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Deux chefs-d’œuvres de Glass par Baroklyn : The Hours et Tirol Concerto

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Philip Glass (né en 1937) : Suite tirée de The Hours ; Tirol Concerto pour piano et orchestre. Avec Baroklyn, piano et direction : Simone Dinnerstein. 1 CD Naïve. Enregistré les 25 et 26 mai 2025 au Merkin Hall, Kaufman Music Center New York City. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 57:00

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Naïve réunit sur Hourglass deux sommets émotionnels de la production de dans une interprétation bouleversante de à la tête de .

De Bach (« l'œuvre de ma vie », dit-elle) pour lequel elle avait en 2017 réuni les onze cordes de , la pianiste américaine dit avoir glissé le plus naturellement du monde vers Glass. A l'instar de Vanessa Wagner qui réunit régulièrement les deux compositeurs en concert, met en rapport les nombreux points communs unissant le Cantor de Leipzig (la « sublime machine à coudre » de Colette) et le Pape de la musique répétitive, dont les musiques respectives se prêtent régulièrement à la revisitation (guitare, cornemuse, jazz, DJ…) : polyphonie, indépendance des lignes, auto-recyclage du matériau, et « lien profond avec le chant ». Qui dit chant dit lyrisme. Et aujourd'hui les titres de ont enfin gagné le haut de l'affiche, comme on a pu s'en rendre compte récemment avec l'impressionnant succès tardif de Satyagraha à l'Opéra de Paris.

Avec le mouvement lent du Tirol Concerto, nous voici devant un chef-d'œuvre de la littérature concertante. Pour le premier de ses trois concertos de piano, Glass s'inspira de mélodies populaires autrichiennes (un premier mouvement aux allures de comptine mozartienne) mais aussi de son propre répertoire. Le deuxième mouvement du Tirol Concerto est un heureux développement de Raising the sail, qui accompagnait le sommeil de Truman dans le film de Peter Weir The Truman Show. Un thème dont les deux minutes (interprétées par Glass soi-même au piano dans un coin de l'écran !) ne pouvaient se satisfaire de cette brièveté. Glass le reprit donc dès 2012 sur les sept minutes de sa 17ème Etude pour piano (forcément une des plus belles) après avoir poussé le curseur jusqu'à plus de seize minutes dans le Tirol Concerto de 2000 sans qu'à aucun moment l'on ne se lasse des réapparitions de ce thème simplissime (une des constantes de l'inspiration glassienne) autant que sublimissime. préfère parler d'« additionnements » plus que de « répétitions ». Plus que d'« horloge industrielle », Simone Dinnerstein compare cette musique à « un sablier ». N'ayant rien à envier à l'enregistrement officiel de Dennis Russell Davies (qui créa l'œuvre en l'an 2000 au Festival Klangspuren), s'en démarquant juste d'un très personnel accompagnement orchestral staccato à 6'15, le piano ému, la transparence des cordes de très bien rendus par la prise de son, dispensent les torrents d'émotion contenue de cette mélodie infinie qui semble s'acharner à répondre à la question confessée par Glass dans son autobiographie Musique sans paroles : « D'où vient la musique ? »

Deux ans plus tard, en 2002, c'est encore le piano qui réveillait chacune des trois héroïnes de The Hours, le film de Stephen Daldry, pour lequel le lyrisme délicat de Glass sut trouver le ton juste d'une narration éclatée sur trois époques. De The Hours, qui valut un Oscar au compositeur, (« mon cerveau », confesse Glass) tira dès 2003 une suite réduisant de moitié la partition originelle en trois mouvements pour cordes piano, harpe et célesta. Omettant Escape, extension orchestrale de l'immarcescible Métamorphose n°2, et I'm Going to Make a Cake, réduction de Satyagraha, la Suite ne conserve que les thèmes nouveaux, tous d'un même lyrisme décomplexé, et, comme ceux du Tirol Concerto tout sauf des tire-larmes. Leurs expositions et réapparitions « en constant devenir » jusqu'à l'inexplicable, eux aussi en illustration du fameux « mystère Glass » cerné en vain par Sylvain Fanet dès l'accroche de son passionnant  Accords et désaccords.

Entre le Tirol Concerto, que nombre de pianistes ne vont pas manquer de vouloir s'arracher et la Suite tirée de The Hours, le doublement bien nommé Hourglass apparaît comme un des plus efficaces remèdes à administrer à un monde où des notions aussi galvaudés qu' « empathie », « beauté », « paix » prétendent encore avoir un sens.

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Philip Glass (né en 1937) : Suite tirée de The Hours ; Tirol Concerto pour piano et orchestre. Avec Baroklyn, piano et direction : Simone Dinnerstein. 1 CD Naïve. Enregistré les 25 et 26 mai 2025 au Merkin Hall, Kaufman Music Center New York City. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 57:00

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