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Le Requiem sans voix de Hans Werner Henze à la Cité de la Musique

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris . Cité de la Musique, Salle des concerts. 16-II-2018. Hans Werner Henze (1926-2012) : Requiem, neuf concertos spirituels pour piano solo, trompette concertante et orchestre. Clément Saunier, trompette ; Sébastien Vichard, piano ; Ensemble Intercontemporain ; direction Matthias Pintscher

henze-chefRarement donné en France, le Requiem de est à l’affiche de l’ qui l’avait déjà donné en 1996 sous la baguette de Jonathan Nott. À la direction ce soir, rend un vibrant hommage à celui qui fut son professeur.

Compositeur allemand né en 1926, Henze rejoint les avant-gardes sériels à Darmstadt, dans les années 1950, mais son goût pour l’opéra (une vingtaine inscrits à son catalogue !) l’engage dans une voie plus solitaire et moins radicale. Décédé en 2012, Henze habitait l’Italie depuis 1953 et menait, en marge de la composition, une activité de chef d’orchestre, de pédagogue et de responsable d’institutions.

Son Requiem (1991-93) est écrit in memoriam Michael Vyner, le directeur du London Sinfonietta décédé prématurément en 1989. Il est dédié « à tous ceux qui sont morts avant l’heure et dont les souffrances et l’agonie endeuillent ma musique » souligne le compositeur. Mais cette Messe des morts est sans voix, « une façon d’ouvrir le champ d’utilisation du Requiem » pour Henze qui souhaite écrire une œuvre « laïque et multiculturelle ».

Si le titre des parties, excepté l‘Ave verum, sont ceux du Requiem, Henze n’en respecte pas l’ordre liturgique, distribuant à sa guise ce qu’il nomme ces neuf Concertos spirituels, dans la mesure où il intègre un soliste (le piano ou la trompette) dans chacun des mouvements. Ils ont pratiquement tous été créés séparément, sauf le Tuba mirum qui attendit la date du 24 février 1993, celle de la création de l’intégralité du cycle, à Cologne sous la direction d’Ingo Metzmacher.

Il est plus sage d’oublier le texte de la liturgie, du moment qu’il n’y est pas, même si la dramaturgie est toujours latente (Dies irae, Lux aeterna) au sein d’une trajectoire étrange et fantasque charriant un discours qui louvoie entre grammaire sérielle et lyrisme bergien. Le piano ( remplaçant au pied levé Dimitri Vassilakis blessé) assume son rôle de soliste dans les quatre premières parties, Introitus, Dies Irae, Ave verum et Lux aeterna. Il prend ses distances avec un orchestre souvent éruptif (présence de deux saxophones, percussions, clarinette basse et contrebasse…), au souffle expressionniste. La trompette est sur le devant de la scène – infaillible – dans le Rex tremendae, une commande faite au compositeur pour le sixième anniversaire du Suntory Hall : une musique de circonstance donc, plus festive que dramatique, dont la partie plus qu’exigeante du soliste avait été pensée pour le virtuose suédois Håkan Hardenberger qui en est le créateur. Curieusement, l’Agnus dei (cordes et piano) est placé au centre du Dies irae et semble servir de sas entre les deux parties les plus explosives du Requiem. De fait, le Tuba mirum qui lui succède est une fanfare débridée, presque parodique, avec cymbale et grosse caisse et un piano fou qui fonctionne en boucles, comme dans la scène de cabaret du Wozzeck, après la mort de Marie. Le Lacrymosa et le Sanctus constituent l’acmé bruyante et la fin du Requiem. Si les deux solistes y sont réunis dans un même esprit concertant (ils auront chacun leur cadence), deux trompettes spatialisées épaulent dans le dernier mouvement. Il débute aux cordes seules, à la manière d’un grand adagio mahlérien avant l’arrivée de l’orchestre et des trois trompettes clamant in fine une sorte de choral funèbre, au sein d’un maelström orchestral dont l’arrêt cut est surprenant.

L’œuvre est étrange et composite. L’écriture l’est aussi, que l’on pourrait rapprocher de la technique de composition pluraliste d’un Zimmermann, incluant références multiples et citations, voire second degré de la part de Henze qui aimait se définir comme un « athée éclairé ». De son geste virtuose en phase avec ses interprètes, communique l’urgence expressive et le débordement généreux de ce Requiem aux goûts mêlés, « une preuve d’amour fraternelle » comme aimait la considérer .

Crédit photographique : Hans Werner Henze © INTERFOTO / Alamy Banque D’Images

Lire aussi : L’entretien avec Hans Werner Henze à l’occasion du festival Présences 2003

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