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Papillon épinglé

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Dijon. Auditorium. 28-IX-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Jean-François Sivadier. Décors et costumes : Virginie Gervaise. Lumières : Philippe Berthomé. Avec : Tatiana Monogarova, Cio-Cio San ; Giancarlo Monsalve, B. F. Pinkerton ; Liliana Mattei, Suzuki ; Armando Noguera, Sharpless ; François Piolino, Goro ; Simon Jaunin, le Commissaire Impérial / Yamadori ; Jean-Marc Salzmann, l’Oncle Bonze ; Antonine Bon, Kate Pinkerton ; Eric Pezon, l’Officier d’état-civil. Chœur de l’Opéra de Dijon, Orchestre Dijon-Bourgogne, direction musicale : Pascal Verrot

Madama Butterfly

Puccini a, de toute évidence, été attiré par l’exotisme : la Fanciulla del West, Turandot, Madama Butterfly sont des œuvres qui témoignent de l’air du temps : à la belle époque les arts et la littérature empruntent largement aux civilisations découvertes par les colonisateurs. Le musicien va donc «teinter» sa partition d’airs originaux japonais et accentuer en percussions métalliques son orchestration. Il aurait donc été facile de céder à la tentation du voyage dans l’espace lors de la mise en scène.

et ses collaborateurs choisissent plutôt de mettre le projecteur sur l’héroïne»toute entière à sa passion attachée», ce qui par ailleurs correspond tout à fait à la partition, qui confie à Cio-Cio San un des rôles les plus écrasants du répertoire. L’aspect psychologique, dans cette lecture, compte plus que la localisation ; comme il est fréquent dans les mises en scène actuelles, le plateau légèrement incliné est un lieu ouvert où quelques détails laissent deviner au spectateur uniquement ce qui est indispensable dans le rapport au texte. Ainsi, la lumière colore différemment le plateau, suggérant tour à tour la «baie de Nagasaki», ou le miroitement de la mer ; ainsi, de riches étendards de soie mobiles sont à la fois des cloisons commodes et des symboles du Japon. D’autre part, des mouvements de foule incitent le spectateur à rentrer dans le jeu théâtral, donc à abolir la distance entre scène et salle : ainsi les membres du chœur déboulent du fond de la salle pendant l’ouverture au signal d’un meneur de jeu, semblant inviter le public à les suivre sur l’aire théâtrale. Des gestes anguleux accompagnent les attitudes des chanteurs comme pour rappeler le cérémonial oriental.

L’orchestre semble maîtriser la partition et met en valeur les oppositions de styles voulues par le musicien italien, oppositions souvent appuyées ! L’hymne américain revient si souvent qu’il faudrait être sot pour ne pas comprendre ces allusions naïves. En revanche, de délicats soli de bois émaillent la représentation, et des chants de rossignol inattendus roucoulent leurs notes exotiques.

mérite largement une mention «très bien» pour la façon dont elle conduit son personnage. Naïve au premier acte, elle est admirable dans le déni de son abandon au deuxième, et au troisième acte elle atteint au pathétique avec sensibilité. La voix est pleine, épanouie dans les aigus, timbrée à l’italienne dans les graves, et jamais on ne sent la fatigue la gagner au cours de ce rôle écrasant. Suzuki ne devient un personnage de premier plan qu’au troisième acte, ainsi que l’a voulu  ; mais le duo des fleurs du second est vraiment un moment délicieux, car les deux voix de femmes s’unissent de façon très harmonieuse. Pinkerton apparaît réellement comme un don Juan inconséquent, dont l’indélicatesse frise la vulgarité. possède une bonne présence sur scène, et une belle puissance alliée à un timbre très italien, mais on remarque parfois des irrégularités dans certains registres. est sans aucun doute promis à une carrière intéressante, car il chante avec beaucoup d’élégance le rôle de Sharpless.

Cette coproduction est menée avec une honnêteté et une sincérité qui en font un spectacle de qualité. Puisse celui-ci augurer d’une saison pleine de fulgurances dans notre bonne ville de Dijon !

Crédit photographique : (Cio-Cio San) © Gilles Abbegg – Opéra de Dijon

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Dijon. Auditorium. 28-IX-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Jean-François Sivadier. Décors et costumes : Virginie Gervaise. Lumières : Philippe Berthomé. Avec : Tatiana Monogarova, Cio-Cio San ; Giancarlo Monsalve, B. F. Pinkerton ; Liliana Mattei, Suzuki ; Armando Noguera, Sharpless ; François Piolino, Goro ; Simon Jaunin, le Commissaire Impérial / Yamadori ; Jean-Marc Salzmann, l’Oncle Bonze ; Antonine Bon, Kate Pinkerton ; Eric Pezon, l’Officier d’état-civil. Chœur de l’Opéra de Dijon, Orchestre Dijon-Bourgogne, direction musicale : Pascal Verrot

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