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Bohuslav Martinů, l’exil éternel et le mal du pays

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De la musique tchèque, on retient en général les noms de Smetana, Dvořák et Janáček. A ce tableau fort incomplet, il faut rajouter un grand compositeur du XXe siècle : Bohuslav Martinů. Ce dossier a été publié dans Resmusica à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du compositeur en 2009. Pour accéder au dossier complet : Bohuslav Martinů, grand nom de la musique tchèque

 

Comme Smetana, Dvořák et Janáček avant lui, Martinů est un patriote convaincu et militant. A ce titre, sa musique est proscrite par les nazis lors de l’invasion allemande.

L’interdiction vaut aussi bien pour la France que pour la Tchécoslovaquie, également occupée par Hitler depuis mars 1939. Le couple Martinů fuit les allemands en s’installant provisoirement, en septembre 1940, à Aix-en-provence. Ayant fui aussi vite que possible avec un minimum de valises, «Bohus», comme l’appelait Charlotte lorsqu’elle ne le surnommait pas «Petit-Père», avait dû laisser à Paris une bibliothèque remplie de la musique chorale de Bach, des opéras, symphonies et sonates de Mozart ainsi que des œuvres de Palestrina, Corelli, Roland de Lassus, de madrigalistes anglais ainsi que de ses propres manuscrits. Mais Martinů parvient à obtenir les visas nécessaires pour fuir aux Etats-Unis où le couple débarque le 31 mars 1941. Malgré les événements, il continue à composer. Des œuvres importantes de cette époque on retiendra surtout la Sinfonietta giocosa H282 composée pour piano et petit orchestre mais également le Concerto da camera commandé par Paul Sacher afin de financer Martinů dans ces jours difficiles.

De là, commence, près de New York, une «période américaine» longue de 12 ans et riche d’œuvres inestimables, dont le corpus symphonique impulsé par une commande de Koussevitzky (Symphonie n°1 H289 –1942). La dépression, le mal du pays et une mauvaise connaissance de l’anglais rendent les débuts américains difficiles. Une fois la guerre terminée, Martinů se voit proposer un poste de professeur de composition au nouveau Conservatoire de Prague. Poste qu’il accepte mais qu’il n’occupera jamais, restant résident des Etats-Unis pour 7 années supplémentaires. Plusieurs facteurs expliquent ce retour manqué dans sa patrie tant aimée : une mauvaise chute (du haut d’un balcon !) dont il ne se remettra que lentement, la perte de son ami proche Stanislav Novák, la dépression, et surtout la situation politique en Tchécoslovaquie. En effet, s’il n’avait pu accepter Hitler, il refuse également Staline.

Dès 1948, il se remet à composer abondamment et fait un premier retour estival en Europe, passant ses vacances en France et en Suisse. A la rentrée suivante, il commence à enseigner à Princeton et à la Mannes School of Music. La période 1949-52 voit naître la Sinfonia concertante n°2 H322, les Trio pour piano n°2 et 3, la Sonate pour violoncelle et piano n°3 H340 ou encore les deux opéras pour la télévision What Men Live By et The Marriage, le premier étant un opéra pastoral en un acte (+ /- 40 minutes) d’après Tolstoï et le second une œuvre comique en 2 actes d’après Gogol. Il commence également les Fantaisies symphonique, sa Symphonie n°6 terminée en 1953.

1953 marque également le retour vers l’Europe avec Paris et surtout Nice pour destination finale. En réalité, Martinů quitte l’Amérique maccarthiste et ne peut rentrer en Tchécoslovaquie passée sous le joug communiste en 1948. Les dernières années le verront bouger assez bien. Il compose à Nice Mirandolina, opéra-comique en 3 actes d’après Goldoni – l’œuvre ne sera créée que le 17 mais 1959 à Prague – ou encore l’oratorio Gilgameš H351. C’est un voyage en Italie en 1954 qui inspire Les fresques de Piero della Francesca H352, formidable œuvre symphonique des dernières années du maître. Après un bref et nouveau passage à New York particulièrement productif, il accepte en mai 1956 un poste de professeur à l’American Academy of Music de Rome. Il garde l’emploi jusqu’en 1957, année où il décide de s’installer en Suisse. Malgré des problèmes de santé, Martinů y termine La Passion Grecque, commencée lors de son dernier séjour américain. Cet opéra en 4 actes d’après un roman de Nikos Kazantzakis, rencontré à Antibes en 1954, connaît deux versions, la première (1956-57) composée entre Nice, New York, Schönenberg, Pratteln, Rome et Nice ne sera crée qu’en 1999 à Bregenz, alors que la seconde, plus connue, date des deux dernières années de la vie de Martinů, à savoir 1958-59. Le compositeur meurt à l’hôpital de Liestal, près de Bâle le 28 août 1959, atteint d’un cancer de l’estomac. En 1979 seulement, sa dépouille sera transférée dans le caveau familial à Polička.

Tous ceux qui approchèrent Martinů furent fascinés par son érudition et conquis par son sens de l’humour. Outre la musique, le musicien s’intéressait également à la philosophie et aux sciences naturelles. Martinů le prolifique nous laisse également un grand nombre d’écrits, autant de réflexions sur le rôle du compositeur, du créateur et de l’auditeur mais également un certain nombre de commentaires de ses propres œuvres destinées aux brochures des programmes de concerts.

Crédit photographique : Charlotte et près de la Nouvelle-Orléans en 1943 et près de Nice dans les années 50 © Fondation Martinů

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De la musique tchèque, on retient en général les noms de Smetana, Dvořák et Janáček. A ce tableau fort incomplet, il faut rajouter un grand compositeur du XXe siècle : Bohuslav Martinů. Ce dossier a été publié dans Resmusica à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du compositeur en 2009. Pour accéder au dossier complet : Bohuslav Martinů, grand nom de la musique tchèque

 
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