June Events s’ouvre avec deux spectacles essentiels
La 30ᵉ édition du festival June Events a proposé pour sa soirée d'ouverture à l'Atelier de Paris deux spectacles en première européenne, donnant un écho du monde violent et turbulent dans lequel nous vivons.
Il y a des protest dances, comme des protest songs. Paisiblement en est un. Spectacle dur, mais essentiel, ce trio minimaliste du chorégraphe d'origine syrienne Mithkal Alzghair, accueilli en résidence de création à l'Atelier de Paris dans le cadre du dispositif Visibilité partagée, s'appuie sur les danses orientales masculines pour dénoncer le terrorisme, les menaces, les violences et les exécutions survenues en 2025 dans la région druze de Sweida (ou Souëdia) en Syrie. Dans un format ultrasimple, deux danseurs et une danseuse en jeans et tee-shirts foncés brandissent des pancartes de carton vierge, écho silencieux à la protestation et aux manifestations.
Déjà poignant, le spectacle gagne en épaisseur au fur et à mesure des récits cliniques, factuels, en trois langues (français, anglais, arabe) du sort de ces villageois jetés de leur balcon, extirpés de leurs maisons pour être exécutés, ainsi que leur famille, ou soumis à la peur des occupants. Les trois interprètes, remarquables de densité et de dignité, racontent avec leurs corps, et les danses populaires de la région, cette horreur universelle de la guerre. Leurs corps qui portent comme un maquillage des traces de coups, d'ecchymoses et de brûlures, témoignage symbolique de la torture que subissent les druzes en Syrie et par extension, tous les peuples opprimés du Moyen Orient. Un spectacle fort et bouleversant.
Dans le Théâtre de l'Aquarium, tout proche, c'est à un autre tremblement que l'on assiste avec LABOUR, du duo québécois Emily Gualtieri et David Albert-Toth, une pièce présentée pour la première fois en Europe. A partir d'un seul pas de marche ondulé, dont l'amplitude et l'intensité croit ou décroît au fil des passages, les deux chorégraphes dessinent une chorégraphie corporellement engagée.
Cinq danseuses, évoluent sur une musique hypnotique faite de souffles et de sons électrostatiques signée Frannie Holder. Elles se défont peu à peu de leurs couches de vêtements noirs et amples. La qualité de mouvement de la danseuse la plus expérimentée des cinq, impressionnante, entraîne l'ensemble du groupe dans un moment de communion intense, alors que ce « girls band » commence à prendre son indépendance des figures imposées par le chaloupé rythmique.
Il se dégage de leurs ongles argentés, de leurs tops soyeux ou pailletés, une féminité sauvage et magnétique. Jeunes femmes modernes, elles attrapent au vol une canette de soda ou un snack, remettent du gloss sur les lèvres, s'emparent d'un morceau de poulet pané, se crêpent les cheveux ou se brossent les dents, sans jamais perdre le rythme furieux de leur marche. Athlétique et sauvage, comme ces free parties où l'on danse sans discontinuer jour et nuit, mangeant, buvant, se lavant autour des sound systems.
LABOUR offre aussi une autre vision du féminin, entre maternité et désir phallique, pleurs et rires, illustrant le féminin dans tous ses états. Une performance épuisante dont les cinq danseuses ressortent exsangues et conquérantes.

















