Un Don Giovanni caricatural vu par Marta Eguilior
Le Théâtre Villamarta de Jerez clôture sa saison lyrique avec Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène, militante et sans finesse, de Marta Eguilior sur la violence contre les femmes.

Dès l'ouverture la scénographie unique choisie par Marta Eguilior ne fait pas dans la dentelle, constituée d'une scène plongée dans l'obscurité, de trois crânes disposés en quinconce occupant la totalité de l'espace, d'un pendu dont on comprendra plus tard qu'il s'agit de Don Juan, d'un viol très réaliste en direct, celui de Donna Anna, et d'une inscription sur le devant de la scène : « Omnia mors aequat » (devant la mort, tous sont égaux) ; chronique d'une mort annoncée, celle de Don Giovanni bien sûr, mais aussi celle de ses victimes dans un bouquet de féminicides (Donna Anna étranglée par Don Ottavio, Zerlina tuée après avoir été violée, Donna Elvira abandonnée enceinte gisant morte)… Tous éléments qui donnent d'emblée le ton d'une lecture militante fortement influencée par #Metoo (la production a été créée en 2022 à Oviedo), radicale et monothématique, s'articulant autour de la mort et des violences faites aux femmes dans une interprétation caricaturale par son systématisme et son manque de nuance. Sa Carmen, aussi engagée, était autrement plus convaincante.

Un choix thématique qui s'inscrit dans une Espagne à la pointe de ce combat en Europe, méritoire certes, dans l'air du temps assurément, mais dont le message trop appuyé et manichéen devient rapidement pesant, perdant toute crédibilité par ses excès. Une diatribe plus provoquante que convaincante qui dresse le portrait bien connu d'un chevalier débauché, pervers, insatiable de conquêtes, de souffrances et de larmes, en faisant appel à nombre d'artifices fortement sexualisés qui finissent par exaspérer par leur superficialité et leur trivialité ; la réflexion sociale se limite à une promenade grotesque où Don Giovanni tient Leporello en laisse… Affligeant ! Les costumes de Betxte Saitua sont à l'avenant dans un étrange mélange de style XVIIIème siècle et de fantaisie futuriste ; la direction d'acteur est menée avec dynamisme et fluidité malgré l'étroitesse de l'espace scénique.

Dans le rôle-titre, avec un jeu scénique convainquant, le baryton Ramiro Maturana campe un Don Giovanni au chant un peu rigide, au timbre rond mais au legato et à la projection limités. Ruben Amoretti est un Leporello irréprochable dont la basse profonde s'apparie joliment avec celle de son maitre. Son air du catalogue est un modèle du genre. Maria Rey-Joly (Donna Anna) a la voix de son personnage dramatique, au vibrato marqué, aux aigus stridents pénalisant, hélas, les ensembles. Berna Perles incarne une Donna Elvira de belle facture par sa capacité à nuancer sa voix entre douceur et colère en fonction des exigences théâtrales. On regrettera qu' Elena Salvatierra l'ait mise quelque peu en difficulté par un tempo trop rapide dans « Mi tradi qu'ell'alma ingrata ». Julian Henao (Don Ottavio) séduit par son superbe timbre, son phrasé plein délicatesse et son legato de ténor lyrique, avec toutefois des transitions vers l'aigu difficiles dans « il mio tesoro ». Alba Chantar est une Zerlina parfaitement convaincante par sa fraicheur comme par son chant souple, ses nuances, son timbre délicat, nous gratifiant d'un émouvant « Vedrai carino » face au Masetto plein d'ardeur de Francisco Bermudo. Compensant son manque de graves par une stature pleine de charisme, Julio Nomdedeu dans le rôle du Commandeur complète cette distribution de qualité.
Dans la fosse, Elena Salvatierra fait des débuts remarqués face à l'excellent Orchestre de Cordoue arguant d'une direction dynamique, souple, claire et précise dans un équilibre parfois précaire avec le plateau, notamment par des tempi exagérément rapides pouvant mettre en difficulté les chanteurs.
Crédit photographique : © Esteban Albion / Teatro Villamarta
















