Lucie Antunes et Mathilde Monnier créent Silence au Festival d’Avignon
Première création danse au Festival d’Avignon 2026 avec Silence, de la chorégraphe Mathilde Monnier et la musicienne Lucie Antunes, à la carrière de Boulbon. Une rencontre intense qui associe disque et travail scénique en live.
Plus qu’un spectacle de danse, Silence est un concert performé où musiciens et danseurs ne forment qu’un seul groupe de performers interprétant la danse de Mathilde Monnier sur la musique de Lucie Antunes. Et quelle musique ! Percussionniste et musicienne hors pair, Lucie Antunes, biberonnée aux sons de Meredith Monk, compose et joue de multiples instruments (batterie, vibraphone, piano, modulaires…). Elle nous fait profiter avec générosité de son talent protéiforme qu’elle partage ici avec Mathilde Monnier.
Au cœur du projet de Silence, qui fait également l’objet d’un album enregistré dans un studio du Centquatre à Paris, la musique se retrouve naturellement au centre du spectacle, matérialisée par un espace scénique circulaire blanc et une scénographie reprenant la forme du vinyl. Une décision prise conjointement par Lucie Antunes et Mathilde Monnier qui a eu un déclic scénographique en découvrant le dispositif tri-frontal avec trois gradins de 300 places souhaité par la compagnie TG Stan qui leur succédera à la carrière. La contrainte de l’espace a également fait naître le concept chorégraphique, selon Mathilde Monnier : « C’est envoûtant de travailler sur le cercle, cela change complètement la danse, on est dans un rapport cosmique avec le ciel. » Une danse néanmoins très écrite, faite d’élans et de mouvements circulaires, pleine de circulations.
Trois musiciens et sept danseurs et danseuses prennent d’abord place au centre du cercle d’instruments pour un morceau introductif vocal et choral baptisé Silence. On sent dès cet instant que ce nous fascinera dans ce spectacle inspiré et inspirant, c’est la pluridisciplinarité des interprètes. De choristes, ils deviennent danseurs, évoluent en cercles autour du plateau dans des gestes lents et musicaux. Parfois, l’un des interprètes s’empare d’un instrument : une guitare, le piano, des percussions, d’un micro pour dire un texte de Laura Vasquez ou d’une platine pour mixer, et contribue intrinsèquement à la production musicale. Le rôle et la place de chacun se répartit intuitivement. Il n’y a pas de frontière entre la danse et la musique et ceux qui la font et la portent.
C’est une symbiose totale à laquelle on est heureux d’assister à l’heure des productions musicales aseptisées ou assistées par ordinateur. Ici, tout est live, avec quelques boucles réverbérées et de l’électronique, qui puise sa source dans l’instrumental. C’est un moment de communion parfaite et absolument contemporaine entre le ciel étoilé de la carrière de Boulbon, le public tout proche réparti sur trois gradins et les performers qui semblent jubiler intérieurement. Une lumière qui émane de Lucie Antunes elle-même, souriante, habitée et solaire, qui se nourrit d’une forme d’improvisation et d’expérimentation pour cet album joué live sur scène qui rassemble et qui apaise.

















