La musique ancienne en fête à Maguelone
Pour sa 43e édition, le Festival de musique ancienne à Maguelone explore le dialogue entre musiques savantes et populaires sous les voûtes de l'ancienne cathédrale romane. Nous y avons assisté à deux concerts : un ensemble confirmé et une jeune découverte.
Après la disparition brutale de Denis Raisin Dadre en septembre dernier, Elsa Frank et Jérémie Papasergio ont repris le flambeau de l'ensemble Doulce Mémoire pour continuer à faire rayonner la musique de la Renaissance. Intitulé « Musiques de joye » en référence au recueil publié à Lyon en 1550, le programme de cette soirée propose un florilège de chansons et de danses françaises et italiennes réparties en cinq tableaux thématiques. Un enchaînement de pièces chantées par la soprano Véronique Bourin et de pièces instrumentales servies par un instrumentarium varié nous entraîne d'un univers bucolique et pastoral à celui des amours légères ou contrariées. La chanteuse, rompue à la pratique de ce répertoire, donne toute sa saveur à des textes ciselés par la prononciation de l'époque. Elle imite avec humour le caquet des galinacés, mais peut aussi nous émouvoir en chantant un poème de Ronsard a capella. Dans l'imitation du chant des oiseaux, les flûtes ne sont pas en reste et Elsa Frank se montre particulièrement virtuose dans ce registre. Au sein d'un même tableau, l'enchaînement des pièces est particulièrement bien pensé et le luth de Miguel Henry sert de lien pour passer d'un univers à l'autre. C'est aussi la fascinante richesse de l'instrumentarium des « soufflants » qui donne tout son sel aux recettes de cet ensemble. Les musiciens présentent au public les différentes familles : bassons, hautbois, tournebouts et toutes sortes de flûtes à bec, dont les rares flûtes-colonnes à perce double. Leur maîtrise dans l'art de la diminution est proprement fascinante. Et l'allégresse culmine dans le Ballo finale, florilège de pièces italiennes que conclut gaiement A lieta vita de Gastoldi. Denis Raisin Dadre aurait adoré.
Le lendemain, c'est un jeune ensemble « émergeant » qui prend place sur la tribune de la cathédrale romane. L'ensemble Théodora, fondé en 2018, réunit Lucie Chabard au clavecin, Alice Trocellier à la viole, Louise Ayrton au violon (remplacée ici par Christophe Mourault) et la soprano Mariamielle Lagamat. Le programme du jour, qui reprend celui de leur premier CD, est très intelligemment construit autour de l'influence française dans les cours allemandes à la fin du XVIIe siècle. La musique de Lully est alors le modèle universel pour tous ces musiciens , qui transcrivent pour la viole ou le clavecin les airs des tragédies lyriques. Alternent ici transcriptions de Lully, motets français et pièces allemandes écrites par de fins connaisseurs du goût français, comme Fischer ou Krieger. Le premier air de Lully, « Tranquilles cœurs », qui donne son titre au programme, permet d'apprécier la belle musicalité de la violiste Alice Trocellier. La claveciniste Lucie Chabard ne sera pas en reste avec deux transcriptions extraites d'Armide. Comme en miroir, deux pièces pour clavier sont transcrites pour violon et basse continue : un choral de Böhm et un récit pour orgue du français Boyvin. Quant à la cantate de Krieger Surgite cum gaudio qui conclut ce programme, elle présente des points communs avec le motet de Campra entendu en première partie. Tout le long du programme, on sent une belle écoute mutuelle entre les interprètes. La voix de la soprano, d'une projection exceptionnelle, fait bénéficier les textes d'une diction impeccable et présente de très beaux contrastes ; mais on la préfère dans les moments plus en retenue que dans les aigus généreux qui feraient merveille sur une scène moins intimiste.
Une nouvelle fois, le festival de musique ancienne à Maguelone, sous la direction artistique éclairée de Sylvain Sartre, compte parmi les grands rendez-vous de l'été occitan.
Crédit photographique : © Roman Josa














