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Les Ballets de Monte-Carlo rendent un vivant hommage à Nijinsky

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Monaco. Salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo. 8-XII-2018. En Compagnie de Nijinsky
Daphnis et Chloé. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Maurice Ravel. Vidéo : Ernest Pignon-Ernest. Costumes : Jérôme Kaplan
Aimai-je un rêve ? (Création). Chorégraphie : Jeroen Verbruggen. Musique : Claude Debussy. Costumes : Charlie Le Mindu
Le Spectre de la rose. Chorégraphie, scénographie : Marco Goecke. Musique : Carl Maria Von Weber.
Petroucka (création). Chorégraphie : Johan Inger. Musique : Stravinsky. Décors : Curt Allen Wilmer. Costumes : Salvador Mateu Andujar
Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction de Kazuki Yamada

Conçu par , directeur des , le programme En Compagnie de Nijinsky allie avec bonheur tradition et modernité et rappelle que l’héritage des Ballets russes occupe toujours une place vivante dans la danse d’aujourd’hui.

Dix ans après le centenaire des Ballets russes, les célèbrent Nijinsky grâce à un programme qui réunit quatre œuvres emblématiques du répertoire des Ballets russes : Daphnis et Chloé, L’Après-midi d’un faune, le Spectre de la rose et Petrouchka. Associant reprises et créations, a fait appel aux talents de , Marco Goecke et et reprend son Daphnis et Chloé, créé en 2010.

Conçu de manière dynamique, le programme est traversé par la figure de Nijinsky, interprète des quatre œuvres, et chorégraphe de L’Après-midi d’un faune. Omniprésente, la thématique du désir constitue un autre trait d’union entre ces pièces. La richesse des compositions de Ravel, Debussy, et Stravinsky nous replonge avec délice dans l’univers musical du début du XXe siècle, moment constitutif où la modernité de la musique a trouvé son point de contact avec celle de la danse.

Jean-Christophe Maillot a conçu son Daphnis et Chloé comme le parcours initiatique de deux adolescents qui s’éveillent à l’amour. Travaillant sur la naissance du désir, il utilise les vibrations de la musique de Ravel pour traduire l’éveil des sens au contact du corps de l’être aimé. Au confluent des arts, la danse dialogue avec la musique mais aussi avec le dessin. Le plasticien Ernest Pignon-Ernest a élaboré un dispositif vidéo où des corps nus se dessinent au fur et à mesure de la chorégraphie comme le miroir des corps dansants. C’est avec un naturel charmant que Simone Tribuna et Anjara Ballesteros traduisent l’innocence de Daphnis et Chloé, initiés à l’amour par le couple Dorcon et Lycénion. La pièce se termine dans une apothéose finale, où le désir trouve son assouvissement dans la sexualité, les dessins des corps enlacés dans des étreintes sensuelles s’emballant sur l’écran.

Avec Aimais-je un rêve ?, le chorégraphe belge se confronte au chef-d’œuvre de Nijinsky, L’Après-midi d’un faune, sur la musique de . Cette œuvre, révolutionnaire à bien des égards, a propulsé la danse dans la modernité et Nijinsky dans la légende. Verbruggen se débarrasse de toute référence à l’antiquité, évacue les nymphes, et se concentre sur deux hommes, qui se livrent aux élans du désir. Explicitée par le titre de la pièce, la référence au poème de Mallarmé souligne le caractère onirique de la scène. Mais avant tout, l’intérêt de Verbruggen se cristallise sur les multiples facettes du désir aujourd’hui, ce qui l’emmène dans une interrogation sur le genre. Le faune représente peut-être cette part d’inconnu, le désir départi de toute référence à un sexe. Le masque qui cache le visage du faune et la crinière de cheveux, imaginés par Charlie Le Mindu, renforcent l’androgynie du personnage. On regrettera néanmoins l’absence de gradation dans ce désir et le manque d’individualisation du faune, qui apparaît comme comme un double de son partenaire.

Le Spectre de la rose fait partie des œuvres emblématiques du chorégraphe allemand . Cette pièce pousse à l’extrême son langage caractérisé par des gestes saccadés. S’affranchissant du carcan de l’Invitation à la valse de , courte composition de dix minutes, Goecke commence et termine sa pièce dans le silence et complète la partition avec un extrait du Maître des esprits. Il rompt le duo entre la jeune fille et le Spectre de la rose en ajoutant cinq hommes en costumes, pouvant symboliser le bal d’où revient la jeune fille dans le poème de Théophile Gautier. Surtout, la jeune fille, a contrario de la belle endormie de Fokine, devient un personnage central de la pièce. Contrairement à la variation de Fokine, où l’Esprit de la rose est un personnage vif et bondissant, Goecke concentre sa variation sur le haut du corps. Les mouvements frénétiques et comme incontrôlables des bras des danseurs suscitent un sentiment d’angoisse, propre à l’univers de . L’ajout d’un extrait du Maître des esprits pose question dans la mesure où l’Invitation à la valse se suffit en elle-même et aurait peut-être conféré une plus grande unicité à la pièce.

C’est avec le Petrouchka de que se clôt ce riche programme. Dans le ballet créé en 1911 par et Alexandre Benois sur la musique d’, Nijinsky incarnait le rôle de la marionnette, qu’il a marqué de sa figure pathétique. choisit de changer les pantins en mannequins et de transposer l’univers du carnaval dans celui de la mode. Un univers foisonnant d’images naît de cet imaginaire. Inger joue sur l’alternance entre mannequins véritables et danseurs habillés de justaucorps blancs, créant l’illusion d’un être inanimé. Les objets semblent ainsi prendre vie sous nos yeux, créant l’étrangeté et l’inquiétude dans un monde où le corps se réifie. Au mage se substitue un créateur de haute couture, qui organise un défilé de mode cocasse et délirant. Le dispositif – peut-être le plus inventif des quatre – est riche mais la pièce pêche par manque de concentration. La partie centrale avec les mannequins, un peu longue, ralentit le rythme et ramène les parties dansées à portion congrue.

Crédits photographiques : © Alice Blangero. Photographies n° 1 : Petrouchka de Johan Inger ; n ° 2 : Daphnis et Chloé de J-C Maillot ; n° 3 : Aimai-je un rêve ? de Jeroen Verbruggen

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Monaco. Salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo. 8-XII-2018. En Compagnie de Nijinsky
Daphnis et Chloé. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Maurice Ravel. Vidéo : Ernest Pignon-Ernest. Costumes : Jérôme Kaplan
Aimai-je un rêve ? (Création). Chorégraphie : Jeroen Verbruggen. Musique : Claude Debussy. Costumes : Charlie Le Mindu
Le Spectre de la rose. Chorégraphie, scénographie : Marco Goecke. Musique : Carl Maria Von Weber.
Petroucka (création). Chorégraphie : Johan Inger. Musique : Stravinsky. Décors : Curt Allen Wilmer. Costumes : Salvador Mateu Andujar
Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction de Kazuki Yamada

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