Éditos

Une stratégie d’enregistrements ?

 

Deux évènements sont au centre de cet éditorial. Ce mois de janvier a vu une polémique se diffuser sur le  web musical anglo-saxon. Un observateur a  fait remarquer qu’un récent enregistrement de la Symphonie n°5 de Tchaïkovski sous la baguette du charismatique et de ses philharmonistes de l’Arctique était référencé comme le 158e enregistrement de l’histoire au disque de cette œuvre. Selon ces commentateurs, la question était donc : est-ce que l’on a besoin d’un 158e enregistrement de ce tube symphonique ? Par ailleurs, nous avons appris le décès du chef d’orchestre allemand  Gerd Albrecht. Peu connu du grand public, ce chef était l’auteur d’une discographie considérable, essentiellement composée de premières mondiales d’opéras ou de symphonies rares qu’il avait redécouvertes : Gurlit, Sphor, Zemlinsky, Busoni, Schreker, Hindemith, Ulmann, Reger, Korngold.

Dès lors, comment des artistes peuvent-t-il construire, en 2014, une stratégie d’enregistrements ? Contrairement aux bases de l’économie, la crise du marché du disque n’a pas débouché sur une baisse des parutions. Bien au contraire, on constate que le flot ininterrompu des publications ne cesse de croitre. Artistes, ensembles de musique de chambre, orchestres et même opéras se sont lancés dans l’aventure de labels indépendants, plus ou moins autoproduits, qui viennent se joindre au fleuve des publications des labels établis. Dès lors, difficile de sortir du lot. D’autant plus que les exigences sont redoutables. Les critiques, blasés par les sempiternelles redites, seront sensibles à la redécouverte des répertoires rares. A l’inverse, les acteurs de la programmation et de la production seront attentifs à jauger les artistes dans le cœur de répertoire solide et bien connu, afin de ne pas risquer une mévente ou une erreur de casting dans notre contexte budgétaire et financier étriqué.

Bien évidemment, nous pestons souvent à la redécouverte d’albums, souvent peu originaux ou bien centrés sur quelques tubes ressassés au-delà du  raisonnable. Mais à l’inverse du courant dominant, il nous semble important que les artistes de ce XXIe siècle se confrontent aux bases du répertoire. Il est complètement légitime que , découvreur hors pair de partitions, souhaite montrer au monde que son orchestre norvégien des zones polaires, est une phalange de haut niveau.

Mais ce dont le monde musical a besoin, c’est d’une stratégie réfléchie. Désormais, la diversité des supports et des modes de connexions des mélomanes permet de varier, en fonction des besoins et des publics visés, les moyens mis en œuvre. L’orchestre philharmonique de New-York et son chef l’avaient bien compris en alternant enregistrements traditionnels au fini technique irréprochable  (Nielsen ou Lindberg) avec des parutions de bandes de concerts, uniquement sur les plates formes de téléchargement.   On constatera également que le chef d’orchestre vivant le plus primé (et l’un des plus vendeurs) n’est pas une star ou un jeune cador, mais le solide  polonais Antoni Wit, dont les disques Naxos alternent des tubes et des raretés.

 
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