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Theodora avec Stéphanie d’Oustrac et Philippe Jaroussky : divin crépuscule

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 16-X-2015. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Theodora, oratorio en trois actes. Mise en scène : Stephen Langridge. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Scénographie et costumes : Alison Chitty. Lumières : Fabrice Kebour. Avec : Katherine Watson, Theodora ; Stéphanie d’Oustrac, Irène ; Philippe Jaroussky, Didyme ; Kresimir Spicer, Septime ; Callum Thorpe, Valens. Choeurs et Orchestre les Arts Florissants, direction : William Christie.

Theodora 1Theodora, vingt ans après les mythiques représentations de Glyndebourne, revient sur le devant de la scène entre les mains de au Théâtre des Champs-Élysées.

L’œuvre est tout d’abord la pierre angulaire de la soirée. L’oratorio de Haendel correspond mieux au goût de l’époque qui délaisse l’opera seria, mais le compositeur crée néanmoins une pièce admirablement construite musicalement qui entraîne l’auditeur dans un état assez contemplatif, effectivement plutôt éloigné des exacerbations émotives voulues par le répertoire profane. Sur l’histoire de Theodora qui se sacrifie avec le soldat romain Didyme, le contrechamp des Romains agressifs et luttant contre le culte chrétien offre un équilibre dans l’action. Les heures s’écoulent dans un recueillement profond et les rages et exhortations ne contrent en rien l’apaisement suscité par cette pièce finalement très théâtrale.

La mise en scène fait articuler différents panneaux délimitant l’espace scénique, découpant différentes parties géographiques qui sont des évocations de lieux tels que l’endroit de détention de Theodora, le lieu de culte de la nouvelle religion ou bien là où les Romains officient dans la luxure. Tout cela arrange le propos sans le dénaturer et fait penser que cette époque-là n’est pas aussi éloignée que cela de la nôtre, entre le viol utilisé comme arme de dissuasion et l’exhortation des foules rageuses.

Les chœurs sont les premiers à recueillir les lauriers : participant à l’action à la fois comme un ensemble indistinct (les chrétiens) et également comme des individus en puissance : combien de Theodora et de Didyme qui vont se sacrifier dans tous ces personnages qui se font frapper au même titre que les héros pour avoir à partager une même conviction ? Le chœur n’est pas là pour commenter l’action, mais pour en être l’objet dont les personnages principaux ne sont que l’émanation.

Theodora 2
La distribution vocale est exemplaire. En premier lieu, Stéphanie d’Oustrac, dans un rôle plein de dévotion, a cette lumière irradiante qui emporte avec elle toute l’émotion ; la projection de sa voix est rayonnante et l’on est transporté par son engagement dramatique ; son premier air « As with rosy steps the morn » ferait convertir n’importe quel païen pour continuer de bénéficier d’une telle fraîcheur. Dans le rôle de Theodora, la voix plus neutre de permet à la chanteuse de présenter un personnage légèrement plus effacé, mais toujours très noble. est absolument éblouissant, comme l’on pouvait s’y attendre, de par son métier solide et son expérience aguerrie de ce répertoire. Les airs vifs sont parfaitement en place avec des vocalises nettes, précises (« Kind Heaven, if virtue be thy care) et la messa di voce véritablement radieuse ( « Deeds of kindness to diplay », « The raptur’d soul »). C’est en revanche un peu dommage que Kresimir Spicer, dans le rôle de Septime, soit un peu en difficulté avec certaines attaques de phrases qui peuvent être un peu brutales, comme si son volume impressionnant l’encombrait, notamment dans les vocalises et comme si le registre aigu n’était pas travaillé avec le reste du registre. a une voix très sonore qui de fait reste très monolithique, statique, mais peut correspondre en un sens à la violence du personnage de Valens.

Enfin, est absolument ineffable, tant sa direction se fait attentive au plateau et chérit tendrement les parties instrumentales ; toutes les partitions y sont très audibles et l’on a l’impression d’entendre chacun des pupitres de façon très distincte et la belle cohésion que forme l’ensemble. À vingt ans d’intervalle, une vivacité toujours d’actualité qui ne se laisse pas endormir sur ses lauriers.

Magnifique reprise de l’œuvre, mais première version scénique parisienne : une série qui veut en faire découvrir plus encore, quand bien même la tristesse envahit doucement l’âme à la fin d’une soirée qui appelle le souvenir des jours heureux.

Crédit photographique : , , Choeurs© Vincent Pontet

 

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 16-X-2015. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Theodora, oratorio en trois actes. Mise en scène : Stephen Langridge. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Scénographie et costumes : Alison Chitty. Lumières : Fabrice Kebour. Avec : Katherine Watson, Theodora ; Stéphanie d’Oustrac, Irène ; Philippe Jaroussky, Didyme ; Kresimir Spicer, Septime ; Callum Thorpe, Valens. Choeurs et Orchestre les Arts Florissants, direction : William Christie.

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