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Respirer l’obscur de la terre avec Laurent Cuniot

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Le chant de la Terre d’aujourd’hui. Laurent Cuniot (né en 1957) : Le chant de la terre, pour mezzo-soprano, ténor et seize instruments. Pauline Sikirdji, mezzo-soprano ; Benjamin Alunni, ténor ; Ensemble TM+, direction : Laurent Cuniot. CD L’Empreinte digitale. Enregistré le 29 mars 2024 au Théâtre National de Nice. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 66:00

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Ni réécriture, ni citation nostalgique : c'est un « Chant de la terre » d'aujourd'hui, un regard contemporain sur la fragilité du monde que veut porter le compositeur à travers les textes choisis par Mahler qu'il traduit en français et auxquels il associe deux poèmes de .

Dédié à son commanditaire pour le Printemps des arts de Monaco où l'œuvre a été créée en 2024, Le Chant de la terre de Cuniot convoque un ténor () et une mezzo-soprano () au côté de seize instruments, l' dirigé par le compositeur.

Dramaturgie sonore

Temps, espace et timbre se mesurent dans le Prologue instrumental, musique d'attente (elle reviendra dans les deux « passages » ménagés avant ou après les poèmes de Rilke) qui libère avec d'autant plus de force l'énergie qui traverse la Chanson à boire de la douleur de la terre. La voix du ténor est au centre de l'ensemble instrumental qui en répercute l'élan et en commente généreusement le propos. La polyphonie est dense, les couleurs profuses et l'écriture ciselée, aux profils microtonaux. Comme Mahler, Cuniot isole le refrain dans un temps autre et une écriture solistique qui met en vedette le cor anglais. On reconnait dans Solitaire en automne confié à la mezzo-soprano le geste ample au profil escarpé d'une ligne vocale chère au compositeur qu'il fait osciller dans les aigus. Les ressources rythmiques (slaps, pizz, phrasé jazzy) et timbales (piccolo et hautbois insolents) de l'écriture instrumentale sont déployées dans De la jeunesse. La partie de ténor perchée dans les aigus qui oblige le chanteur à passer en voix de tête est un rien acrobatique. Harpe et vibraphone entretiennent le cours fluide de l'écriture dans De la beauté où alternent à part égale le chant de la mezzo et les commentaires instrumentaux avant l'arrivée du ténor et l'épisode des chevaux que Cuniot traduit de manière quasi figuraliste. Ténor et mezzo-soprano chantent en alternance L'Adieu dont certaines phrases (« La terre respire, emplie de calme ») gèle les harmonies de l'ensemble tandis qu'une vague instrumentale submersive concurrence à dessein la voix de la mezzo, juste avant la résonance finale.

Espace nocturne

Traduit également en français (par Gabrielle Althen et Jean-Yves Masson) et introduit par le cor anglais (timbre signature dans Le Chant de la terre de Cuniot comme l'est le hautbois chez Mahler), Un tel souffle est un long poème de Rilke extrait des « Poèmes de nuit ». Placé en deuxième position, il accuse le contraste avec la « Chanson à boire ». Le compositeur réunit les deux voix et en exerce au maximum la flexibilité et le pouvoir expressif au côté d'un ensemble concentrant peut-être les plus belles pages en termes d'alliages sonores et de finesse d'orchestration. L'invention et l'élan ne sont pas en reste dans Respire l'obscur de la terre, second poème de Rilke. Il s'origine dans le souffle, faisant la part belle aux cuivres graves et aux percussions de peaux qui servent de près les mots du texte. « Respire l'obscur de la terre et de nouveau lève les yeux », chante la mezzo après une des pages orchestrales les plus somptueuses. La ligne vocale d'une grande délicatesse est une fois encore relayée par un cor anglais presque tristanesque.

Sous la conduite du compositeur, l' darde ses plus belles couleurs au sein d'une écriture aussi exigeante que flamboyante. Pauline Skirdji et ne déméritent pas, déployant vaillance et ardeur dans un enregistrement ou l'équilibre entre les forces en présence est très justement dosé.

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Le chant de la Terre d’aujourd’hui. Laurent Cuniot (né en 1957) : Le chant de la terre, pour mezzo-soprano, ténor et seize instruments. Pauline Sikirdji, mezzo-soprano ; Benjamin Alunni, ténor ; Ensemble TM+, direction : Laurent Cuniot. CD L’Empreinte digitale. Enregistré le 29 mars 2024 au Théâtre National de Nice. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 66:00

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