Avec John Eliot Gardiner, Bach en majesté à la Philharmonie de Luxembourg
Trois belles cantates du cantor de Leipzig, interprétées par les musiciens du Constellation Choir & Orchestra, donnent un programme cohérent et original, avec une belle unité thématique et chronologique.

Le programme est riche et fourni, d’une durée de près de deux heures et demie de musique, pour un concert essentiellement consacré à trois grandes cantates de Johann Sebastian Bach, avec quelques pas de côté pour mettre en regard de belles et courtes pages de deux grand aînés, Johann Hermann Schein et Heinrich Schütz. Unité thématique sur la célébration de Dieu en ces temps troubles, avec un fil chronologique couvrant plus d’un siècle d’histoire de la musique, les trois cantates retenues appartiennent d’ailleurs à des périodes différentes de la vie du grand cantor.
Celle donnée en début de programme, « Christ lag in Todes Banden », ainsi que l’Actus Tragicus, datent de la période où Bach était jeune organiste à Mühlhausen, la suivante, « Ich hatte viel Bekümmernis », remontant aux années où le compositeur était employé à Weimar. La cantate « Wachet auf, ruft uns die Stimme », œuvre de la maturité, a quant à elle été composée quand Bach occupait le poste de cantor à Leipzig. Superbe montée en puissance, donc, avec un programme amoureusement et généreusement construit, servi par des interprètes chevronné.

Nul ne saurait aujourd’hui contester la maîtrise absolue de Sir John Eliot Gardiner sur l’œuvre de Johann Sebastian Bach. La manière dont le chef britannique construit les volumes sonores, quitte à confier au chœur, comme il le fait pour les œuvres de jeunesse, des parties de solistes, force le respect et l’admiration. Gardiner se montre également innovant voire audacieux dans ses choix rythmiques, n’hésitant pas à réclamer de ses choristes un chant haché et saccadé, à la limite de l’artificiel, comme il le fait pour l’introduction du chœur de « Christ lag in Todes Banden ». Les chanteurs du Constellation Choir, ensemble vocal riche de dix-huit voix d’une précision d’articulation digne d’une horlogerie suisse, sont évidemment à la hauteur de la situation. La perfection de leur intonation, la justesse de leurs attaques, la beauté de leur ligne impressionnent à tout moment, tout particulièrement dans les chants de Schütz et de Schein, sobrement accompagnés d’un unique violoncelle. De cet ensemble choral sont issus la totalité des solistes vocaux. Quelques faiblesses à noter du côté des ténors, seul Jonathan Hanley disposant d’une émission fluide et naturelle à côté de deux collègues souffrant d’un chant quelque peu étranglé. Jolie prestation de la part d’Iris Korfker, plus soprano 2 qu’alto mais juste dans les parties solistes qui lui sont confiées. Que du bonheur avec la voix de basse d’Alex Ashworth, qui par son admirable legato nous ouvre dans son arioso de l’Actus Tragicus les portes du paradis. La soprano Marie Luise Werneburg, au chant à la pureté désincarnée, possède tout l’angélisme requis pour la plupart de ses interventions. Peut-être aurait-on pu souhaiter, étant donné la nature éminemment érotique du texte, un peu plus de pulpe et de chair pour la cantate « Wachet auf ». Admirables prestations des instruments solistes, avec notamment, pour n’en citer que quelques uns, le violon d’Alice Piérot, le hautbois de Michal Nieseman ou le basson de Györgyi Farkas.
La soirée est saluée par une foule enthousiaste, laquelle réserve aux musiciens une ovation debout dès les dernières notes du concert. En guise de bis, le dernier mouvement de « Ich hatte viel Bekümmernis » est l’occasion de réentendre pour quelques mesures l’excellent trio de trompettistes convoqué dans cette superbe cantate.








