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Les voix dessinent l’espace à ManiFeste

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Paris. Ircam. Espace de projection. Festival ManiFeste. 3-V-2026. Claudia Jane Scroccaro (née en 1984) : On the Edge, pour 6 solistes, chœur et électronique : György Kurtág (né en 1926) : Omaggio a Luigi Nono, pour chœur a cappella ; György Ligeti (1923-2006) : Lux Aeterna pour chœur mixte a cappella ; Justé Janulyté (née en 1984) : Iridescence, pour chœur et électronique. SWR Vokalensemble Sttutgart ; Pierre Carré, Claudia Jane Scroccaro, électronique Ircam, Maurice Oeser, électronique SWR Experiementalstudio ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam ; direction : Yuval Weinberg

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Musique chorale, spatialisation et deep listening font l'ouverture du festival au sein d'un programme d'une belle cohérence où le SWR Vokalensemble et le SWR Experimentalstudio de Stuttgart conjuguent leurs forces avec celles de l'

Une voix de femme d'une grande douceur, puis plusieurs en polyphonie, sur une trame électronique ambiante (elles chantent des berceuses) vont nous accompagner jusqu'à l'entrée de l'Espace de projection. On the Edge (« À la marge ») pour six solistes, chœur et électronique de la compositrice (et RIM de l') bouscule un rien le format traditionnel du concert. La pièce a été donnée en création mondiale par le sous la conduite de son chef au festival de Donaueschingen 2024.

Avec les mêmes interprètes et dédicataires de l'œuvre, On the Edge trouve ce soir d'autres configurations spatiales, bénéficiant des potentialités acoustiques fabuleuses de « l'Espro ». Lorsqu'on entre dans la salle, le chœur mixte est réparti autour du public tandis que les six voix de femmes solistes montent sur la scène de part et d'autre du chef.  Les textes chantés en anglais sont des extraits de Songs to Johannes de la poétesse Mina Loy, donnant à entendre des paroles de femmes vivant en marge de la société. L'installation chorale et le jeu de l'électronique créent un espace d'écoute immersif où se confrontent diverses temporalités : entre polyphonie resserrée des solistes, trames sonores étirées du chœur et interventions des voix murmurées, déclamées ou scandées, qui nous parviennent par vagues avec une incroyable proximité. Boosté par l'électronique, le son monte progressivement jusqu'à une clameur incandescente qui porte la vibration et l'émotion à leur comble. L'action ritualisante prend fin avec l'effacement morendo des voix des chanteurs qui quittent la salle.

 

Les pupitres sont déjà sur scène pour Omaggio a Luigi Nono (1979) de dont on fête le centenaire en 2026. Les deux compositeurs étaient amis et ont appris l'un de l'autre, l'Italien ayant conseillé au Hongrois d'écrire pour le chœur. Cet « Hommage » est en six numéros, six miniatures selon le format habituel de Kurtág, faisant appel aux vers des deux poétesses qu'il a souvent célébrées : Anna Akhmatova (2) et Rimma Dalos, son double poétique (de 3 à 6) que l'on retrouvera dans Messages de feu Demoiselle R.V. Troussova, à la Cité de la musique, toujours dans le cadre de . Les mots sont ciselés, la concentration et la brièveté de rigueur. Sans texte, la musique enchaîne les figures sonores en une véritable chorégraphie dans le I. Les mots d'Akhamatova dansent également dans le II. Le canon conduit les lignes dans le IV et brouille le texte… Le SWR Vocalensemble, sous le geste économe de , est un régal de délicatesse, de suavité et d'élégance.

Son compatriote est également à l'affiche en lien avec la pièce de Justé Janulyté qui termine la soirée.

Lux Aeterna pour chœur mixte a cappella du Hongrois, écrit en 1966 juste après son Requiem, est une météorite dans le ciel dont on observe les variations sensibles de la forme sous une lumière qui change d'intensité et agit sensiblement sur le timbre. L'expérience d'écoute – dix minutes à peine que Ligeti prolonge par sept mesures de battue silencieuse qui sont encore musique –  est unique et indicible ; le temps est suspendu et les mots latins (ceux du Requiem) sont lissés au maximum pour qu'ils n'entravent pas l'homogénéité de la texture sonore. Dans l'acoustique de cathédrale de l'« Espro », la qualité de l'interprétation du SWR Vokalensemble est bluffante, d'une précision et d'une fluidité toute instrumentale même si le grain sensible de la voix et la vibration intérieure de chaque pupitre vocal apportent leur supplément de velouté.

Créée par les mêmes interprètes lors du festival Manifeste 2023 où Lux Aeterna était également à l'affiche, Iridescence de Justé Janulyté est « une réponse » à la page chorale de Ligeti. La compositrice lituanienne se concentre sur le phénomène optique naturel basé sur la lumière. Le texte est chanté sur les vers de l'Américain Richard Brautigan Trou d'étoile : « Je m'assois ici au bord parfait d'une étoile et regarde la lumière s'écouler vers moi ». Comme chez Ligeti, les paroles, dont les consones ont été supprimées, se coulent dans le flux du continuum sonore auquel elles apportent leurs moirures colorées. L'électronique (sons fixés ?) qui fusionne avec les voix pigmente la trame sonore et participe du processus de diffraction, « une onde sonore qui devient plus lente et longue tout au long de l'évolution », écrit la compositrice. Dans l'acoustique ad hoc de l'« Espro » baigné de reflets chatoyants, le souffle qui traverse la trajectoire et l'envergure du son spatialisé accèdent à cette dimension spirituelle que la compositrice appelle de ses vœux.

Crédit photographique : © Quentin Chevrier

 

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Paris. Ircam. Espace de projection. Festival ManiFeste. 3-V-2026. Claudia Jane Scroccaro (née en 1984) : On the Edge, pour 6 solistes, chœur et électronique : György Kurtág (né en 1926) : Omaggio a Luigi Nono, pour chœur a cappella ; György Ligeti (1923-2006) : Lux Aeterna pour chœur mixte a cappella ; Justé Janulyté (née en 1984) : Iridescence, pour chœur et électronique. SWR Vokalensemble Sttutgart ; Pierre Carré, Claudia Jane Scroccaro, électronique Ircam, Maurice Oeser, électronique SWR Experiementalstudio ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam ; direction : Yuval Weinberg

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