Double standing ovation pour Daniel Barenboim et son West-Eastern Divan Orchestra
Autour de Schubert, Schumann et Wagner, le chef d’orchestre Daniel Barenboim et ses musiciens du West-Eastern Divan Orchestra, ensemble constitué d’artistes israéliens, palestiniens et des pays arabes, ont offert un message musical de paix et d’espoir aux spectateurs parisiens de la Philharmonie.

Visiblement fatigué mais souriant, Daniel Barenboim est acclamé dès son entrée par une standing ovation.
Le concert débute par la Symphonie n°8 en si mineur « Inachevée » de Schubert. L’interprétation du premier mouvement privilégie la gravité à l’allant et affiche même un ton tragique dans sa réexposition. Daniel Barenboim a fait le choix du grand orchestre et des tempi très lents pour interpréter l’œuvre, ce qui explique aussi la profondeur sonore axée vers les graves, non sans mettre parfois les vents à l’épreuve. Le second mouvement apporte plus de lumière. Malgré ces partis-pris, il émane de cette interprétation une douceur et une tendresse qui apportent un nouveau regard sur cette œuvre du répertoire.
Attaquant assez timidement les premières phrases du Prélude de Tristan et Isolde de Wagner, le West-Eastern Divan Orchestra épanouit ensuite sa sonorité au fur et à mesure que l’œuvre se développe. Le grand orchestre réussit le savant équilibre de faire entendre chacune des voix (remarquable pupitre de flûtes !) sans perdre l’harmonie d’ensemble. La Mort d’Isolde, sans pathos mais dans une plénitude sonore nuancée de subtils contrastes, est un sommet d’interprétation et d’émotion musicales.
Le chef dirige assis, dans une économie de gestes qui passe surtout par les mouvements de tête en direction des chefs de pupitre, dont son fils, Michael Barenboim, premier violon solo, et le regard.

Le concert s’achève par la Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 9 de Robert Schumann. Contrairement à l’Inachevée, Daniel Barenboim opte ici pour des tempi enlevés, l’allégresse, la rutilance sonore et la légèreté des mouvements rapides. L’œuvre, à l’influence mendelssohnienne mais à l’orchestration dense et profonde, ne reste ainsi pas dans la semi-pénombre dans laquelle elle pourrait se complaire mais semble sans cesse continuer à s’élever vers la lumière, en particulier dans le dernier mouvement.
A la fin du concert, c’est à nouveau une salle debout qui acclame tant l’excellence des musiciens que le projet pacifique et fraternel du West-Eastern Divan Orchestra, projet si nécessaire et essentiel en ces temps troublés.















