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Redécouvrir les Vêpres Siciliennes de Verdi à Aix-en-Provence

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Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 16-VII-2026. Festival d’Aix-en-Provence. Giuseppe Verdi (1813–1901) : Les Vêpres Siciliennes, opéra en 5 actes, version de concert. Karine Deshayes (soprano), la duchesse Hélène ; John Osborn (tenor), Henri ; Insik Choi (baryton), Guy de Montfort ; Michele Pertusi (basse), Jean Procida ; le sire de Béthune (basse), Ugo Rabec ; Thomas Dear (basse), le comte de Vaudemont ; Ninetta (soprano), Niamh O’Sullivan; Samy Camps (tenor), Danieli ; Ronan Caillet (ténor), Thibault ; Jusung Park (basse), Robert; Grégoire Mour (tenor), Mainfroid; Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon, direction musicale : Daniele Rustioni

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Lors d’un concert éblouissant, le festival d’Aix-en-Provence a donné la version française originale de ce magnifique opéra de Verdi, et on réalise combien est injuste la déconsidération dont il souffre encore.

Créé en 1855 pour l’Exposition Universelle, les Vêpres siciliennes sont le premier opéra composé par Verdi en français pour les Français. En 1847, Jérusalem était une adaptation française des Lombardi alla prima crociata.  L’année 1855, c’est après Rigoletto, Traviata et même Trovatore. On ne peut donc pas classer les Vêpres parmi les œuvres de jeunesse… En revanche, c’est la première fois que Verdi compose pour Paris en ayant bien connaissance des contraintes lourdes que sont les exigences de forme pour le grand opéra à la française : sujet politico-historique, divertissements dont un long ballet au milieu de l’œuvre, apparition ou évocation surnaturelle… Verdi s’adapte de bonne grâce au cahier des charges de l’Académie Impériale de Musique de Paris, et malgré les caprices de la diva et les relations délicates avec les librettistes, le succès est foudroyant. C’est seulement après que les vrais déboires commencent : traduction, censure, coupures, adaptations… qui ont beaucoup joué contre cet opéra à l’intrigue tarabiscotée.

Ce soir, c’est bien la version originelle française qui est donnée, et la congruence entre la musique de Verdi et le texte français de Scribe et Duveyrier est évidente, comme elle le sera plus tard pour Don Carlos. Le long ballet des Quatre Saisons est coupé, ce qui est dramatiquement un avantage, même si on perd une demi-heure d’excellente musique orchestrale. Reste alors une succession de scènes et de tableaux d’une grande diversité, d’une vivacité étonnante,  certaines très originales. Certes, on a déjà vu (ou on verra plus tard) certains motifs répétitifs : une prison ouverte comme une galerie marchande, une montée à l’échafaud avec des pénitents qui chantent un De profundis, un despote seul dans son bureau qui fait le constat de sa solitude affective, des conspirateurs qui murmurent sur un fond de musique de ballet… tout cela fait penser assez fortement au Trovatore, Il Ballo, Don Carlos… Mais il y a aussi des scènes très originales et très belles, comme le débarquement de Procida sur la côte sicilienne, ou ce moment prodigieux où la flamboyante duchesse Hélène transforme une chanson anodine « Au sein des mers » en prière, puis en exhortation et finalement en émeute populaire. L’intrigue n’est pas plus scabreuse ni plus invraisemblable que celle du Trovatore, ou de La Forza del Destino, et – il faut le dire et le redire – la musique de Verdi est d’une qualité supérieure, très contrastée et hautement inspirée. Certains airs ou duos font partie des plus beaux qu’il n’ait jamais écrits. C’est donc un grand bonheur ce soir de redécouvrir un Verdi qu’on connaissait par petits bouts épars ou en italien, et d’apprécier l’homogénéité, la monumentalité de cet excellent opéra dans sa version princeps.

Grand architecte de la soirée, a toujours le tempo juste, et sait faire monter la tension d’un bout à l’autre de la soirée, par vagues successives, jusqu’au cataclysme final. Sa battue énergique est des plus claires, et les forces de l’Opéra de Lyon le suivent au doigt et à l’œil, dans une excellente complicité. Est-ce pour qu’on a eu l’idée de monter ces Vêpres en concert ? Après Ermione, Norma, Vittelia, c’est encore une prise de rôle de soprano lyrique qui lui est offerte, et où elle triomphe. « Au sein des mers » est ébouriffant, et dans « Ami, le cœur d’Hélène » (Arrigo, ha parli a un core), elle suspend le cours du temps dans un legato sublime. La célèbre sicilienne « Merci, jeune amies » lui demande un peu plus de doigté, mais en belcantiste accomplie, elle traverse avec abattage toutes les difficultés des vocalises descendantes, des trilles et des sauts de registre. Donc oui, c’est encore une belle prise de rôle pour , mais c’est toujours en version concert. arrive sans peine à incarner un Henri jeune, ardent, impétueux avec ce qu’il faut de vaillance crâne et de contre-uts percutants, bien placés. La vraie surprise de la soirée, c’est dans le rôle de Guy de Monfort qui nous la procure. Voilà un nom à retenir, manifestement promis à un grand avenir. La voix est d’une beauté de marbre noir surprenante, parfaitement polie et brillante. Son français est très travaillé et fluide, et le phrasé est impeccable. Son air « Au sein de la puissance » atteint une nudité d’émotion extrême, et dans le duo père-fils qui suit, il est encore un modèle de pur beau chant. Le public d’Aix ne s’y trompe pas, et lui délivre une formidable ovation. n’a plus besoin de se faire un nom. On admire comment ce vétéran a réussi à préserver la longueur de son souffle, et son style parfait compense bien l’altération inévitable du timbre. Dans les petits rôles des Siciliens ou des Français, tout le monde est très bien et concourt au succès de cette soirée mémorable : , , , , , et ne méritent que des éloges, que le public d’Aix, enthousiaste de redécouvrir un si beau Verdi, partage avec tout le reste de la distribution.

Crédits photographiques : © Vincent Beaume /

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