Maguy Marin danse à Chaillot
Maguy Marin présente à Chaillot avec ses fidèles danseurs et danseuses Les applaudissements ne se mangent pas, pièce iconique et toujours actuelle, magnifiquement poétique, indéniablement politique.

À cour, en fond de scène et à jardin, trois rideaux de longues lanières colorées, qui courent du grill jusqu'au sol, encadrent la scène et sont le lieu de toutes les sorties ou entrées sur le plateau, lentement ou avec fracas, morts ou vifs. Et de fait, des corps sortent des coulisses en courant sur la scène, d'autres caressent les grandes longes et frôlent le plateau avant de le quitter. Des corps, qu'on dirait sans vie, s'étalent sur le sol. Les lumières, souvent chaudes, soulignent le plateau orangé. Les danseurs marchent, courent, occupent l'espace en de longues diagonales ou de courtes incursions d'un recoin à un autre. Ils se toisent, s'observent, se défient, se menacent. Petit à petit, ils composent des formes corporelles, entrent en contact dans des portés énergiques qui dessinent des figures encastrées, lieux du vivre ensemble et d'oppositions féroces.
La pièce, créé en 2002 lors de la Biennale de la Danse, dédiée aux pays d'Amérique Latine, évoque leurs terres pillées, leurs poètes et artistes résistants depuis des siècles. Depuis 2002, le contexte mondial invite toujours autant, peut être avec encore plus d'urgence, à reprendre ce travail et dénoncer « crimes et répressions encore pratiquées », selon Maguy Marin, qui pratique depuis toujours un théâtre politique. Sur le plateau, les tensions sont vives, les rapports de forces s'exposent dans toute leur complexité et brutalité. Les danseurs et danseuses sont au faîte de la justesse, hérauts de revendications poétiques et politiques.
Les applaudissements ne se mangent pas entre en dialogue avec une programmation consacrée à Maguy Marin, baptisée « Chaillot Expérience ». Le théâtre a ainsi proposé deux journées d'évènements composées par la chorégraphe et a accueilli May B et Singspiele durant le mois d'avril. Cette programmation met à l'honneur les pièces « dansées » de Maguy Marin, et c'est déjà réjouissant. Il eut été aussi plaisant de pouvoir redécouvrir d'autres formes, peut être plus radicales, comme Nocturnes, Y aller voir de plus près ou Deux mille vingt trois.
Quoi qu'il en soit, assister à un spectacle de Maguy Marin est toujours une joie et signe le réveil d'une révolte qui sourdre en chacun de nous. De la contemplation des personnages spectraux de May B, aux corps hors normes, à la dénonciation d'horreurs politiques dans Les applaudissements ne se mangent pas (qui figure également au répertoire de l'Opéra de Paris) jusqu'aux transformations revendicatives de Singspiele, retrouver le geste de Maguy Marin est essentiel et révolutionnaire.
Crédit photographique : © Romain Tissot













