La Scène, Opéra, Opéras

Le Cinesi de Gluck à Ludwigsburg, pour l’amour du théâtre baroque

Plus de détails

Ludwigsburg. Schlosstheater. 10-VII-2026. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 7 Hob. I:7 « Le Midi » ; Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Le Cinesi, Azione teatrale en un acte sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène : Charles Di Meglio. Avec Sarah Charles (Sivene), Flore Royer (Tangia), Juliette Mey (Lisinga), Abel Zamora (Silango). Orchestre de l’Opéra Royal du Château de Versailles ; direction : Andrés Gabetta.

Partager

Avec quatre jeunes chanteurs prometteurs, le metteur en scène Charles di Meglio fait jouer la machinerie d’époque pour un moment hors du temps.

D’un château l’autre : Le Cinesi, créé pour la famille royale autrichienne dans un château entre Vienne et Bratislava en 1754, a fait l’objet d’une nouvelle production il y a quelques semaines au Théâtre de la Reine du Petit Trianon à Versailles, ce petit bijou presque secret tant les conditions de sécurité et de conservation imposent des conditions draconienne à tout accès, et encore plus à toute exploitation suivie en tant que théâtre. Pour trois représentations, ce même spectacle est accueilli dans le théâtre du château de Ludwigsburg, le grandiose château des ducs de Wurtemberg à une dizaine de kilomètres au nord de Stuttgart. Le public de Ludwigsburg ne perd pas au change : non seulement des tarifs plus abordables mais aussi une symphonie de Haydn en complément de programme.

Le choix de la symphonie n° 7, « Le midi », paraît logique dans ce contexte tant l’œuvre est intrinsèquement lyrique et théâtrale : le début du 2e mouvement en forme de récitatif accompagné en est un trait saillant, sans compter que l’effectif demandé s’adapte bien à celui des Cinesi. Les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles sont dans la fosse pour cette première partie, mais ils sont debout ; à leur tête, alterne entre direction pure et les solos du premier violon. Son objectif et celui des musiciens est visiblement avant tout de retrouver les couleurs fruitées de l’orchestre classique naissant : le résultat n’est pas sans intérêt, mais cela ne justifie pas que les cordes manquent à ce point de fermeté dans l’articulation, sans parler de problèmes d’intonation.

Après l’entracte, place au théâtre. Celui de Ludwigsburg, inauguré en 1758, a beau avoir été transformé au XIXe siècle, il n’en est pas moins plus ancien que les deux théâtres rococo de Versailles, sa capacité d’environ 300 places étant moins réduite que celle du Théâtre de la Reine, mais moins large que celle de l’Opéra royal. La petite comédie de Métastase, trois chinoises et un chinois marivaudant autour de la comparaison des genres théâtraux, n’a pas beaucoup de profondeur, mais elle est l’occasion rêvée pour faire jouer les machines des théâtres historiques pour lesquels ce spectacle est monté : Charles di Meglio, qui assure la mise en scène, ne cherche pas la profondeur là où il n’y en a pas, mais il joue à fond le jeu de la théâtralité. Le programme ne nous dévoile pas l’origine des costumes et des décors employés pour le spectacle : sans doute les costumes sont-ils les mêmes qu’à Versailles, où ils provenaient d’anciennes productions de l’Opéra royal ; quant aux décors, ils sont propres à Ludwigsburg : le théâtre a conservé un ensemble exceptionnels de décors, complets ou non. Les originaux sont naturellement trop fragiles pour être utilisés en conditions réelles, il s’agit donc certainement de copies, mais les voir s’animer sous nos yeux, au fil des petites scènes jouées par les personnages, est un pur plaisir de théâtre.

L’orchestre, dans cette seconde partie, passe au second plan et ses limites en deviennent moins audibles. Ce qu’on constate immédiatement après l’ouverture, dans le long récitatif qui présente les données de l’histoire, c’est que les quatre jeunes chanteurs ont été remarquablement préparés. Chaque phrase de ces dix minutes liminaires est vivante, le dialogue s’enchaîne avec vivacité et naturel, et la diction de chacun est suffisamment claire pour que, pour peu qu’on connaisse un peu l’œuvre, on comprenne chaque mot – ce qui est d’autant plus précieux qu’il n’y a pas de surtitres. C’est d’abord la Tragédie qui prend la scène, avec le mezzo généreux et bien conduit de en Andromaque, qui sait trouver les accents tragiques sans surcharge et sans céder pour autant à la tentation parodique. Le personnage de se fait nymphe de pastorale, et elle est rejointe par l’éternel Tircis, le ténor : leurs deux airs sont joués avec légèreté et une sorte de distance amusée, avec musicalité, mais avec une certaine tension dans l’aigu chez la soprano. Enfin, la Comédie est incarnée par , parfaitement à l’aise dans le genre, même si la mise en scène aurait gagné à mieux mettre en évidence l’intention parodique du personnage. À quelques mètres des chanteurs, devant le miracle renouvelé des changements de décor à l’ancienne, on redécouvre pendant une heure le plaisir le plus simple de la virtuosité théâtrale.

Crédits photographiques : © Château de Versailles Spectacles – Baptiste Lacaze (ne reflétant pas les décors de Ludwigsburg)
(Visited 3 times, 2 visits today)
Partager

Plus de détails

Ludwigsburg. Schlosstheater. 10-VII-2026. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 7 Hob. I:7 « Le Midi » ; Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Le Cinesi, Azione teatrale en un acte sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène : Charles Di Meglio. Avec Sarah Charles (Sivene), Flore Royer (Tangia), Juliette Mey (Lisinga), Abel Zamora (Silango). Orchestre de l’Opéra Royal du Château de Versailles ; direction : Andrés Gabetta.

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.