Helena Juntunen, star absolue de La Ville morte à Nancy

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 21-IV-2015. Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Die tote Stadt, opéra en trois tableaux sur un livret de Paul Schott, d’après le roman Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach. Mise en scène : Philipp Himmelmann. Décors : Raimund Bauer. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Gérard Cleven. Vidéo : Martin Eidenberger. Maquillage et coiffure : Elise Kobisch-Miana. Avec : Daniel Kirch, Paul ; Helena Juntunen, Marietta / Marie ; Allen Boxer, Franck ; Maria Riccarda Wesseling, Brigitta ; John Chest, Fritz ; Alexander Sprague, Victorin / Gaston ; Elisa Cenni, Juliette ; Albane Carrère, Lucienne ; Rémi Mathieu, Comte Albert. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Elèves du Conservatoire régional du Grand Nancy (chef de chœur : Marguerite Adamczewski), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Thomas Rösner.

villemorte-63881@Jef Rabillon

L’Opéra national de Lorraine a eu la bonne idée de reprendre sa belle production de La Ville morte de Korngold. y réitère son triomphe de 2010 dans le rôle de Marietta.

Ceux qui ont manqué la première série de représentations à Nancy en 2010 et à Nantes en mars de cette année devraient profiter de l’opportunité. Les occasions de voir sur scène La Ville morte restent en effet bien rares alors qu’il s’agit d’un authentique chef d’œuvre du post-romantisme, dont le succès triomphal assura une renommée mondiale à son compositeur d’à peine 23 ans. Donné ici d’une traite et sans entracte, le drame y gagne en violence et en intensité.

De plus, la mise en scène de frappe toujours autant par l’intelligence de sa lecture comme par la précision de sa réalisation. Paul, le veuf inconsolable, et Marietta, la danseuse dans laquelle il imagine retrouver son épouse disparue, évoluent sans se croiser dans des univers parallèles, matérialisés par les cases juxtaposées et identiques de l’imposant dispositif scénique conçu par Raimund Bauer, mais inter-réagissent à distance et en permanence. Car toute l’histoire ou presque n’est qu’un rêve issu de l’univers mental et dépressif de Paul. Même Franck, l’ami indéfectible, même Brigitta, la servante fidèle, apparaîtront toujours isolés et comme fantomatiques dans leur solitude. L’entrée des comparses de Marietta au deuxième acte est de même dénuée de tout réalisme, à mi-chemin entre songe et cauchemar, entre Nuit des morts vivants et Rocky Horror Picture Show. Et lorsqu’à la fin du premier acte Paul croit voir s’animer le portrait de sa femme Marie et entendre sa voix, la vidéo de Martin Eidenberger a conservé toute sa magie et fait toujours très forte impression.

La troisième raison de courir à cette reprise s’appelle , seul élément conservé de la distribution d’origine. On reste stupéfait et admiratif devant la force vitale, l’énergie déployée par la soprano finlandaise qui use sans compter et sans fatigue apparente de ses talents de danseuse émérite comme de comédienne accomplie pour parfaire le portrait d’une Marietta follement aguichante et d’une sensualité torride. L’interprétation vocale est tout aussi superlative, puissante sans jamais crier, intense et engagée mais toujours avec contrôle, goût et mesure et ces aigus charnus qui transpercent sans effort l’imposant mur orchestral. Dans le rôle vocalement terrifiant de Paul, a pour lui une puissance confortable et une belle capacité d’endurance. Si l’aigu est parfois douloureux ou escamoté, s’il s’y réfugie parfois dans le cri ou le Sprechgesang, il gère avec efficacité ces limites et parvient au terme du spectacle avec suffisamment de fraîcheur pour délivrer un monologue final vigoureux et investi. En Brigitta, offre son mezzo soyeux et envoûtant tandis qu’à la tête d’une troupe d’acolytes parfaitement appariés, incarne un Fritz/Pierrot impeccablement sonore et poétique. De gabarit vocal plus modeste, souvent couvert par l’orchestre, le Franck d’ s’avère moins marquant.

A la tête d’un pléthorique et presque à l’étroit dans sa fosse, exalte magnifiquement toute la luxuriance post-romantique voire la touffeur de l’orchestration de Korngold. Mais sa générosité le pousse parfois à charger le trait, n’évitant pas quelques tutti au son trop compact, quelques pompiérismes ou quelques lourdeurs dans la scansion rythmique.

villemorte-61879@Jef Rabillon

Crédit phographique : Jef Rabillon

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