Revival Vandekeybus à la Philharmonie de Paris avec l’Intercontemporain
Près de 40 ans après sa création, Wim Vandekeybus et l’Ensemble intercontemporain font revivre en version augmentée à la Philharmonie de Paris la première pièce de la compagnie Ultima Vez : What the body does not remember.
À Bruxelles à la fin des années 80 régnait une effervescence artistique digne de la Judson Church. Anne Teresa De Keersmaeker commençait à s’installer dans le paysage avec ses danseuses, sur des musiques de minimalistes américains ou de Thierry De Mey, le frère de la danseuse Michèle Anne De Mey. Un peu partout, après Jan Fabre, des « angry young men » commençaient à éclore et à élaborer une écriture de danse instinctive et brutale, basée sur l’énergie, le rythme et le risque. Wim Vandekeybus est de ceux-là.
What the body does not remember est un concert de danse d’une dizaine de morceaux de musique contemporaine signée Thierry De Mey et Peter Vermeersch, dont certains sont inédits et créés à l’occasion de ce Revival. La danse de Wim Vandekeybus a, de ce fait, été augmentée aussi avec des tableaux inédits et une toute nouvelle distribution pour cette reprise.
Le premier tableau, Hands, qui ouvre le spectacle, met en scène deux hommes qui se roulent sur le sol et font la planche dans une chorégraphie très physique et puissante, d’évitement où les mains servent d’appui et de ressort. Avec la danseuse et percussionniste, dont les mains font une chorégraphie, il devient de fait un trio avec la toute première « musique de table » de Thierry De Mey.
Le deuxième tableau est l’un des plus connus, Stone, avec ces briques de calcaire légères et friables, qui servent à tracer un chemin ou que l’on lance très haut comme au jeu de ballon. Le principe est de les éviter, ce qui conduit à des déplacements vifs et rapides des danseurs, et des changements de direction soudains et énergiques soutenus et encouragés par la musique très tonique de Peter Vermeersch pour ensemble.
Le troisième tableau, Towels sur une pièce pour deux pianos du même compositeur, est le prétexte à une marche continue, pendant laquelle les interprètes échangent des vestes ou des serviettes de bain (towels en anglais) avec beaucoup d’humour et de malice. Celles-ci sont d’ailleurs utilisées astucieusement pour nettoyer la poussière du plateau.
La dramaturgie est intelligible et les transitions d’une pièce à l’autre se font avec fluidité et audace. C’est pourquoi la quatrième pièce, introduite dans le spectacle à l’occasion de ce Revival, est une création de Thierry De Mey, pour violon solo et clavier Midi. La soliste est installée avec un pupitre au milieu des danseurs figés, qui s’échappent un par un pour danser un solo d’une grande musicalité.
Pour la cinquième pièce, Frisking, l’Ensemble Intercontemporain se place sur une estrade au-dessus de la scène, laissant le champ entièrement libre aux danseurs sur le plateau. C’est une sublime pièce pour 11 percussionnistes, reprise ici dans la version jouée en 1990 par l’Ensemble Ictus pour Le Poids de la main. En contrebas, les danseurs se lancent dans quatre duos homme femmes, qui évoquent des relations de couple parfois brutales, que l’on ne représenterait plus ainsi sur scène aujourd’hui.
La sixième pièce, toujours de Thierry De Mey, est un portrait de groupe avec chaise où les danseurs prennent la pose pour une photo de famille, d’où le titre Poses. Très ludique et vive, cette pièce qui alterne perspective horizontale et perspective verticale, se croise d’un véritable jeu de chaises musicales. Autre ajout à la version originale de What the body does not remember, un Postlude pour violoncelle solo et une frise de danseur en ombre chinoise pour une séquence plus classique, somme toute.
La huitième et dernière pièce, Empreinte, est une création de Thierry de Mey, qui souhaitait profiter de la collaboration avec l’Ensemble intercontemporain pour composer une pièce savante pour 10 percussions, dont 3 clarinettes, saxophone, trombone et contrebasse. Il estimait que diffuser une bande de musique électronique « artisanale » des années 80 alors qu’il disposait de ces musiciens d’exception était dommage. Il a donc réécrit le finale en conservant les points d’appui rythmiques dont ont besoin les danseurs pour la chorégraphie de stamping, où le principe est de retirer sa main ou son pied au moment où l’on va être piétiné. Sur le plateau, on revient aux lignes lumineuses de la première pièce mais avec toute la compagnie. C’est une pièce très énergique, mais comme policée par la musique savante et virtuose de percussions.
Au moment des rappels, en guise de bis, trois des percussionnistes interprètent les Musiques de table de Thierry De Mey, beau mélange entre musique et chorégraphie jouée au plus près des spectateurs et symbole de cette très belle soirée de rencontre fusionnelle entre danse et musique.
Crédits photographiques © Danny Willems
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