8 soirs par semaine aux Tuileries, un duo inattendu et touchant
Depuis leur rencontre sur le tournage de La Flamme de Jonathan Cohen, les deux comédiens Camille Chamoux et Vincent Dedienne entretiennent une amitié rare. Avec le spectacle 8 soirs par semaine, ils livrent une partie de leur correspondance échangée durant l’ultime semaine de leur tournée respective de 2023, qui comptait 8 représentations en 7 jours ! Un spectacle-confidence qui nous plonge dans l’intimité des deux artistes.

Sous les arbres du jardin des Tuileries, à quelques encablures de l’Orangerie, la scène des Étés du Louvre, réunit deux comédiens habitués au seul-en scène. Dans 8 soirs par semaine Camille Chamoux et Vincent Dedienne font scène commune pour se livrer avec franchise et humour dans un spectacle original, tendre et drôle sur leur vécu en tournée. Basé sur la lecture de leur correspondance, échangée quotidiennement, les textes lus sur scène racontent l’envers de leur métier : « les shoots d’amour » sur scène suivis d’une « longue descente » menant parfois à la mélancolie ou à l’insomnie, le contraste difficile entre l’ivresse du plateau et la solitude de la chambre d’hôtel, les réflexions face aux nouvelles lues ou regardées à la télévision depuis leur chambre d’hôtel… Comme une illustration ou un prolongement de ces textes, l’élégante musicienne et chanteuse Léopoldine HH apporte des parenthèses espiègles tout au long du spectacle. Ses « précisions » sur le contexte de tel ou tel texte ou ses compositions chantées sur des textes d’Anne Sylvestre, arrivent comme des respirations dans le spectacle et mettent en évidence sa voix pure et limpide.
Au fil de la représentation, les confidences s’enchaînent : « Je me demande parfois ce que je fais là » écrit Vincent Dedienne un soir sans, tandis que Camille Chamoux raconte les visios à 7h15 chaque matin pour voir ses enfants avant qu’ils ne partent à l’école, alors qu’elle n’a dormi que quelques heures. Elle confesse également avoir cherché la mer à Bayonne (!) ou trouvé les macarons de chez Adam à Biarritz, recommandés par Vincent comme « tellement meilleurs que ceux de Ladurée ». Alors que Camille Chamoux raconte ses habitudes à Angers, le comédien raconte ses balades avec son chien, ses dîners seul, dans des brasseries de province ou sa tentation de vivre à Biarritz « la moitié du temps ». Humains, tout simplement, ils partagent leurs réflexions sur le monde tel qu’il est et comparent leurs expériences, souvent parallèles : le défilé des villes plus ou moins grandes, sans avoir le temps de voir autre chose que la gare, l’hôtel et les loges, décorées immanquablement par les posters d’Annie Girardot dans Madame Marguerite ou ceux de François Morel. La mélancolie perce sous l’humour et la dérision qui accompagnent ces récits sans fard sur la vie d’artistes en tournée faite de voyages en zigzags, parfois sans cohérence géographique, au gré des TGV Inoui et des TER, dans une France méconnue et bien différente de celle de la capitale. Les rencontres émouvantes ou improbables, la passion des directeurs ou directrices de salles, entièrement dédiés au partage de la culture…
Ce spectacle drôle et touchant ne fait pas l’impasse sur les doutes des artistes, lorsque qu’ils se retrouvent seuls face à une salle entière qu’il faut faire rire, mais aussi sur la joie immense après une représentation particulièrement réussie et la chance de pouvoir vivre de leur métier. Au travers de ce portrait en creux des deux comédiens, c’est aussi une amitié touchante et sincère que l’on découvre, pleine de tendresse, qui passe dans le « ma Chamoux » de Vincent à Camille où le regard d’admiration qu’elle lui adresse lorsqu’il accompagne Léopoldine au chant, par exemple. La complicité entre les trois artistes est évidente et donne encore plus de charme à ce moment passé à l’ombre des arbres du jardin des Tuileries.
Crédit photographique : © Christophe Martin
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