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Onéguine à Stuttgart, Friedemann Vogel et Jason Reilly au sommet de leur art

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Stuttgart. Opernhaus. 11/12-VI-2026. Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d’après Pouchkine. Décors et costumes : Jürgen Rose ; musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski, sélectionnée et arrangée par Kurt-Heinz Stolze. Avec Jason Reilly/Friedemann Vogel (Onéguine), Henrik Erikson (Lenski), Sonia Santiago (Madame Larina), Anna Osadcenko/Elisa Badenes (Tatiana), Diana Ionescu/Mackenzie Brown (Olga), Fabio Adorisio/Martino Semenzato (Prince Grémine)… Staatsorchester Stuttgart, direction : Wolfgang Heinz

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Avec deux belles partenaires, les deux vétérans du ballet de Stuttgart maintiennent en vie un classique inusable à défaut d’être tout à fait actuel.

Le mois de juillet est devenu à Stuttgart le mois du ballet, un festival qui ne dit pas son nom : un gala de la troupe, un gala de l’école de danse Cranko, et un dense planning de représentations, avec cette année deux grands classiques, Mayerling de McMillan et l’inusable Onéguine de Cranko, et des retransmissions en direct dans le parc devant l’Opéra auxquelles assistent des milliers de spectateurs. Ces deux représentations d’Onéguine affichent les deux grands vétérans de la troupe accompagnés par les deux premières danseuses les plus solides : est entré dans la troupe en 1997, en 1998, deux exemples rares de longévité dans le monde du ballet.

Deux danseurs dont l’empreinte sur le Ballet de Stuttgart durera longtemps, et pourtant deux danseurs si différents, ce que leur interprétation du personnage d’Onéguine reflète parfaitement. Vogel a un côté juvénile, ouvert, charmeur, qui ne se brouille que progressivement, quand le citadin blasé perce sous le masque. Avec Reilly, au contraire, le personnage est d’une opacité presque inquiétante dès sa première apparition sur scène : la fascination qu’il exerce sur Tatiana a quelque chose de magnétique, qui va chercher jusqu’au plus profond de son âme, alors qu’elle peut croire trouver en Onéguine tel que vu par Vogel une âme sœur.

Face à eux, les deux représentations affichent en Lensky , qui a le physique parfait pour jouer le jeune premier un peu dans la lune, mais qui offre aussi dans la sombre variation précédant le duel une rigueur des lignes et une pureté des équilibres qui sont l’essence même de l’art de Cranko, sa capacité à faire de la danse un instrument expressif qui va jusqu’au bout de l’émotion. joue une Olga en décalage complet avec lui, séduite sans doute, mais bien mal placée pour le comprendre au-delà du charme dynamique qu’il dégage, alors que Diana Ionescu donne au personnage plus de profondeur, et on croit beaucoup plus à la sincérité de son attachement.

Les deux Tatiana de ces deux soirées, avec Reilly, avec Vogel, sont moins différentes que leurs Onéguine, mais elles sont sans doute les deux étoiles féminines les plus convaincantes de la troupe actuelle. Et chacune a construit avec son vis-à-vis masculin un partenariat aussi fluide qu’ambitieux. Moins naturelle que celle que le chorégraphe parviendra à construire dans ses pièces suivantes, la virtuosité d’Onéguine n’en est pas moins ébouriffante : ces pas de deux avec leurs portés acrobatiques sont typiques de l’époque de la création, mais quand ils sont joués avec une telle élégance, avec un tel sens du théâtre et tant de naturel qu’on ne ressent aucun effort, on se laisse séduire.

On a donc pu assister à deux représentations de haute qualité, solistes comme corps de ballet, d’un classique qu’on aimerait ne pas voir vieillir, malgré le côté un peu stéréotypé des danses collectives. Pour ce faire, il serait bon que le Ballet de Stuttgart procède à une révision de la partition, cette malheureuse adaptation de pièces de Tchaïkovski par Kurt-Heinz Stolze, dont on comprend qu’elle ne motive guère les musiciens d’orchestre partout où elle est jouée. Une révision de l’orchestration souvent au-delà des limites du pompier, des détails du rythme et de la dynamique, couplée avec un travail repensé de synchronisation entre la danse et la musique serait d’un grand bénéfice pour donner plus de naturel et de fluidité à la pièce et assurer ainsi son avenir.

Photos : © Roman Novitzky/ (photo 1 : Vogel/Badenes ; photo 2 : Erikson/Brown) ; © Roman Novitzky/ (photo 3 : Reilly/Osadcenko)

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Stuttgart. Opernhaus. 11/12-VI-2026. Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d’après Pouchkine. Décors et costumes : Jürgen Rose ; musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski, sélectionnée et arrangée par Kurt-Heinz Stolze. Avec Jason Reilly/Friedemann Vogel (Onéguine), Henrik Erikson (Lenski), Sonia Santiago (Madame Larina), Anna Osadcenko/Elisa Badenes (Tatiana), Diana Ionescu/Mackenzie Brown (Olga), Fabio Adorisio/Martino Semenzato (Prince Grémine)… Staatsorchester Stuttgart, direction : Wolfgang Heinz

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