Wagner intime avec l’Orchestre national de Lille
Intime, pour ne pas dire intimiste, telle est la vision de Richard Wagner proposée par le jeune chef britannique Alpesh Chauhan à la tête de l'Orchestre national de Lille, en compagnie de la soprano Ingela Brimberg.
Loin des orages du Vaisseau fantôme ou de Tannhäuser, c'est une vision beaucoup plus intime, pour ne pas dire intimiste de Richard Wagner que le jeune chef britannique Alpesh Chauhan a proposé, à la tête de l'Orchestre national de Lille, lors de deux concerts, à Lille et à la Basilique de Saint-Denis, dans le cadre du Festival de Saint-Denis.
La musique de Wagner est avant tout celle des sentiments. Et ce sont bien ces sentiments, qu'ils soient amoureux ou spirituels, qui ont été proposés, avec quelques-unes des plus belles pages vocales et instrumentales du maître de Bayreuth.
C'est tout d'abord un Wagner amoureux qui se révèle dans les merveilleux Wesendonck-Lieder (1862). Déjà marié à Minna, Richard Wagner tombe en effet amoureux de Mathilde Wesendonck lors d'une rencontre à Zurich en 1857. Cette passion cachée lui inspire deux de ses plus grands chefs-d'œuvre : les Wesendonck-Lieder et l'opéra Tristan und Isolde.
Les cinq chants des Wesendonck lieder sont la part la plus intime de l'œuvre de Wagner. D'abord composés pour piano, ils seront ensuite orchestrés par Felix Mottl, mais aussi Hans Werner Henze et d'autres, comme tout récemment Othman Louati. Successivement portrait d'un ange consolateur, prière contemplative, déploration, chant de douleur et rêverie éveillée, ces cinq Lieder sont autant de déclarations amoureuses tendres et déchirantes.
Le soprano chaud et intense de la Suédoise Ingela Brimberg, interprète réputée du répertoire wagnérien, se fond à merveille dans les cordes et les bois épurés de l'Orchestre national de Lille, menés avec beaucoup de souplesse par Alpesh Chauhan.
L'osmose est encore plus évidente dans les extraits de Tristan und Isolde (1865) qui lui succèdent. Le Prélude et la terrassante Mort d'Isolde font partie des pages les plus sublimes de la musique. Du célèbre accord « flottant » du début, symbole du désir fou, au « Lust » (Joie) final, tout dans cette musique est passion. Une fois de plus, Ingela Brimberg surplombe ces pages de son timbre ample et expressif, ne se laissant jamais dominer par l'orchestre. Un exploit dans l'acoustique assez sèche du Casino Barrière à Lille.
Les cordes de l'Orchestre national de Lille se distinguent particulièrement par leurs qualités d'homogénéité et de nuances, emmenées il est vrai par la direction tout en expressivité d'Alpesh Chauhan. Le chef britannique, disciple d'Andris Nelsons et d'Edward Gardner, est un spécialiste du répertoire post romantique. Mais il ne tombe jamais dans le pathos excessif.
Une qualité confirmée en deuxième partie de concert avec les extraits orchestraux de Parsifal (1882), ultime opéra de Richard Wagner. Le Prélude de l'acte I, L'enchantement du Vendredi Saint, et la Scène de la transformation de l'acte III, sont des « tubes » wagnériens en version de concert. Mais ce sont avant tout des pages méditatives qui s'ancrent dans le sacré. La musique émerge du silence dans le Prélude, elle s'élève en majesté dans L'Enchantement, avant de se dissoudre dans les sons de cloche et de gong de la Scène de la transformation. Autant de moments suspendus qu'Alpesh Chauhan dirige avec beaucoup de sérénité, ne forçant jamais le trait ni les fortissimo. C'est un Wagner apaisé qui s'exprime ici, loin des clichés.















