Récitals de Crebassa, Chamayou et Fournel au Festival Radio France Occitanie Montpellier
Parmi les festivals d’été actuels, celui de Radio France Occitanie Montpellier est encore l’un des seuls à faire le pari de multiples concerts chaque jour, du matin à la fin de soirée, avec un éclectisme de styles dont les récitals de musique classique, à commencer par ceux de Marianne Crebassa, Bertrand Chamayou et Jonathan Fournel.
Il faudrait pouvoir se dédoubler voire se détripler pour assister à tous les concerts de chaque journée du Festival de Montpellier, dont une grande partie est enregistrée par France Musique et disponible par la suite sur le site de la radio.
Le jeudi 9 juillet en fin d’après-midi, la veille d’une jolie classe de maître en sa compagnie, Marianne Crebassa a concocté un programme autour de L’Amour et la Vie d’une femme, titre évidemment inspiré de Frauenliebe und Leben, op. 42 de Schumann. Mais c’est par de jolies mélodies de Fauré que le récital débute, avec tout d’abord sept d’entre elles chantées avec une diction impeccable par la mezzo-soprano, en belle forme et détendue dans la Salle Pasteur presque pleine du Corum. Des applaudissements l’interrompent avant les deux, mais Alphonse Cemin au piano annonce que cette coupure impromptue est une bonne idée, tant Reflets dans l’eau et Danseuses, op. 113 n°1 et 2, sont différents par leur écriture testamentaire. Dommage que Marianne Crebassa reste ensuite le nez dans sa partition pour le chef-d’œuvre précité de Schumann, qu’on aurait voulu plus naturel et plus émouvant, même si le piano de Cemin y propose de très beaux moments sous les médium plein de chaleur de la chanteuse. Manuel de Falla et ses Siete Canciones populares españolas projettent le concert dans une autre ambiance, libérant totalement Crebassa au dernier chant – Polo – avant de la ramener à un style plus sobre pour trois pièces d’Henri Duparc. Les deux bis montrent que la mezzo avait sans doute envie de se délivrer d’un récital trop sérieux, plus lumineux dans ces derniers moments et avec Falla.
Mais il est déjà temps de quitter le Corum pour courir à l’Opéra-Comédie où nous attend Bertrand Chamayou, dans un nouveau programme avec lequel il va tourner plusieurs mois. Magistral dans la même salle en 2023 pour Les Années de Pèlerinage de Liszt, puis excellent en 2025 dans l’intégrale des pièces pour piano de Ravel (entendue à Lille et Paris), il revient cette année avec une idée plus risquée autour des Lieder ohne Worte (Chants sans mot, traduit de manière trop romantique en français par Romances sans parole) de Mendelssohn, qu’il vient d’enregistrer. Pour ne pas en faire un ensemble trop monotone, il préfère en interpréter une douzaine, qu’il distille entre Song without (good) words de Charles Ives, Fauré, une Romance de Clara Schumann, ou encore une transcription des Beatles par Toru Takemitsu. L’idée est en soi intéressante, mais cette première partie de déjà plus d’une heure, bien que très variée, manque de contraste dans le jeu de certaines pièces, plus ou moins cohérentes avec celles qui les encadrent. On préfère alors de beaucoup le début de la seconde partie de soirée, avec un passionnant jeu de variation de George Crumb dans sa pièce Eine kleine Mitternachtsmusik, titrée en référence à Mozart mais qui tire en réalité le thème varié du Round Midnight du jazzman Thelonious Monk. Avec des moyens toujours aussi exceptionnels, Chamayou fait ressortir toute la rigueur et la souplesse de son jeu dans cette partition moderne, suivie d’un court extrait de Játékok (Jeux) du compositeur centenaire György Kurtág. La Wanderer-Fantaisie de Schubert qui conclut le récital est alors presque de trop, facile à jouer pour un pianiste qu’aucune pièce ne semble pouvoir arrêter, mais manquant de la magie et du caractère retrouvée dans les interprétations les plus inspirées.
Le lendemain, c’est au tour de Jonathan Fournel de se retrouver sur la même scène devant le Steinway. Et si l’on a à nouveau affaire à un pianiste de caractère, nous restons globalement à distance de la Sonate n°31 op. 110 de Beethoven, avec un premier mouvement expressif mais limité par des graves brouillons (en partie à cause de l’accordage du piano), puis trop surfaite dans un Allegro molto peu émotionnel. Le finale apporte tout de même une forme de fougue captant l’attention, maintenue dans l’Andante spianato et Grande Polonaise brillante de Chopin puis reperdue dans les Contes de Fées de Medtner, quelque peu incongrus dans ce programme. En revanche, la Sonate en si mineur, S. 178 de Liszt est introduite avec de passionnants contrastes, qui démontrent la personnalité très particulière de Fournel, passionnant pendant tout le reste de l’œuvre, dans une salle ultraconcentrée face à une telle prestation, malgré la grande difficulté de cette partition, même pour l’auditeur.
Le jour suivant, le pianiste Arthur Hinnewinkel n’est que suiveur dans un récital de 12h30 au Corum lissé par le violon d’Emmanuel Coppey. La Sonate de Debussy commence comme elle s’achève, sans aucune aspérité, puis la création On Parmağım du jeune compositeur turque Emre Şener -présent dans la salle – tente de se donner un style plus moderne par certains accords, pour retrouver un rythme de musique de film de courses de voiture sur la fin. Difficile de trouver ensuite beaucoup d’émotion au Poème de Chausson, joué exactement de la même manière que la Sonate pour violon et piano nº 1 op. 13 de Fauré et que les bis, deux grands classiques, dont La Méditation de Thaïs de Massenet.
Crédits photographiques : © Alyssa Leroy
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