Avant la tempête le ballet de l’Opéra de Lyon revisite le répertoire classique et post moderne
Le ballet de l'Opéra de Lyon propose une soirée en trois actes, trois chorégraphes, David Dawson, Lucinda Childs et William Forsythe, intitulée Avant la tempête.

En ces temps troublés, l'intitulé des soirées proposées par le ballet de l'Opéra de Lyon pourraient nous laisser croire que l'on court à la catastrophe. Mais c'est bien à des moments de pure beauté que le public est invité. Ce type de programme reflète l'extrême virtuosité des danseurs. Avec les chorégraphes choisis pour cette affiche, les ressources classiques des interprètes sont sollicitées à leur maximum.
Commençons par la fin avec la reprise d'une pièce célèbre entrée depuis plusieurs années au répertoire de ce ballet, Enemy in The Figure de William Forsythe. Cette chorégraphie pour onze danseurs développe tous les éléments du talent du chorégraphe dont de nombreuses pièces sont inscrites au répertoire de ce ballet. Celle-ci est marquée par la présence plastique de trois éléments de décor très scénographiques : un long mur ondulé en bois clair en diagonale au centre de la scène, une corde au sol qui, elle aussi, sera manipulée en ondulation et en déplacement et enfin un projecteur bas. Les interprètes le font rouler selon les moments pour créer des effets de projection de l'évolution des danseurs sur le fond de scène ou le mur ondulé. Qu'il s'agisse des solos ou des pas-de-deux, la rigueur en noir et blanc des danseurs chauffe l'espace. Sans cesse en déséquilibre, à la limite de la rupture dans ce langage classique toujours réinventé. Pour preuve la pièce créée en 1989 n'affiche aucune usure du temps. les danseurs du ballet renouvellent son énergie à l'effet assuré par la musique bruitiste et tendue du complice de toujours de William Forsythe, Thom Willems.

En ouverture de soirée on pouvait envisager une même énergie avec l'entrée au répertoire d'une œuvre de David Dawson, The Grey Area. L'œuvre a marqué pour le chorégraphe, ancien danseur entre autres auprès de Forsythe, son passage d'interprète à chorégraphe en 2002 et a été reprise dans de nombreuses compagnies. La pièce pour cinq danseurs s'inscrit dans un espace clos, fond noir, sol et mur côté cour, gris clair. La musique de Niels Lanz étire cet espace de longues notes tenues par les cordes. Dans cette immense boite les danseurs viennent prendre place pour évoluer progressivement dans un langage classique assez sage, bien loin de l'énergie d'un Forsythe. L'exercice est formel et laisse peu de place à l'émotion. Le choix des pointes pour les danseuses vient appuyer cette démonstration de grande rigueur des interprètes.

Enfin nous retiendrons ce court moment de grâce : huit minutes. Après les années Covid-19, le ballet avait entamé une série de rencontres à chaque fois entre un danseur et un chorégraphe. En 2023, Lucinda Childs a ainsi composé un solo avec la danseuse Noëllie Conjeaud intitulé Actus… La pièce est composée en deux parties d'une efficacité redoutable. Noëllie Conjeaud développe tout le vocabulaire post moderne de Lucinda Childs. Grands ports de bras, mouvements suspendus, lents, dans un silence total. Puis la danseuse enlève sa veste qu'elle laisse tomber au sol. Deux chemins lumineux se croisant viennent marquer le sol. Comme pour indiquer un chemin à suivre, la cantate de Bach Actu Tragicus dans une version piano anime la danse. Les gestes de Noëllie Conjeaud se fondent dans le rythme de la cantate, tempo lent et régulier. Instant fragile, fugace, un axe lumineux au sol reste présent à la fin. Il indique la sortie de scène de l'interprète dans une marche naturelle. Le souvenir de ce jaillissement de temps suspendu restera présent dans l'esprit du public. Lucinda Childs a inscrit cette œuvre comme un hommage au peuple ukrainien.














