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Dudamel en révolution à Berlin, de Gabriela Ortiz à Beethoven

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Berlin. Philharmonie. 18-VI-2026. Gabriela Ortiz (née en 1964) : Revolución Diamantina, ballet pour 8 voix de femmes et orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 Eroica. Solistes du Rundfunkchor Berlin ; Berliner Philharmoniker, direction : Gustavo Dudamel

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Une œuvre récente mais pas moderne, et un Beethoven énergique mais prosaïque : il en faut plus pour un grand soir.

Revolución Diamantina, la première pièce de la soirée dont Dudamel a assuré la création à Los Angeles en 2023, porte dans son titre ce qui fait l’unité de la soirée. Pour , la révolution est une affaire récente : cette « révolution de diamant » désigne un mouvement social d’ampleur né en 2019 dans sa patrie mexicaine pour protester contre le poids des violences faites aux femmes, sans nul doute une cause capitale, que le monde de la musique classique aurait bien tort de refuser de voir, d’autant que le mouvement #MeToo n’y a qu’à peine pénétré. La musique de , elle, est tout sauf révolutionnaire, pour ne pas dire contre-révolutionnaire : là où Beethoven, comme Nono 150 ans plus tard, inscrivait la révolution jusqu’au cœur de la musique, Ortiz habille du terme « révolution » un éclectisme d’une grande banalité, qui revendique l’héritage de Stravinsky au moyen d’une pesante citation du Sacre, mais aussi celui de Ligeti, dont on comprend difficilement pourquoi il est si souvent loué par les anti-modernes : le début du deuxième mouvement (« acte ») fait penser à Clocks and Clouds, mais avec en contrepoint une mélodie de cordes sirupeuse qui ferait plutôt penser à un Tchaïkovski en panne d’inspiration.

La pièce se présente comme un ballet, et peut-être une chorégraphie permettrait-elle de rendre plus explicites les intentions de la compositrice, épaulée pourtant par une dramaturge ; les quelques mots intelligibles prononcés par les huit chanteuses ne nous y aident guère, pas plus que les titres des mouvements. Le soutien marqué qu’apporte Dudamel à l’œuvre d’une compositrice qu’il avait déjà programmée deux fois avec le Philharmonique de Berlin se comprend, tant l’écriture d’Ortiz est proche de sa manière de diriger, avec cette foi infinie dans le rythme et dans l’énergie. C’est entraînant, bien sûr, on ne peut nier une certaine efficacité, mais la musique ne peut-elle pas plus que cela ?

Après l’entracte, c’est l’Eroica qui est chargée de représenter l’imaginaire révolutionnaire de Beethoven. Son interprétation par Dudamel a déjà fait l’objet d’un enregistrement, avec son orchestre Simón Bolívar, il y a dix ans : on ne peut pas dire que son interprétation ait véritablement mûri depuis, même s’il nous épargne ce soir le bien inutile étirement du mouvement lent qu’il avait pratiqué en 2016. Certains ont beaucoup moqué, il y a quelques décennies, l’énergie nouvelle qu’insufflait un Nikolaus Harnoncourt à ce répertoire, mais il ne suffit pas de donner le premier rôle aux timbales pour donner de la vie : contrairement à Harnoncourt, Dudamel que la surface de la partition ; on s’ennuie ferme dans ce scherzo si peu spirituel, et l’art de la variation dans le finale perd tout de sa force révolutionnaire.

L’énergie avant tout, comme dans l’œuvre précédente. Dudamel ne se préoccupe guère de la grande forme, pas plus que du son orchestral : le son des cordes est banal et peu diversifié ; si les vents solistes ne perdent pas leurs qualités instrumentales, la beauté sonore tourne ici à vide, tant la direction de Dudamel ne les sollicite pas. L’avantage des grands classiques, c’est que l’auditeur connaît d’avance tout le potentiel de ce qu’il entend ; un auditeur qui ne connaîtrait rien à Beethoven et l’Eroica trouverait sans doute ce qu’il a entendu ce soir bien bien fade.

Crédits photographiques : © Stephan Rabold

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Berlin. Philharmonie. 18-VI-2026. Gabriela Ortiz (née en 1964) : Revolución Diamantina, ballet pour 8 voix de femmes et orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 Eroica. Solistes du Rundfunkchor Berlin ; Berliner Philharmoniker, direction : Gustavo Dudamel

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2 commentaires sur “Dudamel en révolution à Berlin, de Gabriela Ortiz à Beethoven”

  • Dominique Adrian dit :

    J’ai trouvé, pour le concert du jeudi auquel j’ai assisté, que l’enthousiasme du public ne venait pas si vite, même quand la compositrice est entrée, même si à force de faire durer il y a eu une standing ovation. Le rôle de la critique n’est de toute façon pas d’être toujours d’accord avec qui que ce soit ; quant à l’oeuvre elle-même, oui il y a du rythme, mais il y a surtout beaucoup de clichés, dont la révérence obligatoire devant le Sacre qui est tout de même bien autre chose en matière de rythme ; quant à sa capacité à « communiquer l’urgence du sujet », je ne l’ai vraiment pas vue, à part dans la note de programme.

  • Antoine Etxenike dit :

    Votre analyse, bien que solidement ancrée dans une certaine rigueur conceptuelle, souffre d’une partialité regrettable qui occulte l’essence même du spectacle vivant. En figeant Revolución Diamantina dans le carcan des dogmes de l’avant-garde du XXe siècle, vous passez à côté de sa force intrinsèque : sa vitalité rythmique et sa capacité à communiquer l’urgence de son sujet.

    Juger ce concert depuis une tour d’ivoire intellectuelle en ignorant délibérément la ferveur d’un public — pourtant réputé pour son exigence — et l’engagement absolu de la Philharmonie de Berlin relève d’un contresens critique. La musique n’est pas qu’une architecture sur papier ; c’est un phénomène acoustique et émotionnel. Ce soir-là, la symbiose texturale et l’électricité dans la salle ont prouvé que l’œuvre d’Ortiz et la direction de Dudamel ont pleinement vibré, n’en déplaise à une certaine nostalgie de l’abstraction. Une chronique se doit de rendre compte de ce qui a eu lieu, non de ce que le critique aurait souhaité entendre.

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