Musiques pour les maîtrises de cathédrales sous Louis XIII
Sous la direction de Fabien Armengaud, les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles nous proposent un florilège de musique française polyphonique composée pour l'Eglise au début du XVIIᵉ siècle.
Les manuscrits Tours et Deslauriers rassemblent 344 pièces vocales qui constituent un témoignage primordial pour la musique religieuse en France dans la première moitié du XVIIᵉ siècle. La plupart de ces compositions sont anonymes, mais on y trouve aussi des motets de Bouzignac, Moulinié, Boësset, Du Mont… Le CMBV, sous la direction scientifique de Jean Duron, a établi une publication en ligne de l'ensemble de ces œuvres. Fabien Armengaud a sélectionné pour cet enregistrement une vingtaine de ces pièces, qu'il a réparties selon cinq thématiques (Jardin des délices, Cantique des cantiques, Evocation de la mort, Figure de la Vierge, Rédemption), organisant ainsi un discours « cohérent et varié » comme il l'explique dans un très intéressant texte de présentation. Trois intermèdes instrumentaux (au cornet et aux serpents) ponctuent ce programme d'une belle variété.
Il s'agit de courtes pièces, n'excédant pas trois minutes pour la plupart, qui forment de petites histoires sacrées d'une grande force expressive, servies par la belle prononciation des Pages et des Chantres. Les contrastes sont saisissants d'un motet à l'autre, ou même au sein d'une même pièce comme dans le surprenant Ecce homo, dialogue entre Pilate et la foule qui crie Crucifige eum!, comme une préfiguration des Passions plus tardives. La théâtralité de ces courtes scènes est comme exacerbée par l'interprétation si vivante, tantôt explosive tantôt planante. Citons aussi la courte pièce O mors ero mors composée par Bouzignac à l'âge de 17 ans, saisissante déploration d'une profonde expressivité. Dans certains motets, le cornet et les serpents soulignent les voix collaparte comme il était d'usage à l'époque, d'autres sont chantés a capella, la plupart accompagnés par une discrète basse continue. Fabien Armengaud, qui a pris la suite d'Olivier Schneebeli depuis 2021, fait ici un travail d'orfèvre, avec un ensemble vocal aux voix bien timbrées qui sculptent les affects à la perfection.














