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Quarante nuances de claviers au Lille Piano(s) Festival

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Lille Piano(s) Festival. 12, 13 et 14-VI-2026. Près de 40 concerts : Vincent Dubois (orgue). Paul Ley (piano) avec l’Orchestre national de Lille, dir. Joshua Weilerstein (Gershwin). Wajdi Riahi trio (jazz). Roger Muraro (Liszt, Messiaen). Guillaume Coppola (Satie, Clementi). Ensemble Les Illuminations (Bach, Louati). Büsra Kayikçi (piano et électroacoustique). Sugita père et fils. Vadym Kholodenko (Berlioz/Liszt). Aleksandra Dzenisenia (cymbalum). Classe des musiques amplifiées de l’ESMD. Arseni Moon (Glass, Brahms, Chopin). Vanessa Wagner (Glass). Risa Toho (orgue). Nai Barghouti Quartet (musiques du monde). Edouard Ferlet (hommage à Keith Jarret). Yakir Arbib (jazz). Saskia Giorgini (Bonis, Beach, Enescu, Ravel, Debussy). Béatrice Berrut (Debussy, Berrut, Williams, Dukas). Jean-Michel Bernard (musiques de cinéma). Andreï Leshkin (Vine, Escaich, Debussy, Stravinsky). Zeyu Shen (Lindberg, Messiaen, Ravel, Mozart). Magdalene Ho (Feldman, Chin, Schumann). Félicien Brut (accordéon). Mirabelle Kajenjeri (Schamo, Escaich, Beethoven, Chopin). Clélya Abraham Quartet (jazz). Denis Comtet et Brayaha Cesin (trompette et orgue). Leo Gevisser (Rameau, Gevisser, Mozart, Grieg, Cage). Marie-Ange Nguci, Orchestre national de Lille, dir. Jean-Claude Casadesus (Rachmaninov).

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Classique bien sûr, mais également jazz, électro, musiques du monde, la 22e édition du Lille Piano(s) Festival a décliné le temps d’un (long) week-end toute la magie des claviers. Avec cette année une très forte proportion d’artistes féminines, venues du monde entier.

Avec près de 40 concerts sur trois jours, la 22e édition du Lille Piano(s) festival avait tout d’une odyssée, où a embarqué un public nombreux et fidèle, avide des multiples découvertes offertes dans différents lieux de la capitale des Flandres.

Le festival créé par , toujours ferme à la baguette lors du concert de clôture (en compagnie de Marie-Ange Gnuci, notre photo), est le rendez-vous des « stars » du piano (, , , , ), comme l’occasion de découvrir les jeunes pousses de demain, Andreï Leshkin (premier prix du concours Les étoiles du piano 2026), Zeyu Shen (premier prix du concours de Lyon 2025), (2e prix du concours Orléans 2025), (Prix Clara Haskil-Vevey 2023) ou encore Risa Toho (premier prix du concours d’orgue de Prague).

C’est aussi l’occasion de décliner d’autres formes de claviers, que ce soit l’accordéon (), le cymbalum (Aleksandra Dzenisenia), l’orgue (Vincent Dubois), le synthétiseur (Jungle sauce), ou même le piano augmenté et assisté par ordinateur avec le facétieux Edouard Ferlet dans un étourdissant hommage au mythique Köln Concert de Keith Jarret.

C’est en papillonnant d’un récital à l’autre que l’on savoure ce festival, au programme d’une richesse impressionnante. C’est pourquoi nous avons choisi comme fil conducteur de suivre quelques-unes des nombreuses artistes féminines qui ont jalonné ce parcours.

A commencer par la grande qui, après son triomphe au théâtre du Châtelet, a réitéré à Lille son odyssée de l‘intégrale des Etudes de Philip Glass. Sous l’impressionnante grande verrière du hall d’honneur de la Chambre de commerce, confortablement installé dans des chaises longues, le public a ainsi embarqué dans ce voyage au long cours (près de trois heures en deux parties) au pays des arpèges et des résonances du maître américain. est devenue l’interprète de référence de ce répertoire intemporel qualifié à tort de « minimaliste ». C’est en effet une multitude d’univers sonores et de nuances qui émergent sous les doigts de la pianiste française. Résonances légères comme une plume, houles agitées, mouvements perpétuels hypnotiques, les Etudes de sont désormais des « classiques » du XXe siècle que Vanessa Wagner interprète sans jamais lasser.

Minimaliste, la musique de la pianiste et compositrice turque Büsra Kayikçi l’est également. Etudiante en architecture, la jeune artiste propose des compositions où la spatialisation du son du piano, enrichi d’éléments électroacoustiques, emmène l’auditeur dans des paysages apaisés et délicats. Nous sommes là dans l’univers « néoclassique », heureusement sans le côté mièvre de bien des compositeurs à succès actuels (Sofiane Pamart et autres Ludovico Einaudi).

La pianiste suisse , formée à l’école russe, est connue comme grande virtuose, mais également subtile arrangeuse. Ses transcriptions au piano de symphonies de Gustav Mahler ou de La Nuit transfigurée d’Arnold Schoenberg ont été saluées par la critique. Mais est également compositrice. Son récital lillois est un beau moment d’émotion, notamment avec sa magnifique composition Polaris et Cepheides, inspiré par l’univers stellaire. Quant à sa prodigieuse transcription de L’Apprenti sorcier de , elle laisse plus d’un spectateur sans voix.

 

Le Lille Piano(s) Festival, c’est aussi l’occasion de belles découvertes. La jeune , Française d’ascendance burundaise et ukrainienne, revient pour la première fois en terre nordiste où elle a fait ses premières armes au conservatoire de Lille. Lauréate du Concours International Reine Elisabeth, déploie un jeu sûr et plein de maturité, notamment dans une Sonate n°28 op.101 de toute en nuances.

Enfin, nous retenons aussi l’étonnante performance de la pianiste malaisienne Magdalene Ho. La lauréate 2023 du Concours international Clara Haskil a proposé en effet un programme enchaînant deux œuvres que tout oppose. Tout d’abord le sommet de « zénitude » que représente Le Palais de Mari de . Vingt minutes d’une invitation au silence où le maître du minimalisme emporte l’auditeur dans une longue méditation intérieure. Un moment hors du temps où le moindre grincement de fauteuil apparaît comme une agression… Contraste total ensuite avec la fantasque grande Humoreske op. 20 de , vaste pièce de près de 30 minutes où se succèdent toutes les couleurs des sentiments. Il faut une maîtrise confondante et une concentration hors norme pour passer d’un univers à l’autre. Magdalene Ho est visiblement habitée par la musique. Ainsi mis en regard, Feldman et Schumann sont deux facettes opposées et fascinantes d’une même personnalité. Elle n’a que 19 ans et nous a littéralement renversé.

Crédit photographique : © OnL

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Lille Piano(s) Festival. 12, 13 et 14-VI-2026. Près de 40 concerts : Vincent Dubois (orgue). Paul Ley (piano) avec l’Orchestre national de Lille, dir. Joshua Weilerstein (Gershwin). Wajdi Riahi trio (jazz). Roger Muraro (Liszt, Messiaen). Guillaume Coppola (Satie, Clementi). Ensemble Les Illuminations (Bach, Louati). Büsra Kayikçi (piano et électroacoustique). Sugita père et fils. Vadym Kholodenko (Berlioz/Liszt). Aleksandra Dzenisenia (cymbalum). Classe des musiques amplifiées de l’ESMD. Arseni Moon (Glass, Brahms, Chopin). Vanessa Wagner (Glass). Risa Toho (orgue). Nai Barghouti Quartet (musiques du monde). Edouard Ferlet (hommage à Keith Jarret). Yakir Arbib (jazz). Saskia Giorgini (Bonis, Beach, Enescu, Ravel, Debussy). Béatrice Berrut (Debussy, Berrut, Williams, Dukas). Jean-Michel Bernard (musiques de cinéma). Andreï Leshkin (Vine, Escaich, Debussy, Stravinsky). Zeyu Shen (Lindberg, Messiaen, Ravel, Mozart). Magdalene Ho (Feldman, Chin, Schumann). Félicien Brut (accordéon). Mirabelle Kajenjeri (Schamo, Escaich, Beethoven, Chopin). Clélya Abraham Quartet (jazz). Denis Comtet et Brayaha Cesin (trompette et orgue). Leo Gevisser (Rameau, Gevisser, Mozart, Grieg, Cage). Marie-Ange Nguci, Orchestre national de Lille, dir. Jean-Claude Casadesus (Rachmaninov).

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