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Ambronay. Abbatiale. 15-IX-2018. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 22 en mi bémol majeur Hob. I :22 « Le Philosophe » ; Concerto pour violoncelle et orchestre en do majeur Hob. VII :1. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur Wq. 170 (Andante). Jeune orchestre de l’Abbaye aux Dames, violoncelle et direction : Raphaël Pidoux

15-IX-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno. Avec : Sunhae Im, Bellezza ; Robin Johannsen, Piacere ; James Way, Tempo ; Benno Schachtner, Disinganno. Freiburger Barockorchester, direction : René Jacobs

DSC_4756Après « Lumières » en 2016, et « Souffle » en 2017, les « Vibrations » d’Ambronay se concluent en 2018 par la thématique ambitieuse du « Cosmos », édition parrainée par l’astrophysicien,  cosmologue et écrivain Hubert Reeves.

Ambiance bucolique entre les chaises longues disposées de part et d’autre du site, et la terrasse toute colorée du restaurant-bar du festival. Ambiance familiale avec l’amusant petit carrousel « musical » où les enfants chevauchent de drôles d’animaux construits avec des trompettes, des tuyaux d’orgue ou un violoncelle. Ambiance estivale de festival avec les répétitions du concert du soir qui résonnent dans le chapiteau alors que des scènes d’amateurs, des « bords de scène » permettant de discuter avec les artistes à l’issue des concerts, des conférences et des « mise en oreilles » avant le concert de l’Abbatiale s’offrent aux visiteurs du jour. Sous le soleil, pour ce premier week-end d’ouverture, l’été se prolonge à Ambronay.

Étoiles montantes du baroque

Mené par le violoncelliste , le de Saintes propose un répertoire plus tardif que celui de l’ destinée aux jeunes artistes en début de carrière. C’est donc le jeu de réponses parfaitement maîtrisé entre les deux cors et les deux hautbois du premier mouvement de la Symphonie n°22 en mi bémol majeur dite « Le Philosophe » de Haydn, soutenu par le rythme appuyé d’un orchestre idéalement homogène, qui débute le concert. La structure lent-vif-menuet-vif permet au jeune orchestre mené par son premier violon, Kinga Ujszasei du duo Repicco rencontré quelques mois plus tôt à Paris, de manifester un jeu vif et contrasté malgré un menuet un peu fade.

Le directeur artistique se place ensuite au centre de l’orchestre pour l’Andante du Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur de . Comme pour le Concerto pour violoncelle et orchestre en do majeur de Haydn qui suivra, le reste de la programmation fait la part belle au violoncelliste du trio Wanderer dont l’aura émane de son interprétation dramatique quasi-lyrique portée par la souplesse de son archet, même si l’inexpérience de l’orchestre ne lui permet pas toujours d’insuffler une discrète autorité nécessaire à une exécution sans défaut. Le soliste accélère seul un tempo parfois trainant, les jeunes musiciens réagissant suffisamment vite pour que l’on n’en tienne pas rigueur au regard des coups d’archets, des phrasés et des contrastes dynamiques en pleine adéquation avec l’esthétique de cette musique. Virtuosité affirmée et contrastes très marqués clôturent une heure de musique riche de talents en devenir que l’on pourra retrouver rapidement au disque, puisque le enregistre ce mois-ci une partie de la musique proposée à ce concert.

DSC_5589_Freiburger_Barockorch_R_Jacobs_Fest_Amb_15092018_©_Bertrand_PICHENE-CCR_Ambronay
Jeu de miroir

Pour Il trionfo del tempo e del Disinganno de Haendel, c’est un casting prestigieux qui attend les festivaliers. Avec cette œuvre de jeunesse la plus populaire de ce compositeur, le monstre sacré du baroque , rencontre un succès retentissant en fin de soirée grâce à sa vision fine de l’ouvrage, le chef sachant mettre en lumière les qualités de la partition pour en faire oublier les défauts.

Cet oratorio profane se fonde sur l’échange de quatre allégories dont la naïveté constante ne permet pas d’entendre à nos oreilles contemporaines le discours moralisateur motivé par un livret bien fade : fidèle alliée au Plaisir, la Beauté se laissera finalement tenter par le Temps et la Désillusion. Mais peu importe pour Haendel dont la trentaine de variations sur les différents thèmes de l’ouvrage (le bien et le mal, le corps et l’esprit, la superficialité et la vérité) sont surtout l’occasion d’une fantaisie musicale réjouissante. Peu importe également pour les interprètes du soir, soutenus par la perfection même du dont les couleurs et les reliefs se révèlent tout en subtilité grâce à un équilibre sonore parfait entre les cordes et les vents, l’orchestre et les chanteurs, et une précision technique (belle virtuosité du premier violon ) et musicale (particulièrement le pupitre des hautbois) sans faille.

Distribution idéale donc où émergent des oppositions intenses, de sublimes duos et la mise en exergue d’un kaléidoscope de passions sans prendre toutefois de risques extravagants. (Bellezza), d’apparence superficielle avec un sourire éclatant et des tenues particulièrement soignées tout au long de la soirée, porte avec un engagement indéniable une Beauté mature et non candide. Le timbre sans originalité et peu coloré de la soprano n’est pas un frein à une agréable intelligence interprétative fondée sur une ligne de chant brillamment menée qu’une voix lumineuse souligne ardemment. Et même si le tempérament de feu de (Piacere), déployé notamment par d’impressionnantes vocalises portées par un chant viscéral, ou la reprise intégrale du célèbre air connu de tous (Lascia la spina), se singularise quelque peu de l’autre côté de la scène, la complicité sans réserve des deux sopranos ouvre les portes au rayonnement de leur duo « Il voler nel fior degl’anni. » Les phrasés raffinés et les effets subtils de (Tempo), et la solidité du chant de (Disinganno) un peu plus en retrait, agrémentent le maintien d’un fil dramatique exaltant à chaque note, créé par des interprètes et une direction au firmament du baroque.

Crédits photographiques : © Bertrand Pichène

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Ambronay. Abbatiale. 15-IX-2018. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 22 en mi bémol majeur Hob. I :22 « Le Philosophe » ; Concerto pour violoncelle et orchestre en do majeur Hob. VII :1. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur Wq. 170 (Andante). Jeune orchestre de l’Abbaye aux Dames, violoncelle et direction : Raphaël Pidoux

15-IX-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno. Avec : Sunhae Im, Bellezza ; Robin Johannsen, Piacere ; James Way, Tempo ; Benno Schachtner, Disinganno. Freiburger Barockorchester, direction : René Jacobs

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