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François Couperin en gloire à Albi et Mouzon par Sébastien Cochard

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

François Couperin (1668-1733) : Messe à l’usage ordinaire des paroisses ; Messe propre pour les couvents de religieux et religieuses (Paris 1690). Maitrise de la cathédrale de Reims, direction : Nicolas Renaux. Sébastien Cochard à l’orgue Christophe Moucherel (1736) Barthélémy Formentelli (1981) de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi (Tarn), et à l’orgue Christophe Moucherel (1725) Barthélémy Formentelli (1991) de l’abbatiale de Mouzon (Ardennes). 2 CDs Gueul’Ard XCP 5558/9. Code barre : 3361540555892. Enregistré en juillet 2011 (Mouzon), décembre 2011 (Albi) et juin 2012 (plain-chant). Livret 22 pages en français, très documenté et largement illustré. Durée totale 61’47 » + 56’14 ».

 

Voici que nous arrive avec ce printemps qui tarde à venir une lumière éblouissante avec le livre d’orgue de . Miraculeusement composé à l’âge de 22 ans, ce recueil se compose de deux messes à destinations différentes : les paroisses et les couvents. Deux mondes distincts de dimensions opposées, La messe à l’usage des paroisses réclamant un orgue de grande taille, grand seize pieds de cathédrale dirait-on, avec un pédalier étendu, et la messe pour les couvents, plus intime, adaptée à un instrument plus modeste, de style huit pieds ordinaire.

La discographie est déjà riche en versions d’approches très diverses, et pourtant il nous semble, un peu comme chez Bach, redécouvrir à chaque fois une œuvre nouvelle. C’est bien le cas ici avec une vision qui fera date. Le choix des orgues tout d’abord, qui nous transportent à Albi pour la messe des paroisses. Cet orgue construit par le génial Moucherel au XVIII°siècle, fut miraculeusement conservé dans son état sonore baroque, grâce à l’excellente restauration de Formentelli au début des années 80. Cet instrument unique, gigantesque, à cinq claviers et pédalier est l’ambassadeur idéal pour cette grande messe, écrite pour les grandes fêtes et cérémonies. Récemment, un grand relevage a permi d’affirmer encore plus les voix anciennes de cet orgue, notamment les grands tuyaux de façade qui n’avait pu être démontés et correctement restaurés en 1981. Le son est somptueux, capté ici de manière idéale. A Mouzon, l’orgue est de la même veine, Albi en fut le modèle, car il restait peu de tuyauterie de Moucherel et le travail de reconstitution a été intense. Doté de quatre claviers, cet instrument représente la taille intermédiaire entre les grands colosses et les instruments de couvents. Choisi pour la messe des couvents, on retrouve ici à Mouzon une judicieuse et éclatante intimité, soutenue par une prise de son équilibrée et adaptée au lieu.

Venons-en à l’approche musicale de : Guidé par ses professeurs Pascale Rouet et Aude Heurtematte, il aborde ce répertoire avec un esprit d’intériorité assez marqué. On est sous le charme d’un discours qui prend son temps, se développe sans précipitation, tout en gardant l’énergie nécessaire dans l’animation des grands ensembles (offertoires). Cependant l’âme de Couperin circule partout, y compris et surtout dans les pièces dites « en taille » qui demeurent le somment de son livre d’orgue. Écrites pour souligner certains moments de la liturgie comme le Benedictus, ou le Qui tollis du Gloria, ces récits de cromorne ou de tierce dans le registre du ténor avec accompagnement du grand fond d’orgue (« mélange considérable » comme aurait dit Nicolas Lebègue), sont des instants d’éternité d’une rare beauté. les aborde avec souplesse, retenue, maitrisant l’art du discours par une inégalité subtile et vocale. A cette ambiance très profonde, vient s’ajouter, comme le veut l’usage, le plain-chant alterné qui donne à cette musique toute sa signification. La maitrise de Reims, que dirige Nicolas Renaux, riche d’une tradition vocale séculaire, apporte sa note de fraicheur, par ses voix angéliques, fragiles et touchantes.

Il est à remarquer aussi la mise au point parfaite des deux orgues pour l’enregistrement. Ils sont tous deux d’une justesse confondante, ce qui permet d’apprécier au plus haut point l’accord sur le tempérament baroque et d’en savourer toutes les qualités, indispensables pour cette musique. De plus, la présentation de l’album est très soignée, riche d’un texte très documenté de Jean-Philippe Gélu. On y apprend aussi que Sébastien Cochard s’est occupé lui même de la prise de son, du montage et de la maquette de la pochette.
Homme de l’art complet, il nous comble surtout par son chant intérieur des plus émouvant et un style exemplaire, au service d’une musique culminant parmi les hauts sommets.

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