Succès total à Lyon pour Rodelinda

La Scène, Opéra, Opéras

Lyon. Opéra. 15-XII-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Rodelinda, opera en 3 actes sur un livret de Nicola Francesco Haym. Mise en scène : Claus Guth. Décors et costumes : Christian Schmidt. Lumières : Joachim Klein. Chorégraphie : Ramses Sigl. Vidéo : Andi Müller. Dramaturgie : Konrad Kuhn. Avec : Sabina Puértolas, Rodelinda ; Krystian Adam, Grimoaldo ; Avery Amereau, Eduige ; Christopher Ainslie, Unulfo ; Lawrence Zazzo, Bertarido ; Jean-Sébastien Bou, Garibaldo ; Fabiàn Augusto Gómez Bohórquez. Orchestre de l’Opéra de Lyon, direction : Stefano Montanari

Rodelinda©Jean-Pierre-Maurin2018__2C’est un spectacle admirablement maîtrisé qu’offre l’Opéra de Lyon pour cette fin d’année. Cette Rodelinda est le spectacle incontournable de décembre.

Présentée la première fois il y a deux ans au Teatro Real de Madrid, la mise en scène de aborde le drame de Rodelinda sous le regard de son fils Flavio, un rôle qui n’a pas à chanter une seule note mais qui marque constamment l’intrigue, ses tensions et son déroulement. En noir et blanc, en cohérence évidente avec les dessins exécutés par l’enfant avec un simple crayon de papier sur un carnet et parfois projetés sur la façade face au public, le manoir devient maison de poupée et les protagonistes des personnages aux visages enfantins disproportionnés hantant le jeune garçon. L’acteur Fabián Augusto Gómez Bohórquez est continuellement présent, simple observateur ou acteur du drame dont son personnage est la victime. Un point de vue aussi pertinent qu’esthétique au regard de la qualité de l’unique décor sur plateau tournant et des costumes XIXe de .

Ce procédé favorise la fluidité des déplacements de tous, entre façade extérieure et intérieur du logis, entre espace intime (la chambre de Rodelinda au second niveau) et espace collectif (la salle à manger au premier niveau), agrémentant le lien entre chaque lieu par un balcon et des escaliers savamment implantés. Les chanteurs évoluent même dans des couloirs visibles de nous par la mobilité rotative de ce décor. s’amuse de cette mobilité avec des scènes jouées au ralenti et des « arrêts sur image » parfaitement maîtrisés. La connexion entre le réel et la perception enfantine est un succès entier tant la subtile imagination du metteur en scène fait foi.

De Madrid, nous vient aussi la Rodelinda de , soprano qui excelle par la finesse de ses agiles vocalises, par le subtil équilibre de ses nuances, que par la douceur crémeuse de son timbre. Le temps s’arrête littéralement lors du duo « Io t’abbraccio » qu’elle mène en hauteur sur le balcon ; le désespoir saisissant se savoure à chaque note dans son « Se’l moi duol non è si forte ». L’autre voix féminine en la personne d’, sublime incarnation d’Eduige, mène un combat acharné face à cette élégante héroïne. Port de tête, projection et regards conquérants caractérisent la bravoure de la mezzo-soprano, fabuleuse dame noire qui maîtrise la lutte chorégraphiée et les jeux d’éventails de Ramses Sigl, tout autant que de savoureux graves sonores et un chant particulièrement expressif.

Rodelinda©Jean-Pierre-Maurin2018__1

L’élégance n’est pas réservée à la gente féminine ; l’interprétation de , Grimoaldo plus séducteur que tyrannique, l’atteste. Le ténor véhicule, comme le reste de la distribution vocale, un jeu théâtral très convaincant, la clarté de son timbre et de sa diction se déployant à merveille dans son air Pastorello d’un povero. La cruauté se diffuse par contre sans détour dans l’incarnation de Garibaldo par . La voix sombre du baryton complète parfaitement celle du contre-ténor , touchant Unulfo.

En alternance avec Xavier Sabata dans le rôle de Bertardio, évolue sans difficulté entre bravoure et finesse vocale. La puissance de sa voix exprime une acuité musicale incontestable grâce notamment à de sublimes sons filés et un éclat expressif des nuances. Le contre-ténor marque de sa patte les brillants moments de la soirée : le duo « Io t’abbraccio » mené face à , comme son air Con rauco mormorio où se mêlent les flûtes à bec et son intense Vivi, tiranno au troisième acte.

Au sein d’un continuo composé d’un violoncelle (Valériane Dubois), d’un théorbe ou d’une guitare baroque (Charles-Edouard Fantin), et de deux clavecins (Sébastien D’Herin et Anne Catherine Vinay), , à l’orgue et à la direction, offre une lecture empreinte de raffinement. L’Orchestre de l’Opéra de Lyon se laisse modeler avec délectation, la musique se caractérisant par une souplesse et des couleurs dramaturgiques exemplaires, l’équilibre constaté sur le plateau se propageant dans la fosse.

Crédits photographiques : © Jean-Pierre Maurin

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  • Xavier Bernoncourt

    Quel bien de revoir un grand Claus Guth ! Tout à fait d’accord avec vous.

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