes), Lindberg a pu convaincre orchestre et éditeur de mener le cycle à son terme. Des quatre symphonies restantes, les n°3, 8, 10 et 11, les deux réunies dans cet album étaient les plus attendues, et il ne reste plus que les fort âpres Dixième et Onzième Symphonies.

Dans la Symphonie n°8 (1968-1969) qui ouvre l’album, réalise peut-être mieux que dans tous ses autres enregistrements de ce cycle la quadrature du cercle entre mise en valeur analytique de l’orchestration, sens du mouvement et intensité de l’expression. Cas unique chez Pettersson, elle est en deux mouvements de tonalité également sombre, plus lyrique dans le premier et plus convulsive et traversée d’épouvante dans le second. Le premier mouvement s’ouvre par une longue et magnifique mélodie infinie de plus de deux minutes, suivie d’un lent crescendo qui culmine en un bref rayonnement solaire, et qui se transforme en d’autres états méditatifs et émotionnels, entre pureté enfantine et forces surhumaines qui semblent se conjuguer pour écraser notre part d’humanité. Le second mouvement commence par des accords graves et austères, funèbres, où l’angoisse est plus prégnante, d’une durée similaire de deux minutes, avant que les épisodes riches en cuivres, vents et percussions martiales se succèdent, quelque part entre champ de bataille, expressions de luttes intérieures terribles ou représentations d’éléments cosmiques en conflits. Passé le dernier climax, le plus impressionnant de tous, la résignation de l’épuisement et du regret s’écoule sur nous, mais toujours mêlée de lumière, de vie et somme toute d’espoir.

Cet enregistrement, le cinquième chronologiquement de la discographie, s’inscrit comme souvent avec Lindberg comme la nouvelle référence, ici en compagnie de deux gravures dont on ne voudra pas se séparer, celle historique de avec l’orchestre de Baltimore en 1977 (éditée à l’époque en LP chez… DG, jamais rééditée en CD ni sur les plateformes de streaming, elle est disponible sur YouTube),  suivie par celui de chez CPO avec l’Orchestre symphonique de la Radio de Berlin (en concert en 1984). Les enregistrements de Gerd Albrecht à Hambourg en 1994 (Orfeo), manquant de relief, et de en 1997 (BIS), plus coloré mais pêchant par un manque d’unité, sont secondaires. Comissiona est le plus lent (7′ de plus que Lindberg) et psychologiquement le plus prégnant. Sans effet spectaculaire et dans une bonne prise de son englobante, Comissiona prend possession de l’auditeur avec un charme (au sens de philtre magique) qui vous colle à la peau (ce qui n’est pas forcément confortable). – qui n’apprécie guère la musique de Pettersson – mais lui rend justice ! – est à équidistance de Comissiona et Lindberg, avec une puissance évocatrice qui avance. Christian Lindberg réussit un tour de force dans le premier mouvement à la fois lyrique et lumineux, expressif et avec une musique qui avance et tient en haleine constamment. Dans le second mouvement, il donne une vie incroyable aux percussions et aux vents (aidé par une prise de son très fine et précise), donnant du sens à chacune de leurs interventions, et sans que le soin du détail fasse perdre la perspective d’ensemble. Une gravure à placer dans les toutes meilleures réussites de ce cycle Pettersson-Lindberg de très haut niveau.

La Symphonie n°3 de 1954-1955 n’est pas la plus caractéristique de son compositeur, mais n’est pas à négliger pour autant. Enchaînant les atmosphères avec une grande variété, elle est en vérité très visuelle et cinématographique, et n’est pas si éloignée des ambiances hitchcockiennes d’un Bernard Hermann à la même époque. Combinée avec Psychose (1960), Vertigo (1958) ou même du John Williams, elle ne manquerait pas de fasciner un public curieux et un peu intimidé par « la Grande musique ». Lindberg réalise à nouveau une version de référence, au sein d’une discographie limitée mais très qualitative, qui se limite à avec l’Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck en 1994 (CPO) et Leif Segerstam à Norrköping (BIS) l’année suivante. Lindberg nous paraît le plus abouti grâce à l’acquis de l’expérience, avec un orchestre précis, coloré, qui chante désormais dans son arbre généalogique. , grand Petterssonien, le suit de près avec un savoir-faire issu de la musique contemporaine à l’allemande de l’Ouest (la réunification n’avait que quelques années à l’époque) qui n’a pas vieilli, lui-même suivi de près par un Segerstam visiblement très à l’aise dans cette musique pleine d’imagination et dont il se plaît à faire ressortir la variété des climats.

Pour partir à la découverte de la musique de Pettersson, cet album est un choix des plus sûrs par son couplage et son interprétation, peut-être même le plus sûr. L’attente en valait la peine !

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Allan Pettersson (1911-1980) : Symphonies n°3 et n°8. Orchestre symphonique de Norrköping. Christian Lindberg, direction. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en janvier 2024 (n°3) et janvier 2023 (n°8) à Norrköping, Suède. Notice de présentation en français, suédois, anglais et allemand. Durée: 84:01

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1 commentaire sur “8e et 3e d’Allan Pettersson par Christian Lindberg : les chaînons manquants”

  • Michel - Louis LONCIN dit :

    La 8ème Symphonie !!! Le pur joyau de Pettersson !!! Plus encore que la 7ème Symphonie et dont elle apparaît lui être musicalement supérieure !!! C’est par elle que j’ai appris l’existence du compositeur suédois. De la première écoute – mai 1980, par l’interprétation de Comissiona et l’orchestre de Baltimore éditée chez DGG et à REEDITER d’URGENCE car elle se situe à niveau à peine « inférieur » à l’enregistrement par Kurt Sanderlng sur CPO -, il me souvient avoir eu l’impression de la dernière lettre, de l’ultime confidence d’un « candidat » au suicide !!! Tout simplement parce que j’avais écouté « au premier degré » cette lancinante désespérance de Mi mineur à Si bémol mineur puis de Si bémol mineur à La bémol mineur en passant par Mi bémol mineur et Fa mineur … Soit, les tonalités – ici très clairement établies, en dépit de dissonances corrosives – les plus sombres de la palette tonale !

    L’œuvre, en deux « mouvements » (si tant est qu’il soit licite d’employer ce terme s’agissant d’une analyse formelle de l’œuvre de Pettersson) exprime deux phases d’un même conflit :

    1° douloureux pour la première partie qu’inscrit, après le grand chant introductif (un des plus long de Pettersson avec celui de la 6ème Symphonie, exposé deux fois, et dont il convient de souligner le savant chromatisme se jouant d’une palette tonale particulièrement instable, comme seulement allusive, conduisant de mi mineur à si bémol mineur en passant par si mineur, mi bémol mineur et Sol bémol Majeur), le motif obsédant de seconde mineure « mi – fa » relevant de l’échelle de si bémol mineur mais d’une telle prégnance que la tonalité apparaît comme suspendue. Développé en ses multiples avatars et des éclairages véhéments (au cours desquels la mélodie originelle est réexposée et comme rongée par les dissonances), il trouve une sublimation, posant un grand point d’interrogation musical au sein d’une « Coda » extraordinaire par l’effet de suspension qu’elle procure (on pense au poème « Les Aveugles » de Baudelaire « dardant on ne sait où leurs globes ténébreux ») …

    2° carrément menaçant pour la seconde, que concentre l’introduction de si bémol mineur à la bémol mineur résumant tout sa démarche tonale. Elle donne lieu à un passage très violent où un motif « enfantin » (mi bémol-ré bémol – ré bémol-do bémol – do bémol-si bémol) s’efforce de « survivre » au sein de la mêlée furieuse, menant à la longue « île » que, une fois n’est pas coutume chez Pettersson, on ne saurait nommer « lyrique » tant, au sein du motif mélodique chromatique dominant (« mi bémol – si – sol – mi – mi bémol), on « VIT » auditivement un véritable étouffoir (est-ce une évocation de l’enfer des « slums » miteux, crasseux, sans lumière, du quartier de Södermalm où Pettersson a passé – subi, plutôt – son enfance ?), étouffoir qu’éclaircit fugitivement le retour du motif en si bémol mineur (mI-fa). Le climax en fa mineur, d’une intensité à peine tolérable, en est alors à la fois la conséquence et la « porte de sortie » … ouvrant sur la longue, très longue « Coda » (analogique à nouveau avec celle, immense, de la 6ème Symphonie) ramenant tout d’abord ce si bémol mineur « pacifié », son motif « mi-fa » et ses avatars, véritable catharsis (la lueur du « la naturel » !) du gouffre en la bémol mineur.

    S’agissant de la « Coda » finale qui s’ouvre alors, le commentaire du présent enregistrement parle de manière très pertinente de cette « qualité » consistant à « ne pouvoir s’arrêter » … de cette « peur d’être confronté à une vie au-delà de la musique » analogiques aux « divines longueurs de Schubert » qu’exprime cette quasi impossibilité à trouver une fin caractérisant l’extraordinaire épilogue de la 8ème Symphonie … A trois ou quatre reprise, la musique, semblant avoir rejoint sa patrie « tonale » (si bémol mineur) repart derechef (ces suspensions et l’inlassable reprise sont du génie à l’état pur !) … C’est que la logique tonale (et la symbolique y attachée) des toutes premières mesures du « mouvement » doivent finir par s’imposer. La vraie patrie « tonale » n’est pas atteinte tant que si bémol ne cède à l’ultra sombre la bémol mineur (par le biais du motif de « l’île » et d’un autre, dactylique, citant ses fondamentaux … en dépit d’une pédale « obstinée » de si bémol dans le grave) … Mais alors, quel sublimation de la désespérance !!! Quelle promesse dans la continuation de la Vie que cette résignation à la Nuit !!!

    Comment se peut-il qu’une telle prodigalité de GÉNIE n’ait toujours pas forcé à s’ouvrir les portes des salles de concert … en dépit des « modes », des « critiques », du public et – SURTOUT -, des « savants docteurs » es Musique ?!!!

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