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Brundibár à l’Opéra-Comique : tout pour les enfants

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Hans Krása (1899-1944) : Brundibár. Ilse Weber (1903-1944) : Ich wandre durch Theresienstadt. Leoš Janáček (1854-1928) : Mládí (« Jeunesse ») pour ensemble à vents. Jean-Claude Grumberg (né en 1939) : De Pitchik à Pitchouk (conte). Francis Poulenc (1899-1963) : « La bonne neige », « De grandes cuillers de neige » (extraits de Un soir de neige), « O magnum mysterium » (extrait de Quatre motets pour le temps de Noël). Henri Martinet (1909-1985) : Petit Papa Noël – version à 5 voix. Adaptation en français de Chantal Galiana. Mise en scène : Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti. Décors et costumes : Rudy Sabounghi. Pepíček, Arthur Richard; Aninka, Yasmin Heck Mateus; Brundibár, Colin-Renoir Buisson. solo Ilse Weber, Camille Flament. Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique, Les Frivolités parisiennes, direction : Louis Langrée

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Le spectacle construit autour du presque classique qu'est devenu le Brundibár de , est l'occasion pour les enfants de la Maîtrise populaire de l'Opéra-Comique de donner leur pleine mesure.  Et pour nous, de nous remobiliser avec eux et pour eux contre la tyrannie. 

En 2019, à l'occasion d'un dossier consacré à cet opéra, nous posions la question : Brundibár, un opéra pour les enfants ? A cette question des plus légitimes, eu égard aux centaines d'enfants juifs qui ont interprété ce court opéra, enfermés au camp de Theresienstadt en 1943-1944, avant que d'être envoyés dans les camps d'extermination, et  les metteurs en scène et répondent par un oui déterminé.

L'opéra durant une demi-heure, il est fréquemment représenté avec des œuvres complémentaires, en 1997 à Besançon en 2015 Sofi Jeannin l'avait associé des œuvres de compositeurs victimes de la Shoah (Viktor Ullmann, Erwin Schulhoff…), Caen la même année avait mis le focus sur Ela Stein-Weissberger, qui chanta et joua enfant le Chat à chacune des représentations de Terezín et survécut miraculeusement à la guerre. A l'Opéra-Comique, le spectacle est conçu entièrement pour les enfants et adolescents de la Maîtrise populaire, pour qu'ils puissent non seulement chanter, mais aussi jouer la comédie, en se relayant pour interpréter les personnages à tour de rôle.

La première partie du spectacle se déroule dans une salle de classe évoquant les années 1930-1940 (hormis la mixité fille-garçons, qui arrivera après 1965 dans les écoles françaises), où les enfants discutent, inventent des jeux et des histoires, d'abord en silence pendant que dirige Mládí (« Jeunesse ») de Janáček pour ensemble à vents, avec le fruité et la verdeur requise. Le morceau de résistance qui suit est le conte De Pitchik à Pitchouk de , qui voit une vieille dame veuve et seule tromper son ennui le soir du réveillon en allant explorer son conduit de cheminée… où elle se retrouvera nez à nez, ou plutôt nez à hotte avec le Père Noël. Un numéro de théâtre qui se regarde sans déplaisir et permet aux jeunes maîtrisiens de faire leurs premières armes de comédie mais, avouons le, une séquence un peu longue pour un spectacle qu'on imaginait essentiellement musical.

La salle de classe s'efface avec l'histoire de Brundibár, ici interprétée dans l'adaptation en français de (lire notre entretien qui évoque la première production en français, en 1997), gage de lisibilité pour les jeunes interprètes. Le frère et la sœur Pepíček, (Arthur Richard) et Aninka (Yasmin Heck Mateus), démunis de tout sauf de leur humanité, sont interprétés par des jeunes enfants. Les personnages adultes comme le musicien Brundibár qui se prend pour un tyran ou le crémier qui garde ses produits pour les clients qui le payent grassement, sont incarnés par les plus âgés de la maîtrise, la tête dissimulée dans un masque hypertrophié en carton pâte façon carnaval, ce qui les fait paraître grand en taille, clownesques et ridicules, à juste titre. Le message de l'opéra, transparent à l'époque de sa composition en 1938, comme de son interprétation par les enfants juifs enfermés à Theresienstadt en 1943, appelle les jeunes à s'unir pour faire tomber le musicien-tyran. Et pour mettre à bas ce dernier, nul besoin de déplacer des montagnes, il suffit de lui tourner le dos. Le tyran-musicien qui a perdu son public perd toute sa puissance. Le grand masque en carton Brundibár tombe d'une simple pichenette et le voilà qui court comme un canard sans tête.

Passé cette revigorante victoire de l'humanité sur la tyrannie, le retour à la réalité historique est saisissante avec la projection du film de propagande nazie de l'interprétation de Brundibár à Theresienstadt devant un public d'enfants portant l'étoile jaune. Les décors s'effacent pour faire apparaître la cage de scène dans sa nudité de briques et de poutres métalliques, puis les enfants restés sur scène quittent le plateau plongé dans le noir, en rang deux par deux par une lumineuse, haute et étroite porte. A cette image glaçante succède la bouleversante chanson d'Ilse Weber, Je rôde dans Theresienstadt, autrice de livres de jeunesse et qui sera assassinée elle aussi en 1944. La silhouette frêle et pâle de la jeune Camille Flament, et son chant pur et triste mais où s'accroche encore l'espoir, sont poignants.

Le spectacle se conclut par la réapparition joyeuse des enfants dans leurs habits colorés d'aujourd'hui, chantant un happy end dont on a tous bien besoin. Il suffit de ne plus écouter les tyrans, et se tourner vers les enfants.

Crédits photographiques: © Stéphane Brion

Brundibár, un opéra pour les enfants ?

 

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Hans Krása (1899-1944) : Brundibár. Ilse Weber (1903-1944) : Ich wandre durch Theresienstadt. Leoš Janáček (1854-1928) : Mládí (« Jeunesse ») pour ensemble à vents. Jean-Claude Grumberg (né en 1939) : De Pitchik à Pitchouk (conte). Francis Poulenc (1899-1963) : « La bonne neige », « De grandes cuillers de neige » (extraits de Un soir de neige), « O magnum mysterium » (extrait de Quatre motets pour le temps de Noël). Henri Martinet (1909-1985) : Petit Papa Noël – version à 5 voix. Adaptation en français de Chantal Galiana. Mise en scène : Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti. Décors et costumes : Rudy Sabounghi. Pepíček, Arthur Richard; Aninka, Yasmin Heck Mateus; Brundibár, Colin-Renoir Buisson. solo Ilse Weber, Camille Flament. Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique, Les Frivolités parisiennes, direction : Louis Langrée

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