Octuors d’Enesco et Mendelssohn éblouissants par les quatuors Belcea et Ébène
Le génie peut parfois impressionner par sa précocité ; les octuors sortis de la plume d'un Mendelssohn de seize ans et d'un Enesco de dix-neuf sont des chefs d'œuvre absolus, miracles d'inspiration et d'équilibre.

L'octuor de Mendelssohn est l'une des premières manifestations du génie si précoce de Felix alors âgé d'à peine seize ans. Tout est miraculeux dans cette pièce, l'écriture à la fois transparente et puissante pour les huit instruments à cordes, l'équilibre et l'élan des deux mouvements extrêmes, la tendresse ineffable de l'andante et la grâce aérienne du scherzo digne pendant de celui du Songe d'une nuit d'été. La discographie de ce chef d'œuvre vif argent est considérable mais la nouvelle version ici chroniquée s'impose d'emblée parmi les meilleures. Longuement rôdée en concert par les Ébène (ici tenant le rôle du premier quatuor) et les Belcea elle s'impose par sa parfaite homogénéité, l'élégance et la fluidité de leur jeu et ce rayonnement juvénile et joyeux qui forme la signature du musicien.
Plutôt que de chercher un complément parmi les œuvres du XIXᵉ siècle proches stylistiquement de Mendelssohn comme les doubles quatuors de Spohr ou l'octuor de Gade, successeur de Mendelssohn au Gewandhaus de Leipzig, les musiciens ont eu l'excellente idée de sortir l'œuvre sœur de Georges Enesco, elle aussi issue de la plume géniale et inspirée d'un musicien de dix-neuf ans (la notice pourtant enthousiaste et subtile de Raphaël Merlin, lui-même ancien violoncelliste du Quatuor Ébène, place la composition pendant l'exposition universelle de 1889, mais c'est bien celle de 1900 qui a vu naître la partition, Enesco étant né en 1881 !). Vaste et complexe architecture en quatre mouvements étroitement reliés entre eux, où une puissance quasiment orchestrale alterne avec un raffinement exceptionnel, mêlant un post-romantisme proche de l'école de Franck à des accents typiquement roumains, c'est un chef d'œuvre monumental (près de quarante minutes) et hautement inspiré ; à nouveau, les huit musiciens y développent une capacité à maîtriser l'architecture cyclique qui va de pair avec un sens du détail capable de mettre en valeur les nombreux épisodes qui enrichissent le discours ; cette fois les Belcea tiennent la première partie et l'on reste émerveillé par les solos de Corina Belcea sur le Stradivarius « ex-Ferras », elle-même d'origine roumaine dans le thème à l'apparence d'improvisation qu'Enesco lui destine à plusieurs reprises, l'une des plus belles inspirations du compositeur.
A nouveau, les Ébène et les Belcea s'installent au sommet de la discographie. Leur réunion par les archets inspirés donne naissance à l'un des plus beaux disques de musique de chambre de l'année. Ils signent là un enregistrement appelé à rester mémorable.














