Marco Da Silva Ferreira propose un F*cking future à Chaillot
Le chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira poursuit son exploration des communautés contemporaines dans F*ucking future, sa nouvelle pièce créée pendant la Biennale de Lyon et présentée à Chaillot Théâtre national de la danse.
Dans la pénombre, au milieu des fumigènes et au sein d'un dispositif public quadri-frontal se déploient successivement un puis deux puis trois, jusque huit danseuses et danseurs qui vont explorer par accumulation, à l'unisson et de manière radicale, les diagonales. Le mouvement est sec, saccadé, précis, continu. Les danseurs patinent le sol de ce carré délimité comme un ring sur le beat d'une musique irrépressible, celle de Rui Lima et Sergio Martins.
Toutes et tous vêtus d'un même pantalon bleu métallique irisé, une même cotte de mailles échancrée sur le dos nu laisse voir la mécanique des muscles à l'œuvre et la sueur qui dit l'effort au fur et à mesure que le mouvement se fait plus dense, plus vif, plus ample. Le groupe, inclusif et soudé, en constante rotation, lance une adresse aux quatre faces du public, comme une section en mission. Il ondule, retient, donne à voir, enveloppe la chair performative disséquée comme une tresse musculaire.
Interrogeant le système qui façonne les corps, entre discipline et explosion de désir, de colère aussi, le chorégraphe dénoue les apparences bodybuildées et libère les élans. Danse fluide et hybride citant le clubbing, le Hip-hop, la House ou l'esthétique du défilé, la vague commune de l'escadrille, entre séduction et gestuelle contrainte, gagne inexorablement en rapidité et en intensité, jusqu'à la frénésie. Une construction chorégraphique que Marco da Silva Ferreira a déjà utilisé dans ses pièces précédentes, comme a Folia pour le CCN Ballet de Lorraine ou CARCAÇA au Centquatre Paris.
Au maximum de la tension où sourd une rage sensuelle, une violence contenue, d'un coup les voix s'en mêlent, fortes et rageuses. Dans F*cking future, les mots font slogan, provoquent, rassemblent et resserrent : « Rien à faire de ce que disent les gens / On est les fantômes que tu as essayé de tuer / On est le pédé, la fem et le tordu, la drag et la butch la moche, la reine / On est le rythme que tu veux effacer / On est le feu que tu veux pourchasser / Rien à faire de ce que disent les gens / Je peux aller jusqu'au bout/Rêve baby rêve ».
Puis les danseurs escaladent les rangs du public de part et d'autre, avant de rejoindre le sol où un faisceau laser vert fend l'espace en un triangle vertical qui vient découper virtuellement les corps échoués au sol, balayés par le faisceau fluo au niveau de la ceinture. Marqué par la force commune, les regards provocants, la puissance et l'explosion d'énergie, le ring, une fois redevenu vide, continuera de scintiller encore longtemps.
















