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Dusapin, Onfray, Vanessa Wagner, pensées d’une rare intensité

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Pascal Dusapin (né en 1955) : musique et photographies. Etudes pour piano. Vanessa Wagner, piano. 23 photographies en noir et blanc inédites. Michel Onfray : Les modalités de l’immatériel. Textes traduits en anglais par Jonathan Sly. Crédits photographiques : Pascal Dusapin. Conception graphique : Christel Fontes. Musicales Actes Sud, 2012. Enregistré les 2 et 3 mai 2012, chapelle Saint-Martin du Méjan, Arles. ISBN : 3149028009927. 69p.

 

Forme, flux, trace, paradoxe, blocs comptent parmi les mots clefs des textes de (Composer, musique, paradoxe, flux, tel est le titre de sa conférence inaugurale prononcée au Collège de France (2006) ; ajoutons La forme pense donc je pense (conférence n° 3) et nous avons l’essentiel, immuable, de la genèse des œuvres musicales mais aussi de ce recueil de photographies précédant ici les Etudes pour piano (1999). Notre regard et notre écoute s’éclairent grâce au rapprochement des œuvres qui s’appellent et se recréent différemment au contact l’une de l’autre. La perfection règne, installe le calme tout en suscitant l’émulation de l’imaginaire.

Les photographies représentent un choix  parmi des centaines de clichés pris par l’artiste entre 1995 et 2007, à Paris, Strasbourg, New York, Lalanne et Saint-Jean-de-Luz notamment. Paradoxe ce livre est muet, le livre du silence qui regarde, comme les Etudes proposent des pages d’images d’un paysage intérieur qui se laisse entendre, l’un et l’autre langages se situant au plus près de l’émotion. Unique exigence de la beauté formelle née du geste dans  le détachement du temps et de l’espace, comme le chante le poème de Maître Eckhart, Granum sinopsis, qui inaugure le  Requiem .

Cela en complète opposition au texte de  déclarant « l’homme qui compose fait rendre gorge au temps », tandis que « le photographe des grandes mégapoles [passons sur le pléonasme], cherche à soumettre l’espace ». Pourtant, l’artiste s’en explique avec insistance, « aucune des démonstrations spatio-temorelles du philosophe ne convient à la musique ». Elle s’écrit non avec du temps mais avec des durées, des blocs de durée qui se métamorphosent à l’infini. Il en est de même pour l’espace : la parenté de l’agencement des sons avec l’architecture et la géométrie fascine et féconde son imaginaire  de photographe. La science du Nombre qui fonde la pensée créatrice occidentale s’impose à lui comme le nombre 8 construit le poème de Maître Eckhart.  Le nombre parfait 7  est celui des sept Etudes pour piano comme des Sept pièces pour orchestre (écho aux Sept paroles du Chris en Croix de Haydn ?).

De même revient plusieurs fois la perfection du rectangle constitué d’un double carré, utilisé dans l’architecture, au Moyen Age, pour les nefs des églises. On le trouve dessinant un pavement  barré par un bloc droit ou oblique écrasant impitoyablement cette perfection (2 et 8), les justes proportions des fenêtres  à côté d’objets informes (3 et 4).

Les paysages s’écoutent :  les vagues de la mer telles des strates sonores à Saint-Jean-de-Luz ; un couple y est rejeté aux limites du cadre,  minuscules figures de marcheurs prêtes à disparaître à l’horizon (14), comme part l’être aimé. La lumière ne peut  rayonner  sous des pressions qui font obstacles, lumière volée comme la lettre volée d’Edgar Poe (22) une mouette traverse le ciel comme un rythme et on se souvient de Regard du sourd de Bob Wilson (16). Les trois fenêtres sombres dans la nuit, doucement ombragée, au bord de quelle enfance, de quelle solitude (15) qui laissent, en tous cas, au bord des larmes, et la dernière, splendide, polyphonie tendre de feuillages dansant au printemps, dont on retrouve un détail dans le portrait de l’artiste signé Marthe Lemelle.  Livre de formes, livre de questions, livre du moi.

Les Etudes parlent le langage de ces pages, intensément. Deux textes face à face  se révélant l’un à l’autre. La musique dit la souffrance,  dans un cycle allant de l’errance solitaire et secrète de la première, évoquant Des pas sur la neige de Debussy, aux angoisses, ludiques de la quatrième, au cataclysme de la sixième  et à l’apaisement de la dernière. Les jouer séparément en brise la durée intérieure, les tue. A notre connaissance, est la seule à  avoir saisi la charge émotionnelle de chaque note, de chaque silence, avec retenue, loin de tout effet, de toute dramatisation, Avec une maîtrise absolue, elle épouse le texte qu’elle transfigure. L’unique idée, l’unique trait du pinceau. Une beauté qui ne peut vieillir. Des exemples musicaux seraient mieux venus que l’introduction de  : mais la partition, peu onéreuse, se trouve aisément.

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Pascal Dusapin (né en 1955) : musique et photographies. Etudes pour piano. Vanessa Wagner, piano. 23 photographies en noir et blanc inédites. Michel Onfray : Les modalités de l’immatériel. Textes traduits en anglais par Jonathan Sly. Crédits photographiques : Pascal Dusapin. Conception graphique : Christel Fontes. Musicales Actes Sud, 2012. Enregistré les 2 et 3 mai 2012, chapelle Saint-Martin du Méjan, Arles. ISBN : 3149028009927. 69p.

 
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