Livestream, Musique symphonique

Boulez et ses pairs par l’Orchestre de Paris

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Paris. Philharmonie Grande salle Pierre Boulez. 21-I-2021. Pierre Boulez (1925-2016) : Initiale pour sept cuivres ; Le soleil des eaux pour soprano, chœur et orchestre ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Les offrandes oubliées pour orchestre ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Christel Loestzch, mezzo-soprano ; Pierre-Laurent Aimard, piano ; chœur Accentus; Orchestre de Paris, direction Klaus Mäkelä
Concert sans public filmé en direct et diffusé sur le site Philharmonie Live

Retenu aux États-Unis en raison des contraintes sanitaires, le chef Ludovic Morlot est remplacé au pied levé par , le très jeune et nouveau directeur musical de l’ pour ce concert inscrit dans la Biennale et retransmis sur nos écrans. Deux œuvres du « maître de Montbrison » dialoguent avec Ravel, Debussy et .


Place aux cuivres d’abord avec Initiale, une pièce courte (5′), rarement donnée, de qu’il compose pour les États-Unis en 1987. Les instruments, deux trombones, deux cors et deux trompettes, sont distribués symétriquement autour du tuba, permettant des effets d’écho et de spatialisation qu’aime envisager le compositeur de Répons. Voilà une superbe entrée en matière, virtuose et bien sonnante dans l’espace de la Philharmonie. L’orchestre, au complet cette fois, enchaîne avec Les offrandes oubliées d’. Le compositeur a vingt-deux ans lorsqu’il écrit cette « Méditation symphonique » en trois volets dont Mäkelä accuse les contrastes. La partie centrale, avec les sifflements stridents des cordes en harmoniques est presque violente sous sa baguette alerte. Elle s’oppose au temps suspendu des deux autres parties, plages d’un extrême raffinement laissant apprécier la beauté des cordes vibratiles, seules dans l’extatique finale où passe l’émotion.

Elle est présente également dans le Concerto pour la main gauche de invitant au piano un qui donne de sa personne dans l’interprétation de cette œuvre éminemment dramatique et envoûtante qu’aimait diriger Pierre Boulez. En dépit d’un début qui manque un rien de mystère sous la direction analytique du chef, l’orchestre aux sonorités somptueuses et les interventions solistes d’une profondeur étonnante installent ce climat fiévreux et presque angoissé qui culmine dans une seconde partie d’une frénésie démoniaque sous les doigts de notre pianiste.

C’est la version de 1968 (la quatrième !) pour soprano, chœur mixte et orchestre du Soleil des eaux de Boulez qui est donnée ce soir. Le diptyque – La Complainte du Lézard amoureux et La Sorgue – écrit sur des poèmes de René Char, est assez peu entendu sur la scène aujourd’hui étant donné le dispositif instrumental exigeant (avec trois harpes) et la difficulté d’une partie vocale (soliste et chœur) traitée sériellement. La mezzo allemande Christel Loestzch qui nous avait comblés dans Penthésilea de Pascal Dusapin sur cette même scène en novembre dernier, peine à se faire comprendre en français et n’a pas, dans son registre impressionnant de mezzo, l’agilité vocale souhaitée pour cette première partie où elle alterne avec l’orchestre. La seconde est plus vigoureuse et fait intervenir le chœur sans que l’on sente une véritable cohérence entre les forces en présence, malgré le bel engagement des voix d’.

Au répertoire du chef et de l’orchestre, La Mer, trois esquisses symphoniques de , termine la soirée. en donne une interprétation souple et mouvante, en phase avec un orchestre qui fait preuve des mêmes qualités que dans le film Quinte et Sens (à voir et revoir sur le site d’Arte) dont il est le héros : luxuriance des cordes, séduction des bois, alchimie des timbres et polychromie de l’ensemble. Le troisième volet, Dialogue du vent et de la mer, avec ce souffle menaçant qui monte en puissance, est un des instants les plus intenses de la soirée.

Crédits photographiques : © Cédric Alet / Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie Grande salle Pierre Boulez. 21-I-2021. Pierre Boulez (1925-2016) : Initiale pour sept cuivres ; Le soleil des eaux pour soprano, chœur et orchestre ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Les offrandes oubliées pour orchestre ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Christel Loestzch, mezzo-soprano ; Pierre-Laurent Aimard, piano ; chœur Accentus; Orchestre de Paris, direction Klaus Mäkelä
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