Singin’ in the Rain prend d’assaut le Lido
Le Lido est transporté en plein âge d’or d’Hollywood pour une géniale adaptation scénique de Singin’ in the Rain, mise en scène par Robert Carsen. Mieux qu’au cinéma !
Le spectacle aura-t-il autant de succès que le film ? C’est très possible, tant les ingrédients de la réussite sont réunis pendant près de trois heures sur la scène du Théâtre du Lido dirigé par Jean-Luc Choplin. Par rapport à la première version scénique proposée par le tandem Choplin/Carsen en 2015 au Théâtre du Châtelet, le cadre de scène a été élargi au maximum et la profondeur de l’étrange plateau du Lido a été libérée par l’orchestre de 14 musiciens, qui se niche désormais en hauteur, sur les côtés de la salle. Les rôles principaux, tous savoureux, ont ainsi toute la place de déployer leur talent aux côtés d’une troupe de 24 comédiens-chanteurs-danseurs.
Souvenez-vous… Le monde du cinéma est bouleversé par l’arrivée du cinéma parlant, les « talking pictures », dont nous fait la démonstration à l’écran un Ralph Fiennes plus glaçant que nature. Cette production de Robert Carsen a en effet soigné les détails jusqu’à re-tourner toutes les scènes de « cinéma dans le cinéma ». Ce qui nous vaut des séquences hilarantes de films noir et blanc muets, puis parlants, mettant en scène le célèbre duo Lockwood et Lamont dans « The Royal Rascal », avec un duel burlesque dans l’escalier d’honneur du Château de Versailles ou « The Dancing Cavalier », tourné en plein milieu de l’immense Galerie des Glaces.
La mise en scène de Robert Carsen est fluide et inventive, tout en étant extrêmement respectueuse du film de Stanley Donen et Gene Kelly sorti en 1952 ! Sans aller jusqu’à lui donner une nouvelle actualité, l’adaptation à la scène sonne juste et gagne haut la main l’alternance de scènes parlées, chantées et dansées, sans temps mort, ni artificialité. On rit très souvent devant les gags et les scènes comiques, et on est emporté par la sincérité du personnage de Kathy Selden, qui finit par céder aux avances de Don Lockwood.
Pas de voiture qui s’arrête comme dans le film devant le cinéma d’Hollywood, mais des acteurs et invités qui arrivent par les travées de la salle, où les vrais spectateurs sont rapidement assimilés aux spectateurs d’Hollywood. C’est sur un banc public que Don rencontre Kathy et non à l’arrière d’une décapotable. Les astuces scénographiques avec projection de décor sur un vaste cyclo qui fait tout le tour de la scène, sont complétées par des accessoires qui campent les différentes scènes sans les alourdir. Une demi-caravane figure la loge de Lina Lamont, le studio de cinéma est recréé à la faveur de quelques projecteurs et d’un piano, omniprésent, et la chaise du réalisateur trône toujours en bonne place dans chaque scène.
Les scènes les plus célèbres du film sont aussi les plus attendues, et elles tiennent leurs promesses ! A commencer par « Fit as a fiddle », qui retrace les premiers cachets de Don Lockwood et Cosmo Brown en clowns violonistes ou « Make them laugh » morceau de bravoure du personnage de Cosmo Brown. Mais c’est surtout dans « Moses supposes », le délicieux trio avec la professeur de diction (Daniele Coombe interprétant Miss Dinsmore) que les deux danseurs de claquettes donnent le meilleur d’eux-mêmes.
Don Lockwood est interprété par Ashley Day que le public parisien avait découvert dans Funny Girl au Théâtre Marigny. Les romances, chansons entre Don Lockwood et Kathy Selden révèlent une voix très équilibrée et posée assez haut pour Ashley Day (Don Lockwood), et un léger accent pour Maddie Waller (Kathy Selden) qui ajoute à son charme et n’obère pas sa vivacité par exemple dans « Good morning ». Charlie Waddell est un Cosmo Brown bondissant. On admire aussi les talents de comédienne de Natasha O’Brien (Lina Lamont), aussi garce que dans le film, et des seconds rôles comme le directeur du studio ou le réalisateur.
La production est aussi une véritable prouesse, qui passe de scènes de figuration à des parties dansées avec plusieurs points d’orgue. Le tournage d’un film à la Busby Berkeley, reproduit à l’aide d’un effet kaléidoscope dans « Beautiful girl » ou le « Broadway ballet » avec ses lumières de cabaret mettent en valeur les chorégraphies signées Rebecca Howell. Sans oublier le final « Singin’ in the Rain », une surprise XXL en bottes et cirés jaunes, après les premiers saluts (chut), en écho à la célèbre chanson de Don Lockwood, déambulant en costume sous la pluie juste avant l’entracte. Une véritable fontaine de jouvence à laquelle on souhaite longue vie !















