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Chostakovitch, Britten et Ortiz pour un bel hommage à Michael Tilson-Thomas

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Malaga. Teatro Cervantes. 23-IV-2026. Gabriela Ortiz (née en 1964) : O Kauyumari (2021) ; Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour piano en ré majeur op. 13 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op. 93. Dmytri Shinshkin, piano. Orchestre Philharmonique de Malaga, direction : Carlos Miguel Prieto.

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Alors qu'on vient d'apprendre le décès du célèbre chef Michael Tilson-Thomas, et l' dédient ce concert à la mémoire du regretté chef américain.

O Kauyumari, de la compositrice mexicaine ouvre ce poignant hommage : une œuvre orchestrale composée en 2021, commandée par l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles et créée par son chef principal, Gustavo Dudamel. Son titre signifie « cerf bleu » en langue huichol, une langue indigène qui invite à la spiritualité, incitant à la réflexion sur l'existence, et sur la possibilité d'une renaissance dans chaque épreuve, en connexion avec l'intangible et l'invisible. Une composition qui prend ce soir un relief tout particulier, véritable musique de transe aux accents chamaniques portée par une scansion rythmique envoutante et répétitive faisant la part belle aux percussions et aux cuivres dans une progression dynamique tendue jusqu'au crescendo final libérateur.

Place ensuite au jeune pianiste russe , lauréat de multiples concours internationaux (Concours Tchaïkovski en 2019, Genève en 2018 et Chopin en 2015) pour une magistrale interprétation du Concerto pour piano de , composé au printemps 1938. Dédié à son ami et confrère compositeur Lennox Berkeley, il a été créé le 18 août de la même année à Londres, avec Britten au piano et l'Orchestre de la BBC, sous la direction de Sir Henry Wood. Cette œuvre qui explore toutes les possibilités percussives de l'instrument engage une véritable joute avec l'orchestre pour se décliner en quatre mouvements : une Toccata d'ouverture oscillant entre percussion et fluidité dans une périlleuse course à l'abîme, virtuose, très rythmique (percussions et cuivres) où soliste et orchestre rivalisent d'engagement sous la direction parfaitement symbiotique et équilibrée de ; introduite par alto et clarinette, une Valse un peu vénéneuse aux accents quelque peu jazzy prend ensuite le relai, avant qu'un  Impromptu, que Britten remania secondairement en 1946, ne mette en lumière un piano tout en retenue, soutenu par vents et cordes, dans un jeu très poétique qui va progressivement se densifier, pour se conclure sur une Marche où le long crescendo de la cadence du soliste avec accompagnement de grosse caisse et cymbales  produit un saisissant effet, soulignant une fois encore la variété et la qualité du jeu de .

Toute la seconde partie est ensuite dévolue à la Symphonie n° 10 (1953) de , œuvre de circonstance puisque comptant parmi les plus sombres du corpus symphonique du compositeur russe. Composée huit ans après la dernière symphonie de guerre, ambiguë, Chostakovitch s'attache à y « décrire » toutes les souffrances endurées sous l'ère stalinienne, marquée par les massacres et la terreur. À la suite de la mort du dictateur redouté en mars 1953 et à l'assouplissement subséquent de la politique artistique, Chostakovitch saisit l'occasion de composer cette symphonie où s'inscrit en filigrane une satire du tyran défunt. Elle fut créée à Leningrad le 17 décembre 1953, interprétée par l'Orchestre Philharmonique de Leningrad sous la direction de son chef principal, Evgueni Mravinski. Elle comprend quatre mouvements dont livre une lecture éblouissante, suffocante de tension. Le Moderato initial s'ouvre sur des sonorités graves, sorte de lamento, reflet d'une intense déploration, épurée, soutenue par les cordes et la clarinette solo, avant que le phrasé, d'une tension croissante, ne se charge d'accents grinçants et de violence contenue sous les assauts du cor et de la petite harmonie (flute, basson, piccolo). L'Allegro introduit ensuite une marche inexorable qui écrase tout sur son passage, rythmée par une véhémente caisse claire et de sèches attaques de cordes qui exacerbent la tension et libèrent la violence, majorée par la richesse en nuances dynamiques. L'Allegretto suivant laisse place, dans un saisissant contraste, à une musique décantée d'où sourdent les différents traits des vents (cor, clarinette, basson, cor anglais) sur un tapis de cordes dont on admire le sublime legato, parcouru par l'émergence répétitive et obsédante de la signature harmonique de Chostakovitch (DSCH, ré, mi bémol, do, si) répétée à l'envi. Tout habité de fausse joie, chargé d'ambiguïté, le Finale, aux accents un peu goguenards (basson) affirme encore une fois le DSCH en cantus firmus clamé à la trompette pour parachever cette superbe interprétation chargée d'émotion…Un bien bel hommage à Michael Tilson-Thomas !

Crédit photographique : Carlos Miguel Prieto © Peter Schaaf

 

 

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Malaga. Teatro Cervantes. 23-IV-2026. Gabriela Ortiz (née en 1964) : O Kauyumari (2021) ; Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour piano en ré majeur op. 13 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op. 93. Dmytri Shinshkin, piano. Orchestre Philharmonique de Malaga, direction : Carlos Miguel Prieto.

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