Le violoncelliste Nicolas Altstaedt en ex-fan des sixties
Le violoncelliste Nicolas Altstaedt consacre un disque entier à des œuvres composées pendants les années 1960. Un parcours original allant de Grażyna Bacewicz à Benjamin Britten, en passant par… les Beatles.
Nicolas Altstaedt n’était pas né dans les années 1960, années de gloire des Pierre Boulez, Iannis Xenakis, Krzysztof Penderecki, notamment, mais également période dorée de la pop music. C’est pourtant à cette décennie que le violoncelliste franco-allemand de 44 ans a décidé de consacrer son dernier disque, le violoncelle servant de « fil conducteur » à un programme d’œuvres assez hétéroclites, dont la chanson Blackbirds des Beatles donnant son titre à l’album.
Nicolas Altstaedt nous permet ainsi de redécouvrir l’extraordinaire Concerto n°2 pour violoncelle de Grażyna Bacewicz (1909-1969). Composé en 1963, alors que la compositrice polonaise s’éloignait du néoclacissisme pour s’intéresser à une forme modérée de dodécaphonisme, ce concerto est avant tout une prodigieuse leçon de couleurs orchestrales. On pourrait même considérer cette œuvre plutôt comme un concerto pour orchestre et violoncelle, tant l’instrument soliste semble parfois se fondre dans le merveilleux kaléidoscope de percussions, de bois et de cordes que déploie Grażyna Bacewicz. Nicolas Altstaedt, à la sonorité ample et claire, est tout autant le héros de ce concerto que l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise, sous la baguette précise de Maxim Emelyanychev. Que ce soit dans l’Allegro fantastico introductif, véritable étude de couleurs sonores, l’Adagio en apesanteur ou l’Allegro percussif final, cette œuvre nous transporte dans « tout un monde lointain » qu’évoquera à son tour quelques années plus tard Henri Dutilleux dans son propre concerto.
Après la densité de Bacewicz, Nicolas Altstaedt nous fait basculer dans l’épure, avec Durations II pour violoncelle et piano de Morton Feldman. Composée en 1960, cette pièce hypnotique est caractéristique du style du compositeur américain qui n’indiquait sur ses partitions que la hauteur, les nuances et le timbre des notes, laissant aux interprètes le libre choix du rythme et de la durée. Cette musique « indéterminée » abolit donc le temps. Durations II est comme une volute de fumée qui s’élève et disparaît, une musique en apesanteur comme les toiles du peintre Mark Rothko à qui Morton Feldman a rendu hommage. Nicolas Alstaedt et son partenaire Maxim Emelyanychev, cette fois au piano, interprètent avec une concentration extrême cette pièce fascinante.
Retour sur terre ensuite avec la Sonate pour violoncelle et piano de Benjamin Britten (1913-1976). Composée en 1961 à l’attention de Mstislav Rostropovitch, cette vaste partition en forme de suite à l’ancienne, est avant tout un hommage au son si impressionnant du violoncelliste russe. Nicolas Altstaedt et Maxim Emelyanychev ne prétendent pas rivaliser avec la version anthologique de « Rostro » et Britten, d’une puissance hors norme. Leur vision, fluide et précise, permet de voyager avec aisance tout au long des cinq étapes de cette Sonate, tour à tour fantasque, tragique, échevelée comme le final aux accents de chevauchée « chostakovienne ».
Nicolas Altstaedt poursuit son récital avec la méconnue Sonate pour violoncelle seul (1967) de Sándor Veress (1907-1992). Puissante partition, assez aride, cette sonate ne puise pas dans les racines hongroises du compositeur, comme celle célèbre de son compatriote Zoltan Kodaly. Beaucoup plus abstraite et théorique (à l’image d’ailleurs du texte de la notice de présentation), cette sonate confronte une multitude de discours opposés (offensif puis apaisé, péremptoire puis hésitant, fragile et éruptif), nécessitant une grande virtuosité de la part du violoncelliste. On sent Nicolas Altstaedt particulièrement engagé dans cette partition qu’il souhaite défendre depuis longtemps.
Le contraste est saisissant avec l’adorable Blackbird de Paul McCartney et John Lennon que Nicolas Alststaedt joue en conclusion de son disque en compagnie du luthiste (et chanteur pour l’occasion) Thomas Dunford. Quoi de mieux qu’une chanson des Beatles, légère et insouciante, pour conclure un disque d’une telle densité ?














