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Martha Argerich, Nelson Goerner et Renaud Capuçon au 1er Festival de la Chaux-de-Fonds

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La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 07 & 08-VII-2026. Le 07 : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano à quatre mains en ré majeur, KV381. Claude Debussy (1862-1918) : Petite Suite pour piano à quatre mains, L.65. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Concertino pour deux pianos en la mineur, op. 94. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses Symphoniques pour deux pianos, op. 45. Le 08 : Johann Sebastian Bach (1685-1750) :Variations Goldberg, BWV 988, transcription pour cordes de Dmitri Sitkovetsky. Renaud Capuçon, violon ; Paul Zientara, alto ; Krzysztof Michalski, violoncelle.

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Pour sa 1ère édition, Nelson Goerner ouvre le Festival de Musique de la Chaux-de-Fonds à quatre mains puis à deux pianos en compagnie de la grande Martha Argerich. Le lendemain, Renaud Capuçon s’accompagne de Paul Zientara et Krzysztof Michalski pour jouer en trio les Variations Goldberg de Bach.

Ce nouveau festival est né d’une idée : celle de Nelson Goerner de profiter l’été d’une salle exceptionnelle, la Salle de Musique chargée d’histoire de la Chaux-de-Fonds, qui par le passé a déjà entendu Martha Argerich, mais plus depuis 1972. Alors pour le concert d’ouverture, complet depuis des mois, c’est un évènement de retrouver ici la grande pianiste dans un programme pour quatre mains puis deux pianos, avant de pouvoir l’écouter encore en compagnie de Nelson Goerner dans Ravel lors du concert pour enfants le samedi, puis dans Poulenc le dimanche au concert de clôture.

La Sonate pour piano à quatre mains en ré majeur, K. 381 de Mozart ouvre le bal Suisse, avec Martha Argerich sur la partie grave et Nelson Goerner à sa droite. Il faut un peu de temps au duo pour se trouver dans le premier mouvement, d’autant qu’un seul peut gérer les pédales, en l’occurrence elle, d’une pédalisation particulièrement rapide, encore plus identifiable ensuite dans la Petite suite L.65 de Debussy. Mais nous sommes face à deux très grands artistes et jamais il n’y a risque de rupture. C’est même plutôt l’inverse, les deux semblant avoir tout à fait trouvé leurs marques au finale de la sonate mozartienne, avec une Argerich qui n’hésite plus à frapper le clavier pour dynamiser cet Allegro molto.

Les couleurs debussystes permettent ensuite de marquer la différence d’approche entre elle et lui, dans un voyage sonore passionnant dès le premier morceau, En bateau, où, là encore, Argerich tient les pédales, bien qu’elle soit passé de l’autre côté du clavier. Ces pièces de Fêtes galantes d’après Verlaine s’illuminent toujours plus au Cortège, qui déclenche de festifs applaudissements, même s’il reste le Menuet et le Ballet de la suite à jouer. Le premier est d’une splendeur particulière sous les doigtés éclairés de magie d’Argerich, avec un thème principal bien repris par Goerner.

Le Concertino pour deux pianos en la mineur, op. 94 de Chostakovitch est l’occasion de passer à deux pianos, elle restant sur celui de jardin où se jouaient les premières pièces, lui prenant celui de cour. Cette interprétation retrouve la vigueur entendue lors de l’hommage à Pollini en 2024 à Paris, mais démontre un surplus de liberté chez Martha Argerich par rapport aux pièces à quatre mains, bien qu’elle exprime de manière légèrement agacée à sa tourneuse de page quand bien se préparer à tourner. Dans l’aigreur de cette partition de 1953, la gravité de la pianiste est parfaitement contrebalancée par le clavier plus léger bien que lui aussi soucieux de Goerner.

La dernière partie est le grand moment de cette soirée, avec les Danses Symphoniques op. 45 de Rachmaninov dans leur version pour deux pianos. Un petit quiproquo aura fait bouger la pianiste avant le début de la pièce, faisant rire le public dans une atmosphère détendue, et pourtant immédiatement reconcentrée dès que la musique reprend le dessus. Alors se ressent la puissance du toucher de Martha Argerich dès le motif de trois notes introductif, que Nelson Goerner s’attèle à rapidement transformer en thème. Le penchant mélancolique de l’œuvre n’est pas particulièrement traité, mais le carillon en fin de premier mouvement est imagé à merveille au clavier par le Steinway d’Argerich, d’une force parfois hallucinante dans les mains. Dans cette si belle acoustique de la Chaux-de-Fonds, les notes peuvent particulièrement se développer à l’Andante, puis briller dans les derniers instants de toute beauté du finale, Allegro Vivace. À présent parfaitement lancés, les deux artistes ne veulent plus s’arrêter et propose en bis une pièce de l’argentin Carlos Guastavino, compositeur justement programmé dans le concert choral du vendredi, puis un joyeux Scaramouche de Darius Milhaud.

Le lendemain, l’atmosphère est plus mesurée pour écouter une œuvre unique, les Variations Goldberg de Bach dans une transcription pour trio à cordes de Dmitri Sitkovetsky. Renaud Capuçon a pour l’occasion privilégié son Guarneri au Stradivarius, violon plus sobre avec lequel il introduit l’Aria, bien relayé par l’alto de Paul Zientara et le violoncelle de Krzysztof Michalski. Cette version plutôt finement transcrite n’apporte pas grand-chose au chef-d’œuvre pour clavecin, aujourd’hui surtout entendu au piano. Mais elle permet de mettre cette partition entre les mains de musiciens qui ne pourraient y toucher sinon. Et forcément, à trois, les canons gagnent une forme d’ampleur, comme à la Variation n°3, où l’on apprécie particulièrement la basse continue jouée par le violoncelle de Michalski.

Dans une approche sans doute trop romantique sous l’archet de Renaud Capuçon, la transcription ressort tout de même au fil de quatre duos, pendant lesquels alternativement l’un des trois instruments reste forcément muet. L’alto prend ainsi une belle première place à la Variation n°11. Dans cette vision, l’Andante, Canone alla Quinta (Variation 15) et encore plus l’Adagio (Variation 25) permettent de beaux instants contemplatifs. Mais l’Ouverture de la seconde partie (Variation 16) souffre d’une approche trop lissée, comme les variations suivantes, jusqu’à retrouver plus de mordant avec les pizz de la Variation 19. Pour conclure, le da capo de l’Aria est rejoué plus lentement qu’en introduction, apte à rendre les esprits apaisés pour la nuit, sans qu’aucun bis ne soit proposé après cette œuvre qui à elle seule, forme un monde.

Crédits photographiques : © Festival de Musique de la Chaux-de-Fonds

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La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 07 & 08-VII-2026. Le 07 : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano à quatre mains en ré majeur, KV381. Claude Debussy (1862-1918) : Petite Suite pour piano à quatre mains, L.65. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Concertino pour deux pianos en la mineur, op. 94. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses Symphoniques pour deux pianos, op. 45. Le 08 : Johann Sebastian Bach (1685-1750) :Variations Goldberg, BWV 988, transcription pour cordes de Dmitri Sitkovetsky. Renaud Capuçon, violon ; Paul Zientara, alto ; Krzysztof Michalski, violoncelle.

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